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Un premier répondant de Field, en C.-B., craint une catastrophe sur la Transcanadienne

Deux camions circulent sur une route en montagne.

En moyenne, 7500 véhicules circulent chaque jour sur la Transcanadienne dans le parc national Yoho. Cette moyenne peut atteindre 15 000 véhicules en été lors de la haute saison touristique.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Asselin

La réouverture de l’autoroute Transcanadienne entre le parc national Yoho et Golden, en Colombie-Britannique, jumelée à un service d’urgence réduit au minimum, durant le temps des Fêtes, laisse entrevoir le pire pour les automobilistes cet hiver après une année qui compte déjà de nombreux accidents mortels.

On va voir comment cela va se passer au cours de l'hiver, c'est certain qu'on appréhende, indique Patrick Caïs, un résident de Field depuis 15 ans, qui est à la fois ambulancier et chef intérimaire du service de pompiers volontaires (FFRD) de la petite municipalité montagnarde située au coeur du parc national de Yoho.

La Transcanadienne a été fermée à plusieurs reprises cette année à cause des travaux en cours dans le canyon Kicking Horse, à l’ouest du parc national Yoho. Malgré les fermetures, il y a déjà eu neuf accidents mortels sur l’autoroute dans le parc en 2022, presque tous étaient des collisions frontales.

Patrick Caïs debout dans un décor enneigé.

Patrick Caïs vit à Field en Colombie-Britannique depuis 15 ans. Il s'inquiète pour les automobilistes qui empruntent la Transcanadienne près de chez lui.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Asselin

Il y a énormément de pentes, de virages et [la route se trouve] le long de la rivière Kicking Horse, qui apporte beaucoup d'humidité à ce secteur, avance le premier répondant pour expliquer le haut taux d’accidents dans la région.

D’autre part, il y a un conflit entre différents types de circulation qu'il peut y avoir dans le parc national Yoho.

Plus de 2,7 millions de véhicules circulent sur ce tronçon de la Transcanadienne chaque année, selon le plan directeur du parc national Yoho de 2022. Cela comprend 41 % de véhicules lourds et d’autobus.

L'autre 59 % des utilisateurs sont des véhicules passagers, à la fois des Canadiens qui font la navette d’une province à l’autre et près de 800 000 visiteurs touristiques qui aiment s’arrêter aux différentes attractions de la région et regarder le paysage.

La rivière Kicking Horse bordée de neige et de glace dans un paysage de montagne.

La rivière Kicking Horse longe l'autoroute Transcanadienne dans le parc national Yoho. La proximité de la rivière facilite la formation de glace sur la route, selon Patrick Caïs.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Asselin

En plus de tous ces facteurs, la vitesse est aussi un problème dans le parc.

La Patrouille routière de la Colombie-Britannique (BCHP) a donné 1600 contraventions pour excès de vitesse sur ce secteur de la route en 2022 dont 77 pour vitesse très excessive, soit 40 km/h au-dessus de la vitesse permise. Cela n’inclut pas les contraventions rédigées par les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de Golden.

La limite de vitesse affichée est un maximum et c’est pour des conditions routières idéales, rappelle l’Inspecteur Chad Badry, l’officier de la GRC responsable de la Patrouille routière de Kootenay.

Vous ne pouvez pas dépasser la limite pour passer quelqu’un. Si vous êtes frustrés par la vitesse d’un autre conducteur, arrêtez-vous, attendez 5 minutes et vous ne le verrez sûrement plus.

Services d’urgence réduits

Depuis 2020, le service des pompiers de Field ne répond plus aux incidents sur la Transcanadienne, que ce soit un accident de la route, une voiture en feu ou un déversement de matière dangereuse. La dizaine de pompiers volontaires du FFRD se concentrent uniquement sur les feux structurels dans la petite municipalité.

Le service, incorporé en 2010, n’arrivait pas à s’entendre avec Parcs Canada sur des questions de responsabilité civile et de soutien administratif.

Un camion sorti de route entouré de véhicules d'urgence.

En juillet, un homme de 31 ans de l'Alberta est décédé dans une collision entre un véhicule et un camion sur la Transcanadienne près de Field. Depuis le début de l'année, neuf personnes sont mortes dans des accidents sur la cinquantaine de kilomètres de l'autoroute dans le parc national Yoho.

Photo : Patrouille routière de la Colombie-Brintannique

Parcs Canada n’a donc plus de contrat avec un service de pompiers dans la région pour répondre en cas d’accident sur la Transcanadienne. Cette situation ressemble à celle qui risque de se produire dans le parc national Kootenay en 2024 et qui inquiète le chef des pompiers de Banff.

