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Contaminants persistants dans les boues municipales : l’UPA régionale préoccupée

Vue aérienne de deux amas de biosolides déposés dans des champs.

Les boues sont déposées dans les champs avant l'épandage qui se déroule au printemps et à l’automne.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Radio-Canada

Les producteurs agricoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont préoccupés par la présence possible de contaminants persistants dans les boues municipales utilisées pour l’épandage.

L'utilisation de fumier humain est interdite dans les fermes maraîchères, mais elle est permise et a été encouragée dans les fermes céréalières au Québec.

Toutefois, cette façon de faire est désormais prohibée dans quatre États du Nord-Est américain.

La semaine dernière, l'émission Enquête présentait un reportage au sujet de l'épandage de biosolides sur des terres agricoles. Il y était mentionné que les boues usées épandues dans les champs contiennent des contaminants qui ne disparaissent pas avec le temps.

Les contaminants visés sont les PFAS, des substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques, qui sont des contaminants d’intérêt émergent. Plutôt que de se dégrader, ces molécules s’accumulent dans l’environnement au fil du temps. Les PFAS sont utilisés, par exemple, dans la fabrication de produits hydrofuges ou antiadhésifs (poêle téflon, produits cosmétiques, emballage en restauration, etc.).

L'UPA inquiète

Ces nouvelles informations préoccupent le président régional de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Mario Théberge.

Ça soulève une grande inquiétude. J'ai discuté avec mon président provincial et il m'a dit qu'il va y avoir des choses à vérifier. Parce que je ne connais pas un producteur qui a l'intention de contaminer ses sols. C'est notre survie. C'est avec ça qu'on se nourrit, qu'on nourrit la planète et qu'on apporte des denrées alimentaires à nos animaux et à la population. C'est une chose qui est préoccupante, a exprimé Mario Théberge.

Un homme pose devant des arbres l'hiver.

Mario Théberge, président de l'UPA Saguenay-Lac-Saint-Jean

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Aux États-Unis, des terres ont tout simplement été abandonnées.

Ces fertilisants-là sont interdits pour les producteurs maraîchers, parce que c’est des produits qu’on consomme. Déjà là, ça allume une lumière jaune. Une bonne lumière jaune, presque jaune orange. Des champs abandonnés parce que tu ne peux plus rien faire, il ne faut pas arriver là. On a tous compris le même signal et, d’après moi, tous les producteurs qui les ont utilisés ou qui [en] avaient l’intention, on est tous sur le bout de nos chaises. C’est préoccupant et inquiétant, a poursuivi Mario Théberge.

Un agriculteur pose devant sa ferme en hiver.

Claude Villeneuve est le propriétaire de la ferme Grandtoit à La Baie.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lamothe

Dans la région, certains producteurs qui en utilisent refusent d'en parler publiquement. Pour sa part, le producteur de grains Claude Villeneuve fertilise ses champs avec des boues municipales depuis des années. Il attend que le gouvernement se positionne.

Après 20 ans, s'il y avait eu quelque chose, je me dis qu'il y aurait eu un signal. Mais oui, s'il y a un signal qui se présentait, je serais le premier à lever le bras et dire : "Wo!" Ça ne marche plus. De voir l'état des terres et que ça pousse bien partout, on n'a jamais eu d'effets négatifs, a mentionné le propriétaire de la ferme Grandtoit à La Baie.

Viridis répond

La firme Viridis, une filiale de Nutrinor, distribue les boues usées des villes aux agriculteurs du Québec. Une quinzaine en reçoivent à Saguenay. Elle assure que ses pratiques sont exemplaires, mais reconnaît que les inquiétudes de la population sont légitimes.

À la lumière des normes actuelles, des connaissances scientifiques disponibles et de nos propres protocoles d’analyse, les produits de Viridis sont de bonne qualité agronomique et sécuritaires à utiliser dans l’environnement. Afin d’assurer la traçabilité de toutes les matières, de toutes les livraisons et des cultures auxquelles elles sont destinées, nos pratiques sont rigoureuses, et ce, depuis toujours, a écrit l’entreprise sur son site Internet lundi en réponse aux reportages de Radio-Canada.

La note est signée par le président-directeur général, Renaud Lapierre, et deux vice-présidents, Simon Naylor (traitement et transformation) et Michel St-Germain (valorisation et agriculture).

L’entreprise réclame plus de données scientifiques sur ces produits persistants dans l'environnement. 

Faisant nous-mêmes partie du monde agricole, nous sommes également préoccupés par les contaminants émergents. Nous souhaitons tous que davantage de données scientifiques soient disponibles sur ces produits persistants dans l’environnement, dont les PFAS omniprésents dans notre vie quotidienne (emballages alimentaires, cosmétiques, produits de nettoyage, textiles, revêtements antiadhésifs, etc.), ont-ils ajouté.

Des données à Saguenay

Du côté de Saguenay, le porte-parole de la Ville, Dominic Arseneau, précise que des analyses sont menées à quatre reprises chaque année pour s’assurer que les biosolides municipaux répondent aux normes environnementales.

L’an dernier, sur 25 267 tonnes de boues usées produites à Saguenay, 8956 ont été distribuées à des producteurs agricoles. Le reste a été pris en charge par la firme Sanidro, qui a un contrat pour en disposer.

D'après un reportage de Mélyssa Gagnon

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