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L’amendement au projet de loi sur les armes à feu « n’a aucun sens », disent des chasseurs

Photo en contre-plongée d'une personne tenant une arme.

La proposition du gouvernement Trudeau de resserrer le contrôle sur les armes à feu de type assaut fait réagir la communauté de chasseurs sur les deux rives. Des chasseurs locaux trouvent l'amendement au projet de loi C-21 trop sévère (archives).

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Le gouvernement libéral a déposé, au printemps dernier, le projet de loi C-21 sur le contrôle des armes à feu au Canada. Cependant, un amendement à ladite loi pourrait conduire à l'interdiction de nombreux fusils et pistolets semi-automatiques. Cette proposition est jugée trop sévère par des chasseurs de Gatineau, d’Ottawa et de l’Est de l’Ontario.

Au cas où l’amendement au projet de loi C-21 est adopté, il permettra de mieux définir les armes d’assaut interdites au Canada, en plus de restreindre la possession de modèles d’armes à feu semi-automatiques possédant un chargeur amovible et pouvant contenir plus de cinq cartouches.

La nouvelle est perçue comme un pas supplémentaire dans la bonne direction, affirme le groupe qui milite, entre autres, pour le contrôle des armes à feu, PolySeSouvient.

Cette mesure vise à minimiser les chances de tuerie de masse. Parce que la plupart des tireurs qui font ces massacres-là, ce sont des propriétaires légaux de leurs armes, commente Heidi Rathjen, coordinatrice et cofondatrice de PolySeSouvient.

Une femme face à la caméra.

Heidi Rathjen, coordonnatrice et cofondatrice de PolySeSouvient

Photo : Radio-Canada

Consternation chez les chasseurs

Si les pro-amendements semblent soulagés, l’annonce du gouvernement provoque la grogne chez plusieurs chasseurs d’une rive à l’autre de la rivière des Outaouais.

C’est le cas notamment de la Fédération des pêcheurs et chasseurs de l’Ontario, qui craint que l’amendement interdise les armes à feu utilisées par les chasseurs à travers le pays.

Les chasseurs ici se demandent : quelle est la prochaine? lance, en entrevue avec CBC Ottawa, Matt DeMille, directeur des politiques et des programmes de la Fédération des pêcheurs et chasseurs de l’Ontario.

Le gouvernement a clairement indiqué que les chasseurs et les armes à feu de chasse n’étaient pas la cible de cette législation [la loi C-21]. Pourtant, nous voyons maintenant qu’elle va affecter les armes à feu utilisées par les chasseurs à travers le pays, ajoute M. DeMille.

Pour Stéphanie Vadnais, directrice générale de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, le gouvernement fait fausse route.

C’est problématique dans le sens où l’amendement est arrivé à minuit moins une, dans ce processus-là du projet de loi C-21 qui, à la base visait les enjeux de sécurité et, qui se sont transformés avec cet amendement-là en un projet de loi qui vise les armes de chasse. Ce qui ne devait pas être le cas au départ, affirme-t-elle.

Une femme face à la caméra.

Stéphanie Vadnais, directrice générale de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs

Photo : Radio-Canada

L’amendement s’appuierait par conséquent sur une interdiction par décret, datant de mai 2020, et interdisant plus de 1500 modèles et dérivés de ce que le gouvernement considère comme des armes à feu de type assaut, par exemple l’AR-15 et le Ruger Mini-14.

Lorsque vous ciblez sur un troupeau d’oies, vous pouvez attendre toute la journée que le troupeau arrive. Alors [un semi-automatique] augmente vos chances, fait valoir Harvey Young, un chasseur de Grenville-sur-la-Rouge.

Fort de son expérience, M. Young explique que les semi-automatiques diffèrent également des armes automatiques, où plusieurs balles peuvent être tirées en une seule fois. Il s’agit là d’une distinction, dit-il, que la majorité des Canadiens ne comprennent pas. Il estime, par conséquent, que l’amendement proposé par le gouvernement manque de clairvoyance.

Ça n'a aucun sens. Cela cible des gens qui respectent la loi. [...]Chaque arme tire une balle. C’est la personne derrière l’arme qui porte le mauvais jugement, ajoute M. Young, qui possède d’ailleurs deux semi-automatiques.

Brian Preston est un chasseur de canards et d'oies de longue date. Il accuse les libéraux de vouloir faire adopter à toute vapeur une autre loi sur les armes à feu inutile , et qui n’aura pas l’effet escompté.

Ils ciblent les chasseurs légaux, formés et certifiés. Et ils ne mettent pas assez de [ressources pour] vraiment s’en prendre aux criminels. [...] Ils semblent simplement penser qu’il est plus facile de retirer toutes les armes à feu aux Canadiens… C’est la solution de la facilité, martèle-t-il.

Des milliers de fusils encore disponibles

Le député libéral Taleeb Noormohamed a assuré, la semaine dernière, que personne ne cherchait à vilipender les chasseurs. Le gouvernement veut plutôt se concentrer sur les armes qui devraient être interdites parce qu’elles ont causé la mort d’êtres humains.

M. Noormohamed a fait savoir que même si l’amendement entre en vigueur, il resterait jusqu’à 20 000 sortes d’armes à feu qui seraient classées sans restriction et pourraient être utilisées pour la chasse.

Taleeb Noormohamed parle dans un micro, en entrevue radio.

Taleeb Noormohamed, député du Parti libéral dans la circonscription Vancouver-Granville (archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Des propos qui n'apaisent pas Martin Bourgie, président de l’Association de chasse et pêche d’Aylmer.

Les gens commencent à se retrouver ciblés par ce règlement-là. On fait beaucoup de pratiques de sécurité, on fait beaucoup de formation, on s’assure que les gens sont en sécurité quand ils utilisent des armes à feu. Et on trouve que certains de ces règlements-là ne prennent pas ça en considération, déplore M. Bourgie.

Un homme face à la caméra.

Martin Bourgie, président de l'Association de chasse et pêche d'Aylmer

Photo : Radio-Canada

La Fédération ontarienne a d'ailleurs lancé un appel à l’action, invitant les gens à envoyer respectueusement leurs réflexions sur l’amendement à leur député local, par le biais d’un formulaire mis en ligne. Dès samedi, pourtant, le formulaire n’était plus visible, le site web de la fédération indiquant qu’une utilisation massive a conduit son fournisseur de services à le fermer.

Mais à deux jours de la commémoration de l’attentat de Polytechnique, Heidi Rathjen, coordinatrice et cofondatrice de PolySeSouvient, pense que les personnes s’indignent contre l’amendement parce qu’ils n’ont pas les bonnes informations.

Ce n’est pas vrai que les armes de chasse sont ciblées. Peut-être qu’il y en a deux qui sont tombées dans la définition, mais on peut corriger ça. Ce n’est pas ça la nature de la mesure, conclut-elle.

Avec les informations de Trevor Pritchard et d’Omar Dabaghi-Pacheco, de CBC News, de Rebecca Kwan et de La Presse canadienne

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