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Collision mortelle à Beauport : trop de témoins silencieux

Scène d'un accident de voiture. On voit une voiture complètement cabossée et cassée de partout, une autopatrouille de police et des policiers en uniforme dans un périmètre délimité par un ruban interdisant le passage. Des Débris jonchent le sol.

Reportage d'Alexane Drolet

Photo : Radio-Canada / Frédéric Vigeant

Alexane Drolet

Trop de témoins silencieux et pas assez de barrages routiers et de dépistage de l'alcool au volant, c'est ce que met en lumière le rapport du coroner concernant la collision mortelle sur l’autoroute Dufferin-Montmorency, qui a décimé une famille en septembre 2021.

Pourquoi seulement une personne a contacté les policiers à la suite de la conduite erratique et aux comportements téméraires et négligents du conducteur en état d’ébriété qui a causé la mort?, s'interroge le coroner Donald Nicole.

Dans son rapport de quatre pages dont Radio-Canada a obtenu copie, Me Nicole fait plusieurs recommandations qui auraient pu contribuer à sauver quatre vies. Rappelons que la collision survenue le 2 septembre 2021 a été fatale pour Jackson Fortin, 14 ans, Emma Lemieux, 10 ans, leur mère, Shellie Fletcher-Lemieux, 44 ans, ainsi que le père de cette dernière, James Fletcher, 68 ans.

Montage photo des victimes de l'accident.

Les victimes de l'accident : James Fletcher, Jackson Fortin, Emma Lemieux et Shellie Fletcher-Lemieux.

Photo : Gracieuseté

Me Nicole montre du doigt les nombreuses personnes témoins de la conduite erratique d’Éric Légaré ce jour-là.

Seulement une personne a contacté les services policiers pour les aviser que le conducteur semblait en état d’ébriété. Cet appel a été fait quatre minutes avant la collision.

Le rapport sur la collision mortelle de l’autoroute Dufferin : entrevue avec le coroner

ÉMISSION ICI PREMIÈRE • Première heure

Alex Boissonneault porte une chemise grise et sourit.

L’enquête policière a démontré que plusieurs témoins ont confirmé avoir vu Éric Légaré consommer de l'alcool dans un bar tout l’après-midi, qu’il avait endommagé d’autres véhicules sans s'arrêter, qu’il circulait à des vitesses supérieures aux limites permises dans les instants précédant la collision mortelle.

Le coroner invite les forces de l'ordre à agir plus rapidement lors de dénonciations citoyennes concernant un conducteur qui semble être sous l’effet de substances.

Plus de contrôles policiers

Dans le document, Me Nicole incite aussi la police de Québec à augmenter le nombre de contrôles policiers en lien avec les capacités affaiblies par l’alcool ou la drogue, tout au long de l’année.

Les prélèvements sanguins effectués sur le conducteur ont établi une alcoolémie de 209 mg/dL, soit deux fois plus que la limite maximale permise, et une concentration de 6,9 ng/ml de cannabis, au moment de la collision.

Le chauffard circulait à une vitesse se situant entre 130 et 146 km/h lors de l’impact fatal.

Dans son rapport, le coroner recommande également un réaménagement du secteur de l'autoroute Dufferin-Montmorency afin de réduire la vitesse et le risque d’accident.

Une autoroute.

L'endroit du nouveau radar photo installé sur Dufferin-Montmorency.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Par courriel, le ministère des Transports et de la Mobilité durable a dit prendre acte de cette recommandation, qu’il étudiera dans les meilleurs délais.

Il rappelle avoir déjà procédé à l’installation d’un radar photo et d’une boucle de préemption dernièrement.

Les pères des victimes demandent l’aide de la population

À la lecture du rapport, Jean-Dominic Lemieux et Daniel Fortin revivent le drame qui a bousculé leur vie, le 2 septembre 2021.

Je ne souhaite à aucun parent d’avoir à lire ça un jour, avoue le père d’Emma Lemieux et conjoint de Shellie Fletcher-Lemieux au moment du drame, Jean-Dominic Lemieux.

Les deux hommes se disent satisfaits du rapport, mais expriment quelques réserves.

M. Lemieux estime que le travail des policiers et les barrages ne sont pas suffisants. C’est toute la société qui doit être vigilante face à la conduite erratique et la dénoncer le plus rapidement possible.

On ne peut pas juste se fier sur le travail des policiers. Appelez la police quand vous observez des choses et ne laissez pas partir vos amis, votre famille lorsqu’ils sont en état d’ébriété. C’est ça qui sauve des vies. C’est les actions, soutient-il.

« Il faut travailler là-dessus collectivement, moi le premier. J’ai probablement été témoin de choses comme ça dans le passé et je n’ai pas nécessairement eu le réflexe d’appeler la police immédiatement. On voit ce qui peut arriver quand on ne le fait pas. »

— Une citation de  Jean-Dominic Lemieux

De son côté, Daniel Fortin est pour l'augmentation du nombre de barrages policiers, suggérée par le coroner.

C’est ça qui va faire en sorte que les gens vont arrêter de consommer avant de prendre leur véhicule, s’ils ont peur de se faire prendre par la police, affirme le père de Jackson Fortin qui a péri dans l’accident.

M. Fortin croit aussi que le fléau de l’alcool au volant est une responsabilité de tout un chacun. Il n’y croit pas encore que le chauffard a quitté un établissement d'une rue achalandée, la rue Saint-Joseph, en voiture, avant le drame.

Il devrait y avoir matière à accusation pour ne pas avoir appelé la police. Si une personne avait appelé dès le début, l’accident n’aurait pas eu lieu et ma famille n’aurait pas été décimée, lance Daniel Fortin.

Selon lui, le radar photo qui a été installé dans le secteur n’est pas assez contraignant. J’ai un doute qu’un radar photo va empêcher une personne en état d’ébriété [de rouler vite], explique-t-il.

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