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Analyse

Une folle semaine américaine en trois actes

Un souper auquel sont conviés des antisémites notoires, une divulgation sur Hunter Biden qui devait être spectaculaire sur Twitter et un ex-président qui demande de suspendre la Constitution et d'être réinstallé au pouvoir : une grosse semaine qui en dit long sur l'état de la politique américaine.

Une personne gantée de blanc tient la Constitution américaine.

La Constitution américaine s'est retrouvée à la une après une semaine chargée en rebondissements qui ont impliqué Kanye West, Elon Musk et Donald Trump.

Photo : afp via getty images / ED JONES

Cette folle semaine a commencé par ce fameux souper à Mar-a-Lago, le repaire floridien de Donald Trump. Le 45e président des États-Unis y a reçu le rappeur Kanye West, qui se fait maintenant appeler Ye et qui nourrit des ambitions présidentielles pour 2024.

Il était accompagné de Nick Fuentes, un suprémaciste blanc qui remet en cause l’existence de l’Holocauste et qui diffuse ses propos antisémites dans ses baladodiffusions. Cet homme a souvent été aperçu aux côtés de politiciens républicains tels que Marjorie Taylor Greene, représentante controversée de la Georgie.

M. Trump, qui a demandé à être cru sur parole, a assuré que le repas a été rapide et sans histoire et qu’il s’est très bien entendu avec Kanye West, ajoutant que celui-ci n’a tenu aucun propos antisémite. Toujours selon l’ex-président, le rappeur s’est pointé avec trois de ses amis, dont [je] ne savais rien. Je ne connaissais pas Nick Fuentes, a-t-il précisé sur son réseau social Truth Social.

Chez les démocrates, c'est le tollé pour dénoncer le comportement de Donald Trump. Chez les républicains, nombreux sont ceux qui ont qualifié Kanye West et Nick Fuentes de personnes infréquentables aux propos nauséabonds. Certains d’entre eux ont même osé critiquer leur ancien chef pour avoir soupé à la même table qu'eux.

À gauche, un téléphone cellulaire sur lequel apparaît une page Twitter. À droite, une photo de Kanye West.

Kanye West s'est de nouveau fait bloquer l'accès à son compte Twitter à cause de ses propos et de ses messages antisémites.

Photo : afp via getty images / OLIVIER DOULIERY

Kanye West, qui semble s’être plongé dans une sombre spirale antisémite, avait retrouvé le droit de tweeter après l’avoir perdu il y a quelques semaines. Elon Musk, chef tout-puissant du réseau social de l’oiseau bleu, qui veut y faire le ménage financier et redonner, prétend-il, la liberté d’expression à tous ceux qui auraient été chassés de ce même réseau, s’est finalement ravisé en lui retirant à nouveau ce « droit » à la liberté d’expression.

Dans son émission Infowars de la semaine dernière, Alex Jones a ensuite donné le crachoir au rappeur, qui a passé à la moulinette la Shoah et qui a fait l’apologie de Hitler. Cette entrevue accordée par Ye, complètement en roue libre, à un des ténors de la complosphère maintes et maintes fois condamné pour ses propos sur la tuerie de Sandy Hook a évidemment consacré son statut de pestiféré. Même Alex Jones, qui fait rarement dans la dentelle, semblait mal à l’aise devant ce spectacle.

Le spectre d’Hunter Biden

Si vous ne suivez pas les sommités de la droite américaine qui font tout pour faire tomber le président démocrate, vous n’avez peut-être entendu que très peu de choses sur le cas de Hunter Biden, le fils du président actuel. Il s'agit d'un fils encombrant, véritable mouton noir de la famille, connu non seulement pour ses dépendances passées aux drogues dures et à l’alcool, mais aussi pour ses affaires financières et commerciales nébuleuses.

Son cas est revenu sur la scène du réseau d’Elon Musk, qui promettait que cela allait faire trembler le monde politique (démocrate). Au nom de la liberté d’expression, le milliardaire canado-américano-sud-africain disait se faire un devoir de montrer la collusion qui existait entre le réseau (avant qu’il ne l’acquière pour 44 milliards de dollars américains) et Joe Biden à cause de son fils, Hunter.

La façade d'un commerce de réparation appelé The Mac Shop.

Le réparateur chez qui Hunter Biden aurait apporté son ordinateur portable pour le faire réparer a partagé le contenu du disque dur de l'ordi avec des proches de Donald Trump.

Photo : afp via getty images / ANGELA WEISS

La source de cet imbroglio : un ordinateur portable de Hunter Biden confié à un réparateur. Ledit ordinateur n’ayant jamais été récupéré par le fils du président, le réparateur aurait inspecté le contenu de l’appareil et y aurait découvert des déclarations fiscales, des courriels concernant des affaires en Ukraine et en Chine ainsi que du contenu pornographique amateur impliquant Hunter et des vidéos dans lesquelles celui-ci consomme de la drogue.

Ainsi, trois semaines avant l'élection présidentielle de 2020, le New York Post, qui avait obtenu une supposée copie du contenu du disque dur, avait publié un article qui présentait des courriels extraits de l'ordinateur portable qui, selon le journal, démontraient une présumée affaire de corruption impliquant Joe Biden. Le président sortant Donald Trump avait tenté de transformer l'histoire en une surprise d'octobre pour nuire à la campagne de son adversaire démocrate, affirmant (à tort) que Joe Biden avait agi de manière corrompue en ce qui concerne l'Ukraine pendant son mandat.

Depuis 2020, les fameux médias mainstream ont pris ces informations avec des pincettes, car la traçabilité de l’ordinateur et de son contenu est difficile à établir à 100 %, et nombreux sont les aspects nébuleux des sources à l’origine de cette affaire.