La trentaine de pompiers volontaires de Lake Louise et de Golden ont un protocole d’accord avec Emergency Management British Columbia (EMCB), le service britanno-colombien de la gestion des urgences. Ils peuvent être appelés en cas d’accident et ils ne sont dédommagés par EMBC que si l’intervention nécessite une désincarcération.

Le service de pompiers de Golden a aussi un protocole d’accord avec Parcs Canada depuis mars 2022 et pourrait facturer l’agence fédérale au besoin, ce qui n’a pas été nécessaire jusqu’ici pour les six appels auxquels le service a répondu en 2022, selon le chef des pompiers de Golden, Mike Pecora.

Deux véhicules enneigés stationnés devant les bureaux des premiers répondants de Field.

Le service des pompiers de Field et le service de premiers répondants partagent des locaux fournis par Parcs Canada.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Asselin

Pour l’instant, l’ajout de responsabilités pour le service des pompiers de Golden dans le parc national Yoho n’a pas eu un gros impact sur l’équipe, précise son chef, mais la route a été fermée à plusieurs reprises au cours de l’année.

Les statistiques sont un peu trompeuses, dit Mike Pecora. Nous découvrirons très rapidement [l’impact sur l’équipe] avec l’ouverture de l’autoroute pour les Fêtes et le printemps. Les choses vont beaucoup évoluer dans un avenir proche. Heureusement, nous avons une bonne relation avec nos collègues de Lake Louise.

Patrick Caïs constate déjà une augmentation des délais d’intervention des services d’incendie lorsqu’il se retrouve sur une scène d’accident.

« Il faut parfois près de 45 minutes pour que les pompiers se rendent sur place et s'ils doivent procéder à une désincarcération, cela peut augmenter le retard de 15 minutes dans le meilleur des cas à 45 minutes dans le pire des cas. »

— Une citation de  Patrick Caïs, résident et premier répondant de Field.

Il craint aussi que la dépendance à un service externe au parc, qui peut être occupé ailleurs sur leur territoire, ait un impact sur les victimes d’accidents et pour les autres premiers répondants comme les ambulanciers, le détachement de Golden de la GRC et la Patrouille routière de la Colombie-Britannique.

La décision de Parcs Canada concernant son plan, ou absence de plan d’urgence accroît le stress des autres répondants, estime Patrick Caïs. Ils sont exposés à des scènes d’accident plus dangereuses sur lesquelles leurs tâches deviennent plus complexes et ils sont davantage exposés aux risques.

L’Inspecteur Chad Badry de BCHP Kootenay concède que plus les services d’urgences sont près d’un accident, mieux c’est, puisque la vitesse d’intervention peut sauver des vies.

Je ne peux pas dire qu’il y a un problème avec ça dans cette région-là, précise-t-il. [Les services d’urgence] vont se rendre sur place le plus rapidement possible, de façon sécuritaire, et, une fois arrivés, ils connaissent leur rôle et c’est tout ce que l’on peut demander.

Changement de cap à Parcs Canada

Historiquement, Parcs Canada assumait la responsabilité des services d’urgence dans les parcs nationaux, un territoire fédéral, d’abord grâce à des services de pompiers intégrés à l’agence puis en sous-traitant ces responsabilités à des services de pompiers comme le service de Banff (2014) ou de Field (2010).

L’agence fédérale indique, dans une déclaration fournie à Radio-Canada, que la sécurité du public est primordiale pour Parcs Canada et qu’elle est engagée à faciliter les services d’urgences pour les voyageurs routiers.

Une affiche près d'un pont annonce le village de Field dans un paysage montagnard et enneigé.

La petite communauté de Field ne compte qu'environ 300 résidents, mais reçoit près de 800 000 visiteurs par année.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Asselin

Toujours selon cette déclaration, Parcs Canada considère que les provinces sont responsables des secours routiers et des services d’urgences.

Une version préliminaire d’une étude commandée par Parcs Canada sur les services d’incendie offerts dans le parc national Yoho datant de 2020, dont Radio-Canada a obtenu copie, stipulait pourtant qu’une communication du ministère de la Justice du Canada de 2003 confirmait que Parcs Canada avait l’obligation d’offrir les services d’extinction d’incendies structurels, d’intervention en cas d'accidents de la route et d’intervention et de confinement en cas de déversements de matières dangereuses dans le parc national Yoho.

Il a été impossible d’obtenir une copie de cette communication de 2003 citée dans l’étude avant la publication de ce texte.

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