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Inondations : une solution écologique qui soulève des inquiétudes à Montréal

Voulant s'adapter aux changements climatiques et à ses conséquences fâcheuses comme les inondations en cas de pluies diluviennes, l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve opte pour des mesures vertes. Or, bon nombre de résidents se montrent sceptiques.

Parc au bord d'une rue

Le parc Pierre-Bédard, situé dans le quartier Mercier-Ouest à Montréal, sera transformé en bassin de rétention lors de fortes pluies.

Photo : Radio-Canada

« Quand j'entends la pluie et que je sais que ce sera une pluie intense, je viens ici vérifier ça », explique le Montréalais Peter Gleeson, en montrant le puisard sous le plancher de son garage. « J'ai deux pompes installées en permanence, et quatre autres pompes », montre ce citoyen qui se qualifie lui-même de « boy scout », qui pare à toute éventualité.

M. Gleeson et ses voisins des rues Pierre-Bédard, Bossuet, Louis-Veuillot et De Cadillac, dans le quartier Mercier-Ouest à Montréal, subissent les inondations et les refoulements d'égouts à répétition.

Lors de la forte pluie du 13 septembre dernier, M. Gleeson dit avoir réussi à battre l'inondation grâce à ses pompes, qui ont pu éviter que l'eau de la rue n'entre dans son sous-sol par la porte de garage, située au bas d'une entrée en pente.

Mais les pompes et les clapets antirefoulement n'ont pas empêché les eaux usées de refouler dans l'évier de sa cuisine.

« Le voisin d'à côté a eu le refoulement dans sa baignoire, au deuxième étage. »

— Une citation de  Peter Gleeson, résident de Mercier-Ouest

Oui, il y a l'eau de surface. Mais c'est surtout le système d'égouts [qui n'a pas suffisamment] de capacité, selon lui.

Un immeuble avec une pente menant au garage.

Vue sur la rue Bossuet.

Photo : Radio-Canada / Philippe-Antoine Saulnier

La solution de l'arrondissement

L'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve a élaboré une solution écologique pour tenter de venir à bout des ennuis des résidents du secteur, en tenant compte du fait que cette zone est située dans un creux naturel formé par le lit de l'ancien ruisseau Molson.

Puisque c'était impossible d'agrandir la taille des égouts, parce que ça coûterait des centaines de millions de dollars, on développe un projet, une nouvelle expertise ici, dit le maire Pierre Lessard-Blais en faisant visiter les lieux.

Des noues drainantes, qui sont en fait des fosses végétalisées plantées d'arbres et d'arbustes, seront aménagées le long des rues et reliées entre elles par une canalisation indépendante.

Ce tuyau va amener l'eau dans le parc Pierre-Bédard, pour réduire les risques d'inondations dans le secteur et augmenter la capacité de rétention d'eau de la Ville lorsqu'il y a de fortes pluies, explique le maire.

Le parc Pierre-Bédard sera quant à lui transformé en bassin de rétention, dont une portion pourra être inondée temporairement. L'objectif, selon l'arrondissement, est que ces installations puissent accueillir une quantité d'eau d'au moins 4000 mètres cubes.

« C'est une nouvelle stratégie qu'on a, à la Ville de Montréal, pour gérer ces fortes pluies-là, qui vont être de plus en plus fréquentes avec la crise climatique. »

— Une citation de  Pierre Lessard-Blais, maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

L'administration Lessard-Blais entend d'ailleurs multiplier ce type d'installations dites résilientes dans l'arrondissement.

Le Plan Climat, rendu public lundi, prévoit en effet que tous les travaux de réaménagement de rues et de parcs intégreront systématiquement des aménagements durables, par exemple en ajoutant des saillies drainantes, en créant de nouvelles fosses de plantation d’arbres, en plantant des espèces végétales filtrantes, etc.

Les citoyens divisés

Les résidents du secteur ne sont pas tous convaincus que la solution écologique proposée par l'arrondissement réglera leurs problèmes d'inondations et de refoulements d'égouts.

J'ai hâte, ça va me permettre d'avancer un peu et de refaire mon sous-sol comme il était, dit un résident qui désire demeurer anonyme. On ne reconstruit rien parce qu'on a peur de se faire inonder de nouveau, tant que le projet dans le parc n'est pas fait.

D'autres citoyens sont toutefois mécontents de l'élimination d'une soixantaine de places de stationnement dans deux des rues ciblées, ce à quoi le maire Lessard-Blais répond que la station de métro Cadillac est située à quelques minutes à pied.

Un plan étalé sur le sol d'une chambre.

Peter Gleeson a obtenu le plan du système d'égout de son quartier.

Photo : Radio-Canada / Philippe-Antoine Saulnier

Peter Gleeson, pour sa part, se demande si ce projet de végétalisation réglera le problème des refoulements, qui serait plutôt causé par la capacité insuffisante du réseau d'égouts.

Il a obtenu, auprès de la Ville de Montréal, une carte de la canalisation qui se trouve sous le boulevard Rosemont, et vers laquelle s'écoulent les eaux usées de tout le quartier. Selon cette carte, l'égout présente un goulot d'étranglement juste avant de se jeter dans le collecteur de la rue Dickson, passant de 48 pouces de diamètre à 42 pouces. C'est un peu comme le smoking gun, ici, dit-il. Il y a quelque chose qui, au minimum, est "questionnable".

Le Service de l’eau de la Ville de Montréal confirme que la dernière section de la conduite du boulevard Rosemont a bel et bien un diamètre de 42 pouces. Mais selon la Ville, étant donné que sa pente est plus élevée que celle des conduites de 48 pouces en son amont, elle possède une capacité hydraulique équivalente de ces dernières.

La conseillère municipale du district de Louis-Riel, quant à elle, se dit préoccupée par la salubrité de l'eau de ruissellement qui sera déversée dans le parc Pierre-Bédard lors des fortes pluies.

La pluie qui tombe, les égouts qui débordent, ça va descendre jusqu'au parc et ça va devenir, selon ce qui a été expliqué, un mélange d'eaux usées et d'eau pluviale, s'inquiète Alba Zuniga Ramos, dans un parc qui est utilisé par des personnes âgées et de jeunes familles.

Dans les documents d'informations sur le projet, l'arrondissement de Mercier-Hochelaga Maisonneuve précise que le réaménagement du parc Pierre-Bédard et des rues à proximité permettra de réduire le risque d’inondation, mais pas ceux de refoulement d'égouts.

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