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Seul pour aider les locataires de la Matanie, de la Gaspésie et des Îles

Sylvain Dubé tient une pancarte où il est écrit : Le logement, un droit, pas une marchandise.

Sylvain Dubé, coordonnateur d'Action logement de l'Est, organisme en défense des droits des locataires

Photo : Radio-Canada / Brigitte Dubé

Le téléphone ne dérougit pas au local de l’organisme Action logement de l’Est, qui vient en aide aux locataires ou aux personnes qui se retrouvent sans logement.

Seul dans son bureau de Matane, le coordonnateur Sylvain Dubé a effectué 600 interventions pour aider 125 ménages, soit plus ou moins 250 personnes réparties en Matanie, autour de la péninsule gaspésienne et aux Îles.

Souvent, ça demande plusieurs interventions pour aider une même personne, précise M. Dubé. Une intervention, par définition, c'est 15 minutes de travail ou d'écoute ou de rédaction.

Il dit avoir été surpris par l'ampleur et la complexité des besoins.

Par exemple, il a aidé des gens qui ont des problèmes de compréhension ou qui manquent de préparation pour se rendre jusqu’au Tribunal administratif du logement. Ça demande plusieurs rencontres pour les aider et bien les informer, souligne-t-il.

« On n'est pas des avocats. On est là pour s'assurer que les gens connaissent bien leurs droits pis comment les faire appliquer. »

— Une citation de  Sylvain Dubé, coordonnateur d’Action logement de l’Est

Action logement de l'Est est issu de l'aide qui a été créée par le Fonds québécois d'initiatives sociales, par le biais du Conseil régional de développement du Bas-Saint-Laurent.

Aux balbutiements de l'organisme, les fonds avaient été accordés pour la MRC de La Matanie. L’organisation a également reçu de l’aide du Front d'action populaire en aménagement urbain (FRAPRU) qui milite pour davantage de logements sociaux.

« Dans les faits, on n'est financés que pour une seule MRC, mais on se retrouve à en aider sept autres et je suis le seul employé. »

— Une citation de  Sylvain Dubé, coordonnateur d’Action logement de l’Est

Le coordonnateur offre aussi son aide à la Vallée de la Matapédia et à la Haute-Gaspésie. Ce qui explique les chiffres [les demandes d'aide] un peu astronomiques, c'est que le conseil d'administration de l'époque a aussi décidé d'aider toute la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, informe-t-il.

Logements de type « habitation loyer modique ».

Selon Sylvain Dubé, il manque cruellement de logements de type HLM (habitation à loyer modique).

Photo : Radio-Canada / Brigitte Dubé

Le coordonnateur rappelle qu’avant la fondation de l’organisme, il y a un an, les personnes qui avaient besoin d’aide devaient contacter le Comité Logement Bas-Saint-Laurent. Depuis une vingtaine d'années, ils s’occupaient des citoyens de La Pocatière jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine, alors, ils étaient très heureux qu’on arrive, commente M. Dubé.

Selon lui, il devrait y avoir un organisme comme Action logement dans toutes les MRC du territoire.

Sylvain Dubé affirme que certains ménages ont vu leur revenu amputé de 30 à 50 % depuis au moins un an, en raison de la pandémie et de la hausse du coût de la vie.

« Au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, on se retrouve avec un désert de sécurité. On ne devrait jamais dépenser plus de 25 % de ses revenus pour se loger. »

— Une citation de  Sylvain Dubé, coordonnateur d’Action logement de l’Est

Des logements abordables, pour tous?

Il admet que les divers paliers de gouvernements ont promis de faire du logement une priorité dans les dernières campagnes électorales.

Mais dans les faits, c'était pour trouver des logements pour les " bons travailleurs ", des logements dits abordables, précise-t-il. Avec le manque de main-d'œuvre partout, je comprends les entreprises ou certains ministères de chercher à loger les travailleurs, mais tout ce qu'il y avait de potable et bien entretenu a été occupé ou acheté.

Une pancarte qui indique « Logements à louer. Complet » sur un immeuble.

Comme partout au pays, l'offre de logements abordables est insuffisante dans l'Est-du-Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Comme il l'appréhendait, son expérience au bureau d’Action logement lui révèle une situation des plus préoccupantes.

Plus de la moitié des gens qui ont demandé de l'aide dans nos bureaux, c'est des gens qui étaient devant un mur, c'est-à-dire choisir entre avoir un toit ou la plupart du temps, manger ou se soigner ou avoir des loisirs, observe-t-il.

Sylvain Dubé déplore le manque de concertation entre élus, entrepreneurs et organismes pour trouver des solutions. À ma connaissance, constate-t-il, il n’y a pas eu grand consultation populaire pour parler des vraies affaires c'est-à-dire le manque d'accessibilité de logements sociaux salubres et abordables pour individu qui a un faible revenu, ou pour faire place à des logements sociaux ou des aménagements pour aider les petites familles à pouvoir loger dans des logements neufs.

Sylvain Dubé dénonce également l'abandon de l’État des HLM (habitations à loyer modique).

Dans son bilan, l’organisme fait aussi part d’un manque chronique de logements adaptés ou supervisés pour les personnes qui ont des conditions de santé qui ne leur permettent pas de vivre seules ou qui ont besoin de services.

Négligence de la part de propriétaires

On est dans un phénomène de plus en plus croissant de financiarisation du logement, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens avec des intérêts financiers extérieurs à notre région qui ont tout acheté et loué, affirme Sylvain Dubé. Mais ça ne veut pas dire que les logements sont entretenus.

La maison est située tout près de la rue.

Beaucoup de personnes doivent se contenter de logements plus ou moins entretenus.

Photo : Radio-Canada

Il dit s’être retrouvé devant le Tribunal d'administration du logement pour défendre des locataires vivant des situations où les travaux de rénovation n’ont pas été exécutés et où les baux ne sont pas respectés.

Il y a beaucoup de propriétaires qui n'ont pas mis une cent dans l'isolation ou les réparations, comme promis. C'est la raison la plus fréquente pour laquelle on appelle Action logement, rapporte-t-il, tout en concédant que les coûts reliés aux rénovations ont explosé.

Une menace ou un ordre d’éviction, l'inaccessibilité à un service juridique, la recherche de logements adaptés ou supervisés, l'intimidation de la part du propriétaire, toutes des situations que le coordonnateur d'Action logement de l'Est a pris en charge cette année. Plus de la moitié des demandeurs d’aide cumulaient tous ces problèmes à la fois.

Face à un mur au 31 mars

Le financement d’Action logement de l’Est doit prendre fin le 31 mars 2023. On va faire face à un mur, indique Sylvain Dubé. On travaille à mettre sur pied un comité de finances pour essayer de trouver tous les alliés possibles pour pouvoir nous aider à survivre, au moins sur un horizon de 2025, et de pouvoir aider aussi les autres MRC à pouvoir en faire de même.

Selon lui, il manque trois autres intervenants pour combler tous les besoins actuels.

L’une des priorités d’Action logement de l’Est sera de mettre en place un comité de vigilance qui sera informé de toute situation où des gens se retrouvent dans la rue après un ordre d'éviction ou dans d'autres situations où ils ne trouvent pas de logement. L’organisme souhaite aussi travailler de pair avec divers regroupements pour porter ses revendications auprès des différents paliers de gouvernements.

Sylvain Dubé tient à ce que le comité puisse aider les Gaspésiens à trouver des solutions toute l'année, pas seulement le 1er juillet.

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