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Au Nouveau-Brunswick, les syndicats s’organisent pour lutter contre le projet de loi 23

Un gréviste se penche pour prendre une pancarte et aller faire du piquetage.

Les syndicats s'organisent au Nouveau-Brunswick pour lutter contre le projet de loi 23.

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

L’ensemble des syndicats du secteur public ont vivement dénoncé le projet de loi 23, qui légalise le recours aux briseurs de grève, et impose des critères précis aux arbitres, par exemple. Maintenant, ils tentent d'établir les moyens à leur disposition pour empêcher le recours aux briseurs de grève.

Les dirigeants de ces syndicats, qui ont déjà tenu des réunions sur cette question et prévoient en tenir d’autres, comptent se rendre à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick ce mardi 6 décembre, où le projet de loi sera débattu.

« Les syndicats de cette province se sont regroupés pour repousser ce projet de loi. »

— Une citation de  Paula Doucet, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick

C’est sûr que le mouvement syndical va être mobilisé là-dessus, et on ne sera pas tout seuls, ça ne sera pas juste le SCFP, ça sera les enseignants, UNIFOR, le secteur privé, le secteur public, je crois qu’on a une raison très claire de faire un front commun ici, parce que ça vient faire mal aux gens qui en ce moment ont besoin des ajustements, explique Simon Ouellette, porte-parole du Syndicat canadien de la fonction publique, NB.

Simon Ouellette répond aux questions.

Simon Ouellette, porte-parole du SCFP-NB, dit que les syndicats sont unis dans leur dénonciation du projet de loi 23.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

L’ensemble des organisations syndicales déplore l’absence totale de consultations avant la présentation du projet de loi 23. Aucune véritable rencontre n’a eu lieu avec le ministre de l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail, Trevor Holder, soutiennent les syndicats.

Je pense qu’on va demander une réunion avec notre premier ministre à la place, lance Susie Proulx-Daigle, présidente du Syndicat du Nouveau-Brunswick.

Il est aussi question de contacter les députés. On va mettre la pression sur les députés. Est-ce que tous les députés conservateurs ont lu la loi, j’en doute, ajoute Simon Ouellette.

Un projet de loi qui change le rapport de force

Les syndicats estiment que le projet de loi 23 change le rapport de force, lors de négociations de contrats de travail, en faveur de l’employeur.

Dès le dépôt du projet de loi, toutes les organisations ont dénoncé la légalisation du recours aux briseurs de grève. Après avoir analysé le projet de loi en détail, les syndicats voient les conséquences possibles des mesures prises par le gouvernement conservateur de Blaine Higgs.

La façon que c’est écrit, c’est qu’on peut combler avec des scabs, des briseurs de grève, des postes laissés vacants, ou absents, mais les postes laissés vacants [en tout temps], c’est très fréquent que l’employeur va en avoir des centaines, donc là, tout d’un coup, on a une grève ou on a un lock-out et on se retrouve avec plus d’employés qu’à l’ordinaire. [Comme c'est présenté en ce moment], on vient dire aux gestionnaires : gardez-vous une bonne banque de postes vacants, pour assurer qu’il n’y aura pas d’efficacité à une grève, précise Simon Ouellette.

Selon Susie Proulx-Daigle, le projet de loi 23 pourrait avoir l’effet de provoquer davantage de grèves ou de lock-out dans le secteur public au Nouveau-Brunswick.

Susie Proulx-Daigle, présidente du syndicat du Nouveau-Brunswick, fait valoir par ailleurs que des situations récentes comme la crise du verglas ont contribué à la nécessité du port de l’arme à feu des agents provinciaux.

Susie Proulx-Daigle, présidente du Syndicat du Nouveau-Brunswick, croit que le projet de loi 23 risque d'entraîner davantage de grève.

Photo : Radio-Canada

S'ils savent que la grève, ou le fait qu’on enlève nos services ne va pas avoir un impact, parce qu’ils peuvent aller chercher des gens pour remplacer ces postes-là, il n’y a rien qui les encourage à rester pour essayer de régler les choses.

