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Payer pour réserver une meilleure table au restaurant

Deux tables avec leurs couverts dans un restaurant.

Les prix de la réservation peuvent varier de 5 $ à plus de 100 $.

Photo : getty images/istockphoto / S_Z

Radio-Canada

Alors que l'industrie de la restauration continue de souffrir depuis la pandémie, la jeune entreprise torontoise Tablz propose aux restaurateurs une source de revenus supplémentaire en offrant à leurs clients la possibilité de choisir leur table à l’avance par le biais d’une plateforme de réservation en ligne.

La plateforme permet aux consommateurs qui s'inscrivent de faire des visites en 3D de la salle à manger d'un restaurant et de payer entre 5 $ et plus de 100 $ supplémentaires pour les places de leur choix aux heures de pointe. Selon l’entreprise, cette stratégie permet aux restaurants d'augmenter leurs revenus, sans frais de main-d'œuvre supplémentaires. 

La cheffe de l'exploitation, Stef Scrivens, compare le concept de Tablz à celui des compagnies aériennes qui fixent leurs prix selon l'emplacement des sièges dans l'avion.

En restauration, dit-elle, il y a plusieurs facteurs qui expliquent la différence de prix pour réserver une table, la ville, le quartier, mais aussi la période de la semaine.

Stef Scrivens admet que tous les clients n'ont pas les moyens de payer un supplément pour réserver une place. C’est pourquoi seulement de 15 à 20 % des tables sont dédiées à la réservation premium dans les restaurants participants, précise-t-elle. C'est juste pour les consommateurs qui veulent vivre une expérience et s'assurer d'avoir la table de leur choix. Les autres clients peuvent continuer de venir sans être contraints de payer.

Un restaurant satisfait

Le restaurant Madrina Bar y Tapas, situé dans le quartier de la Distillerie à Toronto, propose à ses clients cette possibilité de réserver la table de leur choix, car cela permet de personnaliser l'expérience, assure le chef du restaurant, Ramon Simarro.

Il croit d'ailleurs que cette tendance va se populariser, car elle existe déjà ailleurs, notamment dans l'industrie hôtelière.

Pour le temps des fêtes, le Madrina Bar y Tapas demande entre 20 et 35 $ par personne pour réserver une table près des fenêtres.

Ramon Simarro ajoute que les clients qui sont prêts à payer pour la table de leur choix sont aussi prêts à payer davantage pour les plats ou pour un meilleur vin.

Problème éthique?

De son côté, le propriétaire du restaurant Batifole à Toronto, Pascal Geffroy, est surpris par ce concept qui instaure, selon lui, une différenciation parmi les clients.

Il déplore l’idée de Tablz qui amène une sorte de discrimination entre ceux qui ont de l’argent et ceux qui en ont moins, alors que pour lui la restauration est d’abord un moment de partage.

« Mon restaurant est ouvert à tout le monde, riche et moins riche. »

— Une citation de  Pascal Geffroy, propriétaire du restaurant Batifole

S’il convient que les restaurateurs doivent faire du commerce, il estime toutefois qu’il y a une éthique avant tout, et qu’on doit traiter tous les clients de la même façon.

Ce sont des valeurs que je préserve, dit-il avec conviction.

J'ai des clients qui viennent depuis des années. Je me verrais mal leur imposer de payer plus, juste parce qu'ils veulent une table particulière, poursuit-il.

Un changement de mentalité

Pour sa part, Frédéric Dimanche, directeur de l'École Ted Rogers en gestion du tourisme et de l'hôtellerie à l'Université métropolitaine de Toronto, estime que cette stratégie a le double mérite de générer des revenus supplémentaires pour les restaurateurs qui en ont besoin, et d'offrir l'occasion aux clients de réserver l'espace et la table de leur choix.

Moi, je trouve que c'est assez normal dans la mesure où il y a un service supplémentaire qui est fourni, il y a une opportunité de choisir en avance, une opportunité de réserver, dit-il, en précisant que cela peut aussi aider les restaurants à gérer les flux de réservation qui ne sont pas toujours faciles.

Frédéric Dimanche admet toutefois qu’il reste beaucoup de questions sans réponse. Selon lui, il va falloir du temps pour changer la mentalité des restaurateurs et des consommateurs. C’est une nouveauté, il faudra voir comment ils vont s'approprier cet outil, comment ils vont l'utiliser et surtout comment ils vont l'accepter.

Le risque, prévient-il, c’est d’avoir des clients mécontents de ne pas pouvoir s'asseoir à la meilleure table sans payer un supplément.

Au Canada, l'entreprise Tablz est présente à Ottawa et à Toronto. Elle dessert également les États-Unis, à Miami, San Francisco, Chicago et New York.

Avec les informations de Yanick Lepage et Rozenn Nicolle

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