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Le français ou le ńsyilxčn̓ : « Pourquoi mettre les langues les unes contre les autres? »

Jasmine Peone est devant une classe de l'école Studio9 avec une petite affiche dans les mains.

« Notre langue est la fondation de qui nous sommes comme peuple », explique l'enseignante Jasmine Peone.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Une école privée de Kelowna offre depuis septembre des cours dans la langue du peuple Syilx, le premier peuple du territoire où se trouve l’école. La direction a décidé en même temps d’abandonner l’enseignement du français, ce qui provoque des sentiments mitigés dans des organismes francophones en Colombie-Britannique.

Jasmine Peone montre du doigt des affiches sur un tableau devant deux élèves.

« C’est la langue de ce territoire, c’est la langue du peuple de ce territoire et elle est extrêmement en péril. »

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Jasmine Peone fait tout pour rendre ludiques ses cours de ńsyilxčn̓ (qui se prononce INNE-SI-ILQUE-TCHINE). Avec des jeux, elle explique aux enfants de l’école pour les arts Studio9 les prononciations uniques des mots de sa langue. Elle enseigne aussi un vocabulaire lié à la culture ou au territoire des Syilx. Les enfants sont visiblement ravis d’apprendre cette langue du peuple autochtone local.

« Cela me donne l’espoir que nous travaillons vraiment pour un changement qui permette de revitaliser notre langue et nos communautés. »

— Une citation de  Jasmine Peone, enseignante de ńsyilxčn̓ 

C’est une course contre la montre pour cette membre de la Première Nation Westbank, qui est une des rares à avoir appris le ńsyilxčn̓. Il n’y a qu’une cinquantaine de locuteurs qui restent dans toute notre nation, et il n’y a pas si longtemps, il y en avant environ 100, se désole l’enseignante, qui donne aussi des cours dans d’autres écoles et au musée local.

Jasmine est au tableau pour décrire quelques lettres de l'alphabet utilisé pour la langue ńsyilxčn̓. 
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« Notre langue est la base de qui nous sommes. Notre culture, notre regard et nos valeurs sont imbriqués dans notre langue. Sans la langue, nous perdons la connexion avec qui on est. »

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Une réelle connexion avec le territoire

En offrant cet enseignement, le directeur de l’école Studio9, Michael Guzzi, a voulu permettre à ses élèves de bien comprendre l’histoire et la culture locale ainsi que le territoire sur lequel ils se trouvent. Je crois qu’en utilisant la langue on peut provoquer un lien entre une école non autochtone et le territoire autochtone, précise-t-il.

La volonté de réconciliation est au coeur de sa démarche.

Michael Guzzi debout dans son bureau, devant un mur rempli d'oeuvres d'art.

« Nous ne pouvons pas atteindre la réconciliation sans la vérité et la vérité ne sera jamais connue si la vraie histoire du territoire n’est pas enseignée », croit Michael Guzzo, le directeur de l'école Studio9.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Il précise qu'il n'a entendu de commentaires ni positifs ni négatifs de la part de la première nation de la régions. J’espère qu’il y a de l’enthousiasme, parce que nous essayons de faire avancer les choses.

Mais pourquoi abandonner le français?

Michael Guzzi admet devoir trouver des stratégies pour attirer des élèves dans son école privée.

Il explique que, dans l’horaire chargé d’une école axée sur les arts, il n’y a pas assez d’heures pour offrir deux langues secondes. Il a aussi l’impression que le français est bien servi dans le système d’éducation publique.

Mais il n’y a pas de ńsyilxčn̓ dans les écoles non autochtones. Et le ńsyilxčn̓ est la langue du territoire, non? L’anglais et le français ont tous deux été apportés ici d’ailleurs, précise-t-il.

Jasmine Peone abonde dans le même sens. Du point de vue de la nation Syilx, l’anglais et le français sont deux langues étrangères, rappelle-t-elle.

Je ne suis pas contre les francophones, pas contre les anglophones, mais le fait est que nous sommes en territoire Syilx, le ńsyilxčn̓ est la langue de ce territoire et doit être respectée à sa juste valeur.