« C’est un gouvernement qui est dur sur les employés. »

— Une citation de  Susie Proulx-Daigle, présidente du Syndicat du Nouveau-Brunswick

Selon la syndicaliste d’expérience, les relations patronales-syndicales pourraient se détériorer au Nouveau-Brunswick. Tout de suite dans la province, on ne voit pas beaucoup de grèves, et avec ce projet de là ici, on a le potentiel d’en voir beaucoup plus, parce que je ne pense pas que ça va encourager les employeurs à rester à la table et continuer à négocier pour trouver des solutions.

Plus d’outils pour l’employeur

Les syndicats dénoncent aussi les nouvelles restrictions qui seront imposées aux arbitres qui pourraient être appelés à trancher.

L’arbitre devra dorénavant tenir compte de la capacité de payer du gouvernement, des salaires comparables en Atlantique, et de la situation économique.

On prend tout le temps la capacité de payer de la province, par exemple on dit : ah! pauvre province, ça va mal, donc on a pas d’argent. Mais il n’y a d’équilibre de l’autre côté pour dire : hey, les salaires stagnent ça fait des années, il faut avoir un équilibre, estime Simon Ouellette, du SCFP.

Ces nouvelles règles ne tiennent pas compte, selon le Syndicat des infirmières et des infirmiers, de la réalité que vivent leurs membres, qui souvent quittent pour d’autres provinces.

Les bureaux du SCFP à Fredericton.

Le SCFP a dénoncé le projet de loi 23 dès son dépôt en chambre, le 24 novembre dernier.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Un arbitre au Nouveau-Brunswick ne pourrait regarder que les provinces de l'Atlantique pour la comparaison des salaires. [Mais] nous perdons nos infirmières au Québec, en Ontario et dans l'Ouest, ou au sud aux États-Unis, lance Paula Doucet.

Du piquetage qui pourrait être plus limité

En présentant ses changements, le ministre Holder a souligné qu’il enlevait des restrictions sur les lieux où les grévistes peuvent faire du piquetage. Sauf qu’après analyse, le SCFP s’est rendu compte qu’un article ouvrait la porte toute grande à un plus grand contrôle du piquetage.

Par voie de réglementation, ils sont capables de décider où on va faire du piquetage pendant une grève, moi je n’ai pas vu ça nulle part ailleurs au pays, et je ne suis pas sûr que ça tient la route, légalement, déplore Simon Ouellette.

Il s’agit, en fait, d’un changement à l’article 3b de la Loi relative aux relations de travail dans les services publics, où il écrit que les employés ne peuvent participer à un piquet de grève, à un défilé ou à quelque manifestation que ce soit sur les lieux ou près de l’établissement de l’employeur que conformément aux normes établies par règlement.

Grâce à cet article, le gouvernement n’aurait donc pas à changer la loi pour modifier les règles touchant au piquetage. Une simple décision votée au Cabinet sera suffisante.

Une entrave aux efforts de recrutement

Au moment où la province cherche à recruter des professionnels dans tous les secteurs, et en particulier en santé, les syndicats estiment que le projet de loi 23 envoie un mauvais message.

Il s'agit de l'avenir, de l'avenir des relations employé-employeur et je pense que cela donne vraiment un ton négatif alors que nous devrions vraiment chercher des moyens d'améliorer les relations de travail avec le gouvernement et les employés dans cette province, estime Paula Doucet, du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick.

Paula Doucet, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick

Paula Doucet, présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

« On a une crise de recrutement et de rétention, et on a un gouvernement qui tire dans le fond de la chaloupe. »

— Une citation de  Simon Ouellette, porte-parole du SCFP-NB

C’est juste tellement dommage qu’il ne mette pas ses énergies au recrutement, et à retenir ses employés, parce que c’est là qu’on a besoin tout de suite, renchérit Susie Proulx-Daigle.

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