L'affaire sera au centre d'enquêtes lancées prochainement par les républicains de la Chambre des représentants. On en apprendra alors peut-être un peu plus sur ses tenants et aboutissants et on saura s’il y a vraiment matière à poursuite de la part du département de la Justice dans l'éventualité de malversations dans le clan Biden.

Le pétard mouillé de Twitter

Ce qui nous ramène à la semaine dernière. Elon Musk, dont le penchant politique n’est plus à démontrer au vu des milliers de comptes de représentants bannis de l’extrême droite qu’il a lui-même réintégrés sur son réseau, a publié une longue série de tweets de Matt Taibbi, un auteur et journaliste qui a épluché des notes internes de Twitter et qui a accepté de le faire à certaines conditions. Il n'y a d’ailleurs eu aucune transparence quant à la teneur de ces messages internes.

Elon Musk, l'air sérieux, regarde l'objectif.

Elon Musk a redonné accès à leurs comptes Twitter à des dizaines de milliers de membres qui avaient été bannis avant son arrivée à la direction de l'entreprise.

Photo : getty images for the met museum/ / Dimitrios Kambouris

Selon lui, Twitter a pris des mesures pour retirer l'article du New York Post en supprimant les liens et en affichant des avertissements indiquant qu'il pouvait être dangereux. Pour les non-initiés, il s’agit ici d’un outil utilisé par les entreprises de médias sociaux en général, qui gèrent la modération de contenu. De l’aveu même de Matt Taibbi, il n’y a dans ces divulgations aucune preuve de l’implication de responsables du gouvernement dans cette affaire de l’ordinateur portable.

L'autre révélation concernant Hunter Biden dans ces Twitter Files, c'est que quelqu'un de la campagne de Joe Biden en 2020 a repéré des photos de Hunter Biden nu et a demandé à Twitter de les supprimer. Et Twitter l'a fait.

Lorsque Matt Taibbi a publié ces preuves, Elon Musk a demandé de manière rhétorique : Si ce n'est pas une violation du premier amendement de la Constitution, qu'est-ce que c'est?

Tout d’abord, publier des photos des organes génitaux de quelqu'un d'autre sans autorisation est sans aucun doute contraire aux politiques de Twitter, d’où la demande de retrait.

Hunter Biden (à droite sur l'image) marche avec son père, le président Joe Biden (à gauche). Celui-ci fait un signe de la main.

Hunter Biden, le fils du président démocrate, est devenu la cible de la droite américaine et des milieux complotistes pour tenter d'incriminer la famille Biden.

Photo : afp via getty images / NICHOLAS KAMM

Ensuite, une action de Twitter – et ce, de sa propre initiative – pour supprimer la liberté d'expression ne constitue pas une violation du premier amendement. Par contre, agir sous les ordres du gouvernement pour supprimer la liberté d'expression sans contrôle judiciaire peut en être une.

En 2020, Joe Biden et ses responsables de campagne n'occupaient pas de postes gouvernementaux; il n'y a donc pas de violation possible du premier amendement. En 2020, l’administration en place était bel et bien celle de… Donald Trump qui, par ailleurs, a lui aussi demandé à Twitter de retirer certains contenus.

Bref, ceux qui cherchent à découvrir la preuve d'un complot politique constateront que même ces informations, diffusées de manière sélective par des personnes qui essaient de faire passer tout cela pour un grand scandale, n’ont pas démontré qu’il y en avait un.

Trump et la Constitution

Ce qui nous conduit au troisième acte de ce drame. Furieux de voir que ce nouveau pavé dans la mare médiatique ne se transforme pas en tsunami politique, Donald Trump s’est alors fendu sur son réseau social d’une tirade qui a fait sursauter bien du monde.

« Donc, avec la révélation de la fraude et de la tromperie massive et à grande échelle, en étroite collaboration avec les grandes entreprises technologiques, le Comité national démocrate et le Parti démocrate, annulez-vous les résultats de l'élection présidentielle de 2020 et en désignez-vous le gagnant légitime ou déclenchez-vous une nouvelle élection? Une fraude de ce genre et de cette envergure permet l'abrogation de toutes les règles, de toutes les réglementations et de tous les articles, y compris ceux de la Constitution. »

— Une citation de  Donald Trump, sur Truth Social

Ainsi, la sacro-sainte Constitution, que disent chérir les républicains, serait purement et simplement suspendue afin que Donald Trump redevienne président sur-le-champ, comme si de rien n'était! Imaginez si un autre ex-président toujours en vie (il y en a quatre) avait écrit et rendu publique une telle proposition! Selon les faits et les résultats de nombreux recours de républicains devant les tribunaux, il n’existe, faut-il le rappeler, aucune preuve de cette prétendue fraude massive.

Une image du texte de la Constitution américaine, où on peut lire les mots « We the people ».

Donald Trump en appelle à l'abrogation d'articles de la sacro-sainte Constitution américaine pour lui permettre de reprendre le pouvoir.

Photo : Getty Images / Pool

Les propos de Trump ont suscité une dénonciation unanime chez les démocrates mais de timides critiques chez les républicains. Ces derniers veulent-ils épargner l’ex-président, en ont-ils encore peur ou préfèrent-ils qu’il continue de s'enfoncer au point où il deviendrait de moins en moins pertinent, donc plus facile à évincer au moment opportun, d’ici 2024?

Depuis ce tourbillon de la semaine dernière, Donald Trump ne sera peut-être pas le seul à voir sa pertinence chuter de façon constante. Kanye West et Elon Musk pourraient le suivre dans cette descente. Une sacrée semaine en trois actes, dont l'épilogue reste encore inconnu.

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