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L’Université Laurentienne tournée vers l’avenir, mais la communauté toujours ébranlée

Après 22 mois tumultueux, l'Université Laurentienne a conclu la semaine dernière sa restructuration en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

L'Université Laurentienne en hiver.

L'Université Laurentienne s'est déclarée insolvable le 1er février.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Après avoir mené à bien sa restructuration financière, l'Université Laurentienne veut construire son avenir en élaborant bientôt un plan qui comportera ses objectifs pour les prochaines années. Les attentes sont nombreuses au sein de la communauté, mais plusieurs membres demeurent ébranlés par les dommages de la crise financière.

Les examens débutent à l’Université Laurentienne. La fin de session approche. C’est bientôt le temps des Fêtes. Mais la professeure de psychologie Josée Turcotte n’a pas le cœur aux réjouissances.

Elle a lu le récent rapport d'enquête (Nouvelle fenêtre) de la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, qui déplore les « décisions de gestion erronées » qui ont mené à l’insolvabilité de cet établissement bilingue.

Au départ, quand j’ai lu les quelques premières pages du rapport [...], je n’étais plus capable de continuer, relate-t-elle.

Josée Turcotte est assise derrière une table.

Josée Turcotte est professeure de psychologie à l'Université Laurentienne depuis plus de 17 ans.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Sont ensuite venues les lettres (Nouvelle fenêtre) que l’Université Laurentienne avait initialement gardées secrètes, dans lesquelles l’établissement, lourdement endetté, vantait au gouvernement ontarien, en janvier 2021, les mérites d’un recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Le ministère des Collèges et des Universités de l’Ontario venait pourtant d’offrir une aide financière provisoire (Nouvelle fenêtre) de 12 millions de dollars à l’Université à la condition qu’elle n’invoque pas la LACC.

La Laurentienne, qui avait sollicité une somme de 100 millions de dollars, a refusé cette offre et est devenue, quelques jours plus tard, le tout premier établissement postsecondaire public au Canada à avoir recours à cette loi.

Au printemps 2021, plusieurs dizaines de programmes ont ainsi été supprimés et Mme Turcotte a perdu plus d’une centaine de ses collègues, qui s'attendent à recevoir seulement une maigre portion de leurs indemnités de départ.

Une année et demie plus tard, les documents récemment rendus publics remuent le couteau dans une plaie non encore cicatrisée chez la professeure.

« C’est difficile de penser à l’avenir quand on lit ces documents-là. C’est bouleversant. »

— Une citation de  Josée Turcotte, professeure de psychologie à l’Université Laurentienne

Et elle est loin d’être la seule à se sentir ainsi, confirme le président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), Fabrice Colin.

Il y a évidemment un certain degré de juste colère et de juste ressentiment qui ont suivi la divulgation des lettres, fait-il savoir.

Un homme vêtu d'une veste noire à rayures blanches.

Fabrice Colin est le président de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Des étudiants optimistes

Pourtant, l’Université Laurentienne, qui n’est plus à l’abri de ses créanciers, est justement tournée vers l’avenir. L’établissement dit vouloir construire son futur sur de meilleures bases.

Nous nous consacrons à inspirer à nouveau de la fierté à l'Université Laurentienne et à regagner la confiance de nos nombreux intervenants et de la communauté du Grand Sudbury, a indiqué la rectrice intérimaire Tammy Eger dans une déclaration la semaine dernière.

La Laurentienne compte bientôt entamer l’élaboration d’un nouveau plan stratégique qui la guidera au cours des prochaines années.

L’étudiant Miguel Paquette en est soulagé. Il se souvient toujours de la « nouvelle choquante » de l’insolvabilité de l’Université alors qu’il achevait sa première année d’études.

Son programme de kinésiologie a été épargné lors des coupes et, aujourd’hui, il se réjouit de voir que l’Université redevient un établissement financièrement indépendant.

On aimerait avoir plus d’activités, des clubs et beaucoup de ressources en français, tout simplement. Même si la population anglophone est plus grosse que la population francophone, je pense que c’est important qu’il y ait des services égaux répartis entre les deux langues, fait-il savoir.

Nawfal Sbaa, Hanna Côté-Veilleux et Miguel Paquette.

Des étudiants francophones de l'Université Laurentienne se disent confiants en l'avenir de l'établissement après presque deux années d'incertitude. De gauche à droite : Nawfal Sbaa, Hanna Côté-Veilleux et Miguel Paquette.

Photo : Radio-Canada

Il est conscient des appels au lancement d’une université de langue française ravivés par les coupes de près de la moitié des programmes en français, mais, pour lui, étudier dans un établissement bilingue est important.

« On est dans une société où la culture a deux langues, donc c’est important qu’on poursuive notre éducation dans les deux langues pour mieux servir les deux côtés de la culture. »

— Une citation de  Miguel Paquette, étudiant en kinésiologie à l’Université Laurentienne

La vice-présidente de l’Association des étudiantes et étudiants francophones (AEF), Hanna Côté-Veilleux, est convaincue que la conclusion de la restructuration financière de la Laurentienne va progressivement mettre fin à l'incertitude qu'ont ressentie de nombreux étudiants au cours des 22 derniers mois.

On sent que l’Université va garder la francophonie au sein de ses principes, note-t-elle.

Environnement : l’Université doit devenir un leader

Dans la préparation de son plan stratégique, l’Université s’engage à consulter aussi bien les professeurs et les employés que ses autres partenaires aisi que la communauté du Grand Sudbury.

