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Comment un complotiste a transformé la désinformation en millions de dollars

Le visage d'Alex Jones en gros plan sur un écran.

Fondateur du site Infowars et commentateur d'extrême droite américain, Alex Jones profite d'un système où les contenus mensongers génèrent plus de revenus que la vérité. (Archives)

Photo : AFP/Getty Images / ERIC BARADAT

Agence France-Presse

L'animateur de radio américain Alex Jones a engrangé des millions de dollars en multipliant les mensonges complotistes pour mieux vendre ses produits, à l'image d'un écosystème en ligne qui, selon des experts, fait de la désinformation un commerce juteux.

Ce complotiste a été condamné cette année à payer quelque 1,5 milliard de dollars d'amendes et de dommages-intérêts pour avoir mis en doute la réalité d'une fusillade dans l'école primaire de Sandy Hook en 2012, au cours de laquelle 26 personnes, dont 20 écoliers, ont perdu la vie.

Ses deux procès, au Texas et au Connecticut, ont montré à quel point il est difficile de limiter la désinformation sur Internet, où les contenus mensongers et incendiaires se répandent souvent plus vite, font davantage réagir et génèrent plus de revenus que la vérité.

Le modèle économique actuel sur Internet consiste à obtenir un public puis à en tirer des revenus, que ce soit par la publicité, par des ventes de marchandises ou par des dons, explique à l'AFP Danny Rogers, de l'ONG Global Disinformation Index.

« Alex Jones a perfectionné ce modèle en colportant les discours les plus hostiles sous la forme de virulentes théories du complot [...] puis en soutirant des profits à son public. »

— Une citation de  Danny Rogers, de l'ONG Global Disinformation Index

M. Jones, qui a de nouveau fait les gros titres cette semaine lorsque le rappeur Kanye West a dit à son antenne son admiration pour Adolf Hitler, a amassé selon les experts une petite fortune en mêlant théories du complot et vente de marchandises sur son site Infowars.

Kanye West porte une veste de cuir et des lunettes fumées.

Englué dans une série de polémiques, Kanye West en a rajouté une couche il y a quelques jours lorsqu'il a dit admirer Adolf Hitler. (Archives)

Photo : afp via getty images / JEAN-BAPTISTE LACROIX

Il a notamment dopé ses ventes de compléments alimentaires censés renforcer la virilité en assurant que le gouvernement, au moyen de polluants, rend les hommes plus efféminés ou homosexuels.

Et il a accusé les autorités de déverser du fluorure de sodium dans l'eau du robinet tout en proposant sur son site des filtres à eau et du dentifrice spécial sans fluor.

Des millions transférés à des initiés

L'étendue de sa fortune n'est pas connue, mais un expert a dit estimer lors du procès au Texas qu'Alex Jones et Free Speech Systems, la société mère d'Infowars, valent probablement de 135 à 270 millions de dollars.

Cela n'a pas empêché le polémiste de quémander des dons pour l'aider à payer les dommages et intérêts et de recevoir notamment une offrande anonyme équivalente à huit millions de dollars en cryptomonnaie, selon l'association Southern Poverty Law Center.

Cette semaine, Alex Jones s'est néanmoins déclaré en faillite, assurant que ses dettes excèdent largement ses actifs, qu'il situe entre 1 et 10 millions. InfoWars s'était déclaré en faillite en avril, et Free Speech Systems en juillet.

Citant des documents financiers, le Washington Post a rapporté le mois dernier que M. Jones avait transféré des millions de dollars de Free Speech Systems vers des compagnies que lui ou des membres de sa famille contrôlent.

Alex Jones à son arrivée à la salle d'audience.

Alex Jones a été condamné à dédommager les parents des victimes de l'école de Sandy Hook. (Archives)

Photo : Reuters / Briana Sanchez

Selon des familles de victimes de la fusillade de 2012, le complotiste tente de cacher sa fortune pour éviter de payer. Ni lui ni Free Speech Systems n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP.

Les familles de victimes, à qui la justice a donné raison, disent avoir été harcelées et menacées pendant des années – non seulement sur Internet mais aussi dans la vraie vie – par les fans d'Alex Jones.

Des données présentées lors du procès ont montré que les revenus du site Infowars avaient presque quintuplé du jour au lendemain lorsqu'Alex Jones a affirmé, à tort, qu'un rapport du FBI montrait que personne n'était mort en 2012 à Sandy Hook.

Leurs enfants ont été massacrés, je l'ai vu de mes propres yeux, a témoigné l'agent du FBI Bill Aldenberg lors du procès au Connecticut, en septembre. Et ces gens [y compris Alex Jones] se sont fait des millions.

Modèle économique toxique

Cela démontre, selon des experts, l'intérêt que les créateurs de contenu en ligne ont à mettre en avant des théories du complot qui peuvent devenir virales.

Le problème fondamental dépasse Jones et relève en réalité du modèle économique lui-même et de ses effets toxiques, estime l'expert Danny Rogers.

« Cela crée un monde entier d'Alex Jones qui polarisent le discours et qui infusent de la peur et de la colère pour des clics et pour de l'argent. Tant que cela ne changera pas, nous passerons simplement d'un Alex Jones au suivant. »

— Une citation de  Danny Rogers, de Global Disinformation Index

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