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Des intervenants en itinérance craignent le pire cet hiver à Edmonton

Plus de 1280 espaces seront offerts temporairement dans des refuges d'Edmonton cet hiver pour endiguer l'itinérance, mais des intervenants de première ligne craignent que cela ne soit pas suffisant.

Un campement de personnes itinérantes dans le centre-ville d'Edmonton.

D'après l'organisme Homeward Trust, 2750 personnes sont en situation d'itinérance à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Kory Siegers

Jeudi soir, une vingtaine de bénévoles, enveloppés dans leurs vêtements chauds, se préparent pour leur patrouille au cœur du centre-ville d’Edmonton, malgré les avertissements de froid extrême pour la nuit. Rebecca Reid parcourt les chariots remplis à ras bords d’habits, de nourriture et d’eau par les volontaires. « Ça va vraiment mal », assène-t-elle.

Cinq cents colis d’approvisionnement seront distribués cette nuit-là par le groupe de bénévoles Water Warriors. Une amélioration temporaire face à la gravité de la situation pour les personnes en situation d’itinérance dans la capitale albertaine, estime Rebecca Reid, une des cofondatrices de l'organisme. C'est le pire que j'aie vu, affirme-t-elle.

Rebecca Reid, au centre, s'est adressée à ses bénévoles avant de partir en patrouille pour leur rappeler les règles de sécurité.

Rebecca Reid, au centre, s'est adressée à ses bénévoles avant de partir en patrouille pour leur rappeler les règles de sécurité.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

Elle s'inquiète particulièrement du manque d’espaces dans les refuges avant l’arrivée imminente des mois plus froids l’hiver. Si décembre est gérable à cause de la charité du temps des Fêtes, les mois de janvier et de février lui font craindre le pire. Nous sommes dans une situation où les personnes en situation d’itinérance n’ont pas suffisamment de lits dans les refuges, ajoute Rebecca Reid, qui aide cette population depuis 20 ans.

Nous avons vu des blessures terribles, l’année dernière, en raison d'engelures : des membres noircis, des os qui dépassent… C’est horrible, raconte Rebecca Reid. « Sans refuge adéquat [...], beaucoup de personnes vont perdre des doigts, des orteils, ou des membres. »

Des bénévoles marchent en groupe pour aller distribuer des vivres.

Les bénévoles de Water Warriors distribuent toutes les semaines des vivres pour la population en situation d'itinérance du centre-ville d'Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

209 lits temporaires supplémentaires

Le maire d'Edmonton, Amarjeet Sohi, a présenté mercredi une motion pour financer 209 places supplémentaires dans un refuge temporaire dans l’ouest de la capitale albertaine. J’ai appris ce matin par le personnel de la Ville qu’une quatrième personne était décédée, a-t-il annoncé avec émotion.

Le conseil municipal a adopté à l’unanimité cette mesure de 7,5 millions de dollars. Ces places seront accessibles dans les prochaines semaines. Le maire reconnaît néanmoins les limites de cette initiative. C’est une intervention à court terme qui sera suffisante pour l’hiver.

Le gouvernement provincial a annoncé au début du mois d’octobre la création de 450 lits supplémentaires dans les refuges temporaires d’Edmonton pour les deux prochains hivers, ce qui porte le nombre total de lits disponibles à 1281 dans la capitale cette saison.

C’est fantastique, ce qu’ils sont en train de faire, mais ce n’est pas suffisant pour ce qui est en train de se passer dans la ville, déclare toutefois le porte-parole de l'Edmonton Coalition on Housing and Homelessness, Jim Gurnett. Il n’y aura pas assez d’espaces dans refuges pour environ la moitié des personnes qui sont itinérantes, souligne-t-il.

Jim Gurnett base ses observations sur les données recueillies par Homeward Trust. D’après les informations colligées par cet organisme de lutte contre l'itinérance, 2750 personnes sont actuellement en situation d'itinérance à Edmonton. Selon les données d’Homeward Trust, près de la moitié de la population itinérante d’Edmonton, soit 1408 personnes, possède un logement temporaire. Sur les personnes restantes, 433 vivent dans des refuges et 821 sont sans-abri.

« Je n’ai jamais vu l’itinérance dans un si mauvais état en 25 ans. [...] Il y a plus de personnes en situation d’itinérance, il y a plus de personnes qui subissent des préjudices et il y a beaucoup plus de personnes qui sont à risque de devenir itinérants, bien plus qu'on n'en ait jamais vu dans cette ville. »

— Une citation de  Jim Gurnett, porte-parole, Edmonton Coalition on Housing and Homelessness

La population itinérante n’a jamais été aussi importante à Edmonton depuis 2008, lorsqu’elle a atteint un pic de 3079 personnes, comme le montrent les données de Homeward Trust.

Un problème à multiples facettes

Tim Pasma, le directeur des services à l’itinérance de Hope Mission, un organisme de charité à Edmonton, attribue en partie cette montée de l'itinérance à la pandémie pour de nombreuses raisons.

Certaines sont économiques, d’autres sont liées à la santé mentale ou à la dépendance, explique-t-il.

« Il y a d’autres raisons aussi : il y a une crise des opioïdes et [une crise] du logement. Il y a tellement de choses qui contribuent à l’augmentation de l’itinérance à Edmonton. »

— Une citation de  Tim Pasma, directeur des services à l’itinérance, Hope Mission
Tim Pasma devant le refuge Hope Mission dans le centre-ville d'Edmonton.

Tim Pasma, de Hope Mission à Edmonton, explique qu'un refuge de son organisme sera ouvert en tout temps cet hiver pour recevoir les personnes en situation d'itinérance dans la capitale albertaine.

Photo : Radio-Canada / François Joly

C’est un problème qui comporte de multiples facettes [...] et nous devons être en mesure d’agir rapidement, ajoute-t-il. Par exemple, les organismes doivent être en mesure de diriger des personnes en situation d’itinérance rapidement vers un logement social ou abordable pour les aider, ce qui est parfois compliqué avec une bureaucratie qui n'est pas adaptée à leur réalité.

Cela peut prendre des jours pour rediriger quelqu'un qui demande des soutiens [mais] d'ici là, cette personne peut avoir disparu, raconte Tim Pasma. Si elle n’obtient pas d’aide rapidement, elle peut s’enraciner dans l’itinérance et cela fait [qu'une situation] qui aurait pu être épisodique devient potentiellement chronique.

Il est alors plus difficile de régler ce problème, dit-il.

Il se veut toutefois rassurant. Certes, le nombre de personnes en situation d’itinérance a bondi, mais les organismes de première ligne, comme le sien, sont là pour aider les gens. « À nous seuls, nous avons 1000 espaces pour l'hiver. Certains sont encore en train d'être préparés, mais nous avons environ 920 espaces où passer la nuit maintenant », conclut-il.

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