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La fermeture d’unités de naissance en Ontario inquiète des nouveaux parents d’Ottawa

Un bébé.

Kayce Duval, âgée de six jours, est tenue par sa mère à leur domicile de Russell, en Ontario, le 29 novembre 2022.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Radio-Canada

L’Ontarienne Kendra Duval raconte sa grossesse. Il est passé minuit et, en retard dans sa grossesse, elle est assise sur le bord de sa baignoire après deux jours de travail prématuré, les eaux étant enfin rompues et les contractions intenses étant en cours.

Elle s'est préparée à accoucher à l'hôpital, mais il n'y en a pas de disponible. Son mari est au téléphone avec une infirmière dans un hôpital de la région de Winchester, dans l'Est de l'Ontario, pour essayer de savoir où aller.

Ils devraient déjà être en route pour Winchester, mais son unité de naissance a été fermée pendant la nuit en raison d'un manque de personnel.

Kendra Duval sait que le bébé arrive. Elle ne peut pas arrêter les contractions de son corps ni les ralentir. C'était certainement le moment le plus effrayant de toute ma vie, se remémore-t-elle.

Problèmes de personnel

Après la cohue qui a suivi, le couple souhaite que les gens soient au fait que les soins de santé dans la province doivent être réparés de toute urgence, et que les problèmes de personnel ne se limitent pas aux salles d'urgence de certains hôpitaux.

Je devrais être ici en train de me détendre, de me remettre de la naissance et de profiter de mon bébé. Mais je suis tellement en colère que cela me soit arrivé, et je suis tellement bouleversée que cela puisse arriver à quelqu'un d'autre, que je sens que je dois dire quelque chose à ce sujet, lance Mme Duval.

Mme Duval, son mari et sa fille de quatre ans vivent dans la communauté de Russell, dans l'est ontarien, à une demi-heure de route au sud-est du centre-ville d'Ottawa. Le couple a choisi d'accoucher de son deuxième enfant au Winchester District Memorial Hospital, également à une demi-heure de route, en raison de sa réputation en obstétrique.

Le Winchester District Memorial Hospital, en Ontario.

Le Winchester District Memorial Hospital, en Ontario, a déclaré que la fermeture de son unité de naissance « est l'option la plus sûre » pour les patients et les employés lorsque le personnel est insuffisant.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Jusqu'à une semaine avant la date prévue de son accouchement, le 20 novembre, Mme Duval ignorait que l'unité d'obstétrique de son hôpital pouvait arrêter de fonctionner.

Elle l'a découvert par hasard lors d'une visite de routine chez son obstétricien, alors que le personnel du cabinet lui a dit qu’ils accusaient des retards. Le médecin avait dû aider des femmes ayant besoin d'une induction et qui ne pouvaient pas se rendre à l'hôpital, ce soir-là, parce que l'unité de naissance n'avait pas assez de personnel pour rester ouverte.

Mme Duval, stupéfaite par ce qu'elle a entendu, a demandé ce qui lui arriverait dans ce cas-là. Il lui a été répondu que les hôpitaux communiquent régulièrement entre eux, qu'un autre hôpital la prendrait en charge si le besoin se faisait sentir et qu'elle ne devait pas s'inquiéter.

Elle n’a toutefois pas pu s’empêcher de se faire du mauvais sang. Elle avait récemment fait une fausse couche et était donc suivie de près. Cette fois, la COVID-19 et d'autres virus l'ont d’autant plus rendue malade à plusieurs reprises.

J'ai dit à mon mari : J'ai passé neuf-dix mois à faire tout ce que je pouvais pour protéger ce bébé et m'assurer qu'il était en sécurité. Maintenant, j'ai l'impression que tout est à nouveau en péril parce que nous n'aurons peut-être pas d'aide sur le coup, quand le moment sera venu.

Un bébé.

Un cordon ombilical court, impossible à déplacer à la main, était enroulé autour du cou de Kayce Duval à sa naissance et a dû être coupé. Ses parents se demandent ce qui se serait passé s'ils avaient été au volant à ce moment-là.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Le temps d’accoucher, la nuit du 22 novembre, après deux jours de travail prématuré, l'unité de naissance de Winchester allait être fermée de 23 h à 7 h en raison d'un manque de personnel.

Ces fermetures de courte durée se produisent habituellement quelques fois par an, mais avec les défis de dotation en personnel qui touchent l'ensemble des soins de santé, cela s'est produit plus souvent plus tôt cette année et pendant l'été, a déclaré la porte-parole de l'hôpital, Jane Adams, à CBC News dans un courriel.

En novembre, l'unité a été fermée six fois, entre huit et douze heures, à chaque fois en raison de la dotation en personnel, a-t-elle ajouté.

Dans toute la province, cette année, 25 hôpitaux ont fermé temporairement leurs unités d'accouchement au moins une fois depuis le 6 juillet (date à laquelle Santé publique Ontario a commencé à suivre le problème) en raison de pénuries de personnel.

Le ministère de la Santé de l'Ontario n'a pas voulu fournir une liste des hôpitaux qui ont fermé leurs unités de naissance.

D’un hôpital à un autre

Mme Duval était bientôt prête à accoucher lorsqu'elle est arrivée au Winchester District Memorial Hospital, avant la fermeture de l'unité de naissance. L'infirmière qui avait contrôlé ses progrès au cours des deux derniers jours lui a dit de revenir dans la matinée pour faire rompre les eaux si cela ne se produisait pas tout seul.

Je me suis effondrée en larmes. J'ai dit : ''J'ai vraiment peur que ça vienne, que quelque chose se passe dans la nuit et que tu sois fermée", se rappelle Mme Duval.