Naomi Grant, de l’organisme environnementaliste Coalition Bien-Vivre Sudbury, veut voir dans ce processus une place importante accordée à l’environnement et un retour du programme de sciences environnementales, supprimé en avril dernier.

Nous sommes en pleine crise climatique. Nous devons y faire face et les jeunes veulent vraiment faire partie de la solution. Nous avons donc besoin du programme, de l’éducation et de l’expertise à la Laurentienne et dans notre communauté, explique-t-elle.

« En plus, nous avons besoin d’un foyer pour les programmes et pour l’expertise en matière de reverdissement. Ça fait partie de notre histoire, c’est connu dans le monde entier. Et le rôle de l’université, c’est aussi d’être un leader pour montrer la voie en matière de durabilité, pour montrer comment on peut faire ça et pour contribuer aux buts communautaires en matière de climat et de conservation. »

— Une citation de  Naomi Grant, présidente de la Coalition Bien-Vivre Sudbury
Naomi Grant lit un livre qui porte sur l'environnement.

La présidente de la Coalition Bien-Vivre Sudbury, Naomi Grant, veut que l'Université Laurentienne restaure le programme de sciences de l'environnement, supprimé au printemps 2021.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Cependant, elle trouve que l’Université brûle des étapes.

Avant que la Laurentienne puisse se reconstruire, les relations avec les professeurs, l’administration, les étudiants et la communauté doivent être assainies, souligne Mme Grant.

Pour elle, le rapport de la vérificatrice générale et les lettres rendues publiques montrent que les carrières, les emplois et les programmes perdus, tous ces dommages graves à notre communauté n’étaient pas nécessaires.

« C’était un choix et, en plus, c’était planifié, intentionnel. Alors, c’est vraiment nécessaire que la Laurentienne avoue que c’était mal, ce qui s’est passé, et que des excuses sincères soient faites. Et il faut aussi que [la direction] s’engage à ce qu’il n’y ait plus de dommages. »

— Une citation de  Naomi Grant, présidente de la Coalition Bien-Vivre Sudbury
Une dame en conférence de presse.

Dans son rapport sur la crise financière de l'Université Laurentienne, la vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk, a conclu que l'établissement a « stratégiquement planifié » de se mettre à l'abri de ses créanciers.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Elle estime que l’Université pourrait démontrer sa bonne foi en s’engageant à garder intacts ses espaces verts au lieu d’en vendre une partie.

Lors d’un récent discours à la Chambre de commerce du Grand Sudbury, le président du Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne, Jeff Bangs, a indiqué que les doléances de la communauté au sujet des espaces verts avaient été entendues par l’établissement, sans que celui-ci promette toutefois qu’ils ne seraient vendus en aucun cas.

Jeff Bangs porte une veste noire et une chemise blanche.

Le président du conseil des gouverneurs de l'Université Laurentienne, Jeff Bangs, s'est adressé aux membres de la Chambre de commerce du Grand Sudbury le 10 novembre 2022.

Photo : Fournie par la Chambre de commerce du Grand Sudbury

Répondre aux besoins de main-d'œuvre

Le président de la Chambre de commerce, Anthony Davis, a justement assisté à ce discours.

Il dit reconnaître chez Jeff Bangs et au sein du conseil des gouverneurs actuel une volonté de remédier au manque de confiance et à la colère que la crise de la Laurentienne a suscités chez les employés ainsi que parmi les membres de la communauté.

C’est quelque chose de difficile à surmonter quand des familles entières sont touchées de manière négative, observe-t-il.

Dans son plan stratégique, l’Université doit veiller à se mettre en bonne posture afin de répondre aux besoins des entreprises de cette communauté en matière de main-d'œuvre, ajoute-t-il.

« L’Université doit déterminer les besoins de la communauté et s’assurer qu’il y ait des diplômés pour y répondre afin que Sudbury devienne une communauté plus forte. »

— Une citation de  Anthony Davis, président de la Chambre de commerce du Grand Sudbury
Anthony Davis porte une veste grise.

Anthony Davis est président de la Chambre de commerce du Grand Sudbury.

Photo : Fournie par Anthony Davis

Ni Jeff Bangs ni la rectrice intérimaire de l’Université, Tammy Eger, n’étaient disponibles pour une entrevue.

Maintenant que nous avons émergé avec succès de la procédure en vertu de la LACC, nous nous concentrons sur la voie à suivre et nous avons hâte de bâtir un avenir durable pour la Laurentienne, pour sa population étudiante et pour sa communauté, indique l’établissement dans une déclaration envoyée à Radio-Canada.

Tammy Eger.

Tammy Eger est la rectrice par intérim de l'Université Laurentienne depuis le départ de l'ex-recteur Robert Haché, le 31 octobre 2022.

Photo : Université Laurentienne

Pour Josée Turcotte, qui est aussi membre du sénat de l'Université Laurentienne, un avenir durable passe d’abord par un état des lieux de ce qui reste.

La suppression de certains programmes a privé les étudiants, dont les programmes principaux ont été épargnés, de nombreuses options en matière de choix de cours, rappelle-t-elle. Elle ajoute que le recrutement de professeurs additionnels s’impose, car leur nombre [actuel] ne peut pas soutenir les programmes restants.

Maintenant que l'Université Laurentienne a émergé du processus de la LACC, la rectrice par intérim et la vice-rectrice intérimaire aux études [ont] commencé à dialoguer avec l'APPUL pour discuter du renouvellement du corps professoral, a répondu l’établissement.

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