Elle croit que le français n’est pas en péril, alors que le ńsyilxčn̓ l’est et qu’il faut donc que tous les efforts soient réunis pour revitaliser sa langue. Pour elle, le plus gros du travail doit se faire dans sa communauté, auprès des enfants et familles syilx, mais il est important que tous ceux qui habitent dans le territoire comprennent l’importance de sa langue.

Déception des francophones

Il est difficile de trouver des francophones qui veuillent se prononcer sur cette question. Le Centre culturel francophone de l’Okanagan a bien voulu faire part de sa position, par écrit.

« Nous soulignons les efforts de cette école d'inclure la langue ńsyilxčn̓, mais nous trouvons dommage que ça se fasse au détriment de l'apprentissage de la langue française, qui est l'une des langues officielles du pays. »

— Une citation de  Centre culturel francophone de l'Okanagan

La présidente de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, Lily Crist, applaudit également les efforts de revitalisation du ńsyilxčn̓. « Je pense qu'il faut essayer de comprendre que l'anglais et le français sont des langues coloniales pour beaucoup de peuples autochtones au Canada. Donc, de prime abord, une personne autochtone devrait avoir le droit d'étudier, d'apprendre dans sa langue autochtone », précise-t-elle.

Un égoportrait de Lily Crist devant une photo de la biosphère de Montréal.

Lily Crist considère que l'enseignement d'une langue autochtone est une avancée et se dit solidaire avec les différents peuples autochtones.

Photo : photo fournie par Lily Crist

Elle y voit donc une avancée et se dit solidaire avec les différents peuples autochtones en Colombie-Britannique. Toutefois, elle voit poindre un problème. Pourquoi mettre les langues les unes contre les autres, pourquoi ne pas financer adéquatement l'enseignement de toutes les langues officielles ainsi que les langues autochtones parlées dans certaines régions, se demande-t-elle.

Elle rappelle qu’il y a un manque de financement pour les écoles d'immersion et pour les écoles francophones.

« Donc, je pense que c'est primordial de rappeler que c'est important de connaître des langues autochtones et de les apprendre, de les parler, mais nous avons quand même deux langues officielles qu'il faut aussi apprendre. »

— Une citation de  Lily Crist, présidente de la FFCB

Une école privée délaisse le français pour l'enseignement d'une langue autochtone

ÉMISSION ICI PREMIÈRE • Phare Ouest

Phare Ouest, ICI Première.

Un appel au respect de toutes les cultures

Rose Caldwell, une aînée de la Première Nation Westbank, qui habite à Penticton, fait partie de la première cohorte de neuf personnes qui, en juin, termineront un baccalauréat en langue ńsyilxčn̓ au campus de l'Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique. Elle est fière d’avoir retrouvé la langue de son enfance et travaille aussi à sa revitalisation en l’enseignant. 

Rose Caldwell est devant une oeuvre d'art extérieure du peuple Syilx, sur le campus de l'Okanagan de l'Université de la Colombie-Britannique. Photo prise en novembre 2022.

« La connaissance et le lien entre la langue et le territoire sont vraiment importants », explique Rose Caldwell, une des neuf étudiantes au baccalauréat en langue ńsyilxčn̓, à l'UBCO.

Photo : Radio-Canada / Julie Landry

Elle concède que les enfants non-autochtones qui suivent quelques heures de cours par semaine n’arriveront pas à parler le ńsyilxčn̓ couramment, mais elle fait plaide en faveur de la sensibilisation culturelle.

« Plus les non-Autochtones savent qui nous sommes et ce que nous sommes, meilleure sera la vie pour nos enfants et nos petits-enfants. »

— Une citation de  Rose Caldwell, aînée de la Première Nation Westbank

Son plus grand souhait est que tout le monde accepte les cultures des autres et laisse chacun vivre selon sa culture, sans qu’une culture ne soit perçue comme étant plus importante que les autres.

Nous sommes tous les mêmes, nous sommes tous égaux et nous devrions nous traiter mutuellement avec le même respect, conclut-elle.

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