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Guillermo del Toro explore le thème du fascisme dans Pinocchio

Une image d'un film d'animation montre Pinocchio toucher le nez de Gepetto du bout de son doigt, dans l'atelier de menuiserie.

«Je voulais que Pinocchio désobéisse», a affirmé le réalisateur mexicain.

Photo : Netflix

Agence France-Presse

Lorsque le réalisateur Guillermo del Toro s'est engagé, il y a 15 ans, à faire une version sombre du célèbre conte Pinocchio, il a décidé de placer les pantins et leur créateur dans l'univers fasciste des années 1930. Le film d'animation sort finalement vendredi sur Netflix.

Le vieux sculpteur de bois Geppetto et son exubérante marionnette au nez effilé, Pinocchio – personnages tirés d'un roman jeunesse italien de 1883 et popularisés par Disney – se retrouvent ainsi propulsés dans l'Italie de Mussolini, faite de saluts militaires, de stricte conformité et de machisme violent.

Je voulais situer le film dans une période où se comporter comme un pantin était une bonne chose, a expliqué Guillermo del Toro le mois dernier, en marge du festival de cinéma de l'American Film Institute, à Los Angeles.

Je voulais que Pinocchio désobéisse, a ajouté le réalisateur mexicain. Que Pinocchio, qui est la seule marionnette, n'agisse pas comme une marionnette.

Je me suis dit qu'étant donné le thème, c'était parfait.

Allusions au franquisme dans son œuvre

Si la trame du fascisme semble particulièrement adaptée au contexte politique mondial actuel, elle était tout aussi pertinente lorsqu'il a conçu le projet, il y a plusieurs années, selon ce qu'a souligné Guillermo del Toro.

Cela me préoccupe, car c'est une chose vers laquelle l'humanité semble revenir, a poursuivi le cinéaste, qui a déjà traité la question du fascisme dans ses œuvres gothiques précédentes, L'échine du diable (2001) et Le labyrinthe de Pan (2006), qui se déroulent dans l'Espagne de Franco.

Le fascisme est toujours présent en arrière-plan, ou au premier plan, indique M. del Toro.

Le réalisateur a essayé de vendre son interprétation de Pinocchio aux studios et producteurs de Hollywood pendant des années, avant que Netflix achète finalement les droits en 2018.

Je me suis battu pour faire [ce film] pendant la moitié de ma carrière, a-t-il lancé.

Éviter l’imagerie par ordinateur

Le long métrage, qui emploie le procédé d’animation en volume (stop motion), a nécessité plus de 1000 jours de tournage.

Connue pour sa difficulté, l’animation en volume est l'une des plus anciennes techniques du cinéma. Elle consiste à prendre des photos successives d'objets inanimés pour leur donner l'illusion du mouvement.

Pour Guillermo del Toro, l'usage d'images générées par ordinateur, comme c'est le cas dans les nouvelles versions en prise de vues réelles des classiques d'animation Disney, n'a jamais été une option.

Il était très judicieux, selon moi, de mettre en scène une histoire sur un pantin avec des pantins, et que les pantins pensent qu'ils ne sont pas des pantins, a détaillé M. del Toro.

C'est une sorte de télescopage kaléidoscopique très beau.

Si le cinéaste, oscarisé pour son film fantastique La forme de l'eau en 2018, a toujours été fasciné par l'animation, il s'agit de sa première réalisation de ce type.

En Amérique du Nord, l'animation est un peu plus perçue comme un genre pour les enfants, a noté Guillermo del Toro.

L'une des choses que tout le monde, je pense, est en train d'essayer de changer, pas seulement nous, est de dire : "L'animation, c'est un film. L'animation, c'est jouer la comédie. L'animation, c'est de l'art", a-t-il insisté.

L’animation en volume permet d'explorer des choses particulièrement touchantes et profondément spirituelles, mais c'est une technique qui est tout le temps sur le point de disparaître, a noté M. del Toro. Il n'y a que des fanatiques fous à lier pour la maintenir en vie.

En mémoire de sa mère

Si Pinocchio s'intéresse à la relation entre un père et son fils, Guillermo del Toro est devenu fasciné par la malicieuse marionnette en bois lorsqu'il était enfant grâce à sa mère dont il était extrêmement proche.

Je collectionnais les objets liés à Pinocchio... Ma mère et moi l'avons vu ensemble quand j'étais très jeune et elle a continué à m'offrir des Pinocchio toute ma vie, s'est-il remémoré.

Sa mère est décédée le mois dernier, un jour avant l'avant-première internationale du film à Londres.

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