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Aide humanitaire en Afghanistan : trois ministres refusent de témoigner au Sénat

Une femme et une fille afghanes marchent dans une rue de Kaboul.

Les Nations unies ont sonné l'alarme alors qu'un hiver rigoureux s'installe et que des millions de personnes n'ont pas accès à de la nourriture ou à de l'eau potable.

Photo : Reuters / Ali Khara

La Presse canadienne

Trois ministres libéraux ont décliné l'invitation à témoigner au Sénat alors que la Chambre haute se demande pourquoi le Canada refuse toujours de permettre aux travailleurs humanitaires d'aider l'Afghanistan.

Le Comité sénatorial des droits de la personne doit commencer ses audiences lundi sur les règles fédérales antiterroristes qui empêchent les groupes d'aide de travailler en Afghanistan.

Les talibans ont pris le contrôle de Kaboul en août 2021, et les groupes humanitaires disent que les responsables canadiens leur ont conseillé de ne pas payer les gens en Afghanistan ou d'acheter des biens là-bas, parce que payer des impôts pourrait s'apparenter à soutenir un groupe terroriste.

Les députés ont entendu parler de l'affaire au début de l'année, en janvier dernier, et ils ont recommandé, dans un rapport publié en juin, qu'Ottawa prenne l'exemple de ses alliés – et les Nations unies – en modifiant les lois pour préciser que l'acheminement de l'aide humanitaire ne mènera pas à des poursuites.

Le premier ministre Justin Trudeau n'a pas expliqué ce qui prend autant de temps lorsqu'on lui a posé la question vendredi.

Justin Trudeau répond aux journalistes.

Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Vancouver

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Nous devons essayer de trouver une façon d'acheminer l'aide aux communautés et aux personnes qui souffrent en Afghanistan, sans soutenir et financer l'organisation terroriste qu'est leur gouvernement en ce moment, a-t-il déclaré aux journalistes à Vancouver.

C'est une situation complexe. Nous avons un certain nombre d'alliés qui ont progressé dans ce domaine, et nous cherchons à faire de même, a-t-il ajouté.

M. Trudeau a précisé que cela doit être fait d'une manière qui ne soutient pas ou n'encourage pas le gouvernement afghan, qui exerce de l'oppression et a recours à de la violence contre son propre peuple.

Des engagements antérieurs

De hauts juristes comme Kent Roach soutiennent qu'Ottawa interprète mal ses propres lois, étant donné que le gouvernement fédéral a admis que les talibans gouvernent l'Afghanistan et qu'il est en pourparlers réguliers avec le régime.

M. Roach fait partie des six avocats qui comparaîtront devant le comité sénatorial lundi. Les autres représentent notamment la Croix-Rouge canadienne, Vision mondiale Canada ainsi que des groupes au service des immigrantes afghanes.

Une femme et une fille afghanes marchent dans une rue de Kaboul.

Les Nations Unies ont sonné l'alarme alors qu'un hiver rigoureux s'installe et que des millions de personnes n'ont pas accès à de la nourriture ou à de l'eau.

Photo : Reuters / Ali Khara

Le comité a invité le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, le ministre de la Justice, David Lametti, et le ministre du Développement international, Harjit Sajjan, à témoigner aux réunions prévues les 5 et 12 décembre. Les trois ministres ont refusé de comparaître.

Malheureusement, les ministres Mendicino, Lametti et Sajjan avaient des engagements antérieurs lorsqu'ils ont reçu l'invitation [...] et ne seront donc pas en mesure de comparaître en ce moment, a déclaré la porte-parole du ministre Mendicino, Audrey Champoux, dans un courriel.

Trois fonctionnaires du ministère de la Justice et de celui de la Sécurité publique répondront plutôt aux questions lundi.

La famine aux portes de l'hiver

Un groupe populaire mondial, End Afghan Starvation, a demandé au premier ministre Trudeau de réviser le blocus incessant de l'aide humanitaire en Afghanistan, estimant que cette politique équivaut à une punition collective des 40 millions de personnes du pays.

En tant qu'alliés de longue date de l'Afghanistan, nous demandons au Canada de saisir le moment en fournissant de l'aide humanitaire essentielle pour sauver des vies afghanes, peu importe les circonstances politiques, a déclaré le groupe dans une lettre ouverte.

Une Afghane exténuée nourrit au biberon son bébé alité.

Un enfant recevant un traitement contre la malnutrition est soigné dans un service pour enfants de l'hôpital Indira Gandhi, à Kaboul

Photo : Getty Images / Nava Jamshidi

Les Nations unies ont sonné l'alarme alors qu'un hiver rigoureux s'installe et que des millions de personnes n'ont pas accès à de la nourriture ou à de l'eau. L'effondrement de l'économie et la hausse des prix alimentaires signifient que les familles consacrent 75 % de leurs revenus à l'alimentation, selon l'ONU.

La moitié de la population de l'Afghanistan est maintenant classée comme étant en situation de crise d'insécurité alimentaire, y compris six millions de personnes officiellement menacées de famine.

Ils auront peu de nourriture, peu de carburant – et ils auront du mal à garder leurs enfants au chaud et nourris, a déclaré Joyce Msuya, coordonnatrice adjointe des secours d'urgence de l'ONU, lors d'une réunion du Conseil de sécurité le mois dernier.

« La situation humanitaire, qui était déjà grave dans tout le pays tout au long de l'année, ne fera qu'empirer.  »

— Une citation de  Joyce Msuya, coordonnatrice adjointe des secours d'urgence de l'ONU

Le Comité international de la Croix-Rouge a aussi signalé un pic de cas de pneumonie infantile et de malnutrition infantile dans le pays.

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