L'infirmière a donc fait les démarches nécessaires pour que la patiente puisse se rendre à l'Hôpital Montfort d'Ottawa, si le travail progressait.

Environ 45 minutes après son retour à la maison, Mme Duval a perdu ses eaux. Son mari a appelé l’Hôpital Montfort pour dire qu'ils étaient en route, mais l’hôpital a dit qu'il n'avait plus de place et qu'il fallait plutôt appeler le campus Civic de l'hôpital d'Ottawa.

L'Hôpital Montfort d'Ottawa, débarcadère des urgences.

L'Hôpital Montfort d'Ottawa a déclaré qu'il connaît une pénurie de personnel infirmier comme d'autres hôpitaux en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Le conjoint de Mme Duval a appelé l'infirmière de l’hôpital à Winchester. Elle a répondu que le campus Civic de l'hôpital d'Ottawa n'avait pas de place non plus, mais que l'Hôpital Queensway Carleton d'Ottawa en avait. C'était à une heure de route.

Elle m'entendait crier en arrière-plan et elle a fini par dire à mon mari de revenir à Winchester pour qu’elle nous réévalue. Au besoin, nous pouvions peut-être demander à une ambulance de vous emmener, poursuit Mme Duval dans son récit.

Quand ils sont arrivés aux urgences pour se réinscrire, il était trop tard pour aller ailleurs.

J'étais complètement paniquée. J'étais erratique. Tout se passait si vite. Je n'arrêtais pas de leur dire : ''Je ne peux pas faire ça, je vais mourir, je ne me sentais pas en sécurité'', se souvient Mme Duval.

L'infirmière l'a accompagnée, avec une autre infirmière et un médecin des urgences, jusqu'à ce qu'un obstétricien arrive 40 minutes plus tard, juste à temps pour faire naître le bébé.

Un court cordon ombilical était enroulé autour de son cou; trop court pour être déplacé à la main. Il a fallu le couper alors que l'accouchement était encore en cours, puis le personnel a travaillé sur le nourrisson pendant 15 minutes pour s'assurer qu'il allait bien.

Mme Duval a déclaré que le personnel était formidable. Son mari et elle ne sont pas du tout fâchés contre l'hôpital. N’en reste pas moins que la situation était injuste, selon eux.

L'infirmière m'a renvoyée à la maison aussi sûrement qu'elle le pouvait sur le moment, pour me retrouver à nouveau là-bas complètement erratique, en plein accouchement, sans aucun temps à perdre. Je ne pense pas que quiconque mérite de se retrouver dans une telle situation, estime Mme Duval. Pas moi en tant que mère, mais pas elle en tant que personne qui essaie simplement de faire son travail.

« Ils se sont surpassés pour nous, mais nous avons le sentiment que le système nous a laissés tomber, et qu'il les a laissés tomber aussi. »

— Une citation de  Kendra Duval

De meilleures conditions

La semaine dernière, les cinq principaux syndicats du secteur de la santé de l'Ontario ont annoncé que le taux de roulement du personnel s'élevait à près de 15 % et que les hôpitaux devaient embaucher 47 000 personnes pour régler le problème et répondre aux besoins d'une population vieillissante et en pleine croissance. Ils ont également reproché à la province d'avoir tenté de limiter les augmentations de salaire à 1 %.

La province a annoncé, jeudi, qu'un nombre record d'infirmières et d'infirmiers, près de 14 000, s'étaient inscrits en Ontario jusqu'à présent en 2022, et qu'elle investissait 14 millions de dollars pour en inscrire davantage.

Du personnel infirmier.

Une infirmière se dirige vers un patient dans un service d'urgence à Toronto, en janvier (archives).

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Selon Mme Duval, le personnel de santé mérite plus d'argent et d'appréciation pour attirer les travailleurs.

Sans ces personnes, où sommes-nous? Ils méritent plus de respect que cela, et en tant que personnes ordinaires qui essaient simplement d'élever une famille, nous méritons mieux que cela aussi. Il faut que quelque chose change et il faut que ça change maintenant, martèle-t-elle.

« J'ai simplement peur. J'ai peur que les soins de santé me laissent tomber à nouveau. »

— Une citation de  Kendra Duval

L'option la plus sûre

Dans un communiqué, le ministère de la Santé de l'Ontario a déclaré qu'il s'attendait à ce que les hôpitaux veillent à ce que toutes les répercussions soient prises en compte lorsqu'ils s'efforcent de fournir la gamme et la qualité des plus appropriées de services et de programmes de soins de santé aux patients et aux résidents, dans la limite des ressources disponibles.

Les familles sont encouragées à parler avec leurs fournisseurs de soins de santé et à travailler ensemble pour développer une approche qui assure que les patients reçoivent les bons soins quand ils en ont besoin.

Aucun des hôpitaux concernés n'a voulu commenter directement la situation de Mme Duval, invoquant la confidentialité des patients.

L'hôpital de Winchester a déclaré qu'il fait tout son possible pour trouver un autre hôpital pour les patients lorsque l'unité de naissance ferme, et que la fermeture est l'option la plus sûre lorsque le personnel est insuffisant. Il espère que son effectif presque complet permettra de réduire les fermetures.

Pour sa part, l'Hôpital Montfort a expliqué qu'il peut généralement accueillir tous les patients à sa maison de naissance, mais lorsque beaucoup de personnes sont déjà admises, nous pouvons ne pas être en mesure de fournir le niveau de soins dont ils ont tous besoin.

Comme d'autres hôpitaux de la province, l’Hôpital Montfort connaît une pénurie de personnel infirmier. Les fermetures de services de maternité dans les hôpitaux voisins ont également un impact sur nous, peut-on lire dans sa déclaration.

Avec les informations de Kristy Nease, CBC News

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