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Québec ralentit la protection d’une forêt vierge

Le lac à Moïse est situé sur le territoire de la nation huronne-wendat.

En 2021, un projet pilote d’aire protégée d’utilisation durable a été créé pour préserver la forêt vierge du lac à Moïse, au nord de Québec, de toute coupe forestière.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement provincial est accusé de se traîner les pieds dans la mise en place d'un projet pilote visant à protéger une forêt vierge au nord de Québec, pourtant annoncé il y a un an et demi en collaboration avec la Nation huronne-wendat. Le ministère des Forêts est tout particulièrement montré du doigt.

La forêt en question est celle du lac à Moïse, situé à l'ouest de la réserve faunique des Laurentides et au nord du lac Batiscan. Depuis plus d'une décennie, la Nation huronne-wendat y mène des travaux scientifiques afin d'étoffer une demande d'aire protégée au gouvernement du Québec.

Cette demande a enfin été approuvée l'an dernier.

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a en effet annoncé la création d'une aire protégée d'utilisation durable pour les 750 kilomètres carrés de territoire ciblé par les Hurons-Wendat. Du nombre, 350 kilomètres seraient exempts de toute activité industrielle dans le but de préserver les massifs forestiers plus anciens.

Près de 18 mois plus tard, le tout tarde à se matérialiser. Officiellement, aucun statut légal ne confère encore à cette forêt le statut d'aire protégée.

Carte de l'aire protégée proposée par Wendake.
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Carte de l'aire protégée proposée par Wendake

Photo : Radio-Canada

Le grand chef s'impatiente

Devant l'impasse, le grand chef Rémy Vincent s'impatiente. La balle est dans le camp du gouvernement du Québec, tranche-t-il en entrevue à Radio-Canada. On est prêts, on attend juste le go.

Selon le Conseil de la Nation huronne-wendat, aucune rencontre de travail formelle n'a encore eu lieu entre les représentants du ministère de l'Environnement et de Wendake, si bien que le comité qui doit assurer la gouvernance du projet d'aire protégée n'a toujours pas été créé, ni obtenu le mandat d'aller de l'avant.

L'entente, selon les Hurons-Wendat, est d'établir deux vice-présidences, l'une assurée par la Première Nation et l'autre par le gouvernement du Québec. Notre équipe est prête, répète Rémy Vincent.

Un massif de forêts vierges identifié par la Nation huronne-wendat.

Un massif de forêts vierges identifié par la Nation huronne-wendat. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwentsïo

Pressions sur le ministre

L'inaction actuelle a poussé les Hurons-Wendat à multiplier les pressions sur le cabinet de Benoit Charette depuis plusieurs mois.

La dernière lettre adressée au ministre a été envoyée le 17 novembre. On a écrit au gouvernement de bien vouloir accélérer les choses. [...] Après 10 ans d'efforts, on espère juste qu'on décolle ça le plus rapidement possible, lance le grand chef.

« Pour moi, ce dossier-là est prêt. Qu'on avance. »

— Une citation de  Rémy Vincent, grand chef de la Nation huronne-wendat

Rémy Vincent est d'autant plus impatient puisque toutes les parties prenantes, y compris l'industrie forestière, sont sur la ligne de départ et offrent leur appui au projet. L'hésitation actuelle du gouvernement peut selon lui créer de la méfiance et des interrogations.

La missive du grand chef à Benoit Charette laisse aussi entendre que le ministère perd du temps. Nous prenons acte de votre désir [...] que la mise en place du projet d’aire protégée se fasse avec la participation des acteurs concernés par le territoire visé. À cet égard, je confirme que tous les acteurs qui devaient être impliqués le sont déjà, indique Rémy Vincent au ministre. Le tour est fait, répète-t-il en entrevue.

Un homme souriant devant un décor d'automne.

Rémy Vincent, grand chef de la Nation huronne-wendat de Wendake, près de Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

M. Vincent rappelle enfin que le ministre de l'Environnement ainsi que ses collègues Ian Lafrenière (Affaires autochtones) et Jonatan Julien (ex-ministre des Ressources naturelles) avaient tous accordé leur soutien au projet dans sa forme présentée par les Hurons-Wendat.

Toutes les personnes concernées étaient d'accord avec ce qui se passe, insiste le grand chef, qui ne voit dès lors aucune raison d'attendre.

Tergiversation sur les frontières

L'un des problèmes viendrait également du ministère des Forêts, maintenant réuni sous la même entité que le ministère des Ressources naturelles. Selon nos informations, ce dernier tenterait de modifier les frontières de l'aire protégée présentée par les Hurons-Wendat.

Autrement dit, le ministère de l'Environnement et le ministère des Forêts s'échangent depuis un certain temps des cartes modifiées de l'aire protégée pendant que les Hurons-Wendat attendent un feu vert.

Vue aérienne de zones forestières où des coupes ont été réalisées.

Vue aérienne de zones forestières où des coupes ont été réalisées près du lac à Moïse (archives).

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwentsïo

Louis Lesage, directeur du Bureau du Nionwentsïo et chef d'orchestre du projet d'aire protégée pour la Nation huronne-wendat, ménage la chèvre et le chou.

Des aires protégées d'utilisation durable, il n'y en a pas au Québec. C'est normal qu'on prenne du temps parce que ça n'existe pas. On essaie de bien faire les choses, dit-il. Il admet toutefois que les ministères s'échangent un hectare ici et là depuis un certain temps.

Selon lui, le plus important est de lancer les travaux de création de l'aire protégée. Il est déjà acquis que certains massifs ne seront pas touchés par des coupes forestières. Ces secteurs font aussi déjà l'objet d'un moratoire. Les coupes qu'il y aura éventuellement dans la partie qu'on aura désignée pour les interventions forestières ciblées, on les déterminera à ce moment-là, poursuit M. Lesage.

« On veut que ça parte le plus rapidement possible. Il reste le gouvernement du Québec à dire "go, on part". »

— Une citation de  Louis Lesage, directeur, Bureau du Nionwentsïo

Les élections provinciales et la scission du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs n'a pas non plus aidé, à son avis. Mais comme le grand chef, ce dernier est tout aussi impatient de voir les efforts des Hurons-Wendat récompensés. C'est le même ministre au dossier; on attend toujours le feu vert du partenaire dans le dossier; nous on est prêt.

M. Lesage participera notamment à la COP15 de Montréal au cours des prochains jours pour présenter le projet d'aire protégée développé par sa nation.

Nouveau concept

Le concept d'aire protégée d'utilisation durable mis de l'avant par le gouvernement Legault devait se préciser grâce à deux projets pilotes, dont celui de la Nation huronne-wendat et un autre pour l'île d'Anticosti. Dans l'absolu, l'objectif est de protéger du territoire tout en y permettant une exploitation dite durable des ressources, comme les forêts.

De tels statuts d'aires protégées ont été imbriqués dans la modernisation de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, adoptée en février 2021.

Invité à commenter le dossier de la Nation huronne-wendat, le cabinet du ministre Benoit Charette est demeuré évasif sur les causes expliquant les délais de création de l'aire protégée. Les travaux sont toujours en cours avec les parties prenantes dans ce dossier, notamment pour délimiter la portion du territoire visé par la future aire protégée d'utilisation durable, a notamment indiqué son attachée de presse par écrit.

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