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Les écoles francophones impopulaires à T.-N.-L., des parents expliquent pourquoi

À Terre-Neuve-et-Labrador, près d'un enfant ayant droit sur deux n'a jamais fréquenté l'école francophone.

Des bâtons décoratifs et des petits drapeaux de Terre-Neuve-et-Labrador sont plantés dans cinq bottes de caoutchouc appuyées contre une estrade en bois, à l'extérieur lors d'une fête communautaire.

Selon des parents francophones à Terre-Neuve-et-Labrador, ce n'est pas le français qui les fait choisir l'école anglaise, mais la petite taille des classes et le manque d'activités.

Photo :  CBC / Patrick Morrell

Radio-Canada

Selon des données publiées cette semaine par Statistique Canada, et tirées du recensement de 2021, près d’un élève sur deux ayant le droit de fréquenter une école francophone choisit l’école anglophone à Terre-Neuve-et-Labrador.

De ces enfants que l’on appelle ayants droit, 54 % vont ou sont déjà allés dans une des six écoles de langue française que compte cette province.

On a déjà quand même plus que la moitié qui les fréquente, allons-y avec un côté positif. Il y a 46 % qui nous échappent, volontairement de la part des familles ou involontairement. Ça, il faudrait le définir, déclare Martine Fillion, la directrice générale de la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (FPFTNL), dans un entretien, vendredi.

Il aurait été intéressant de savoir où habitent ces ayants droit qui renoncent à l'école en français, dit Mme Fillion. Il faut voir si le pourcentage est dans les régions où il n'y a pas d'activités vraiment francophones ni d'écoles. Ce serait très difficile d'aller les chercher.

Des parents choisissent l’école anglophone pour leurs enfants, afin de leur donner accès à plus de programmes, d’activités, de choix et d’expériences, avance la directrice générale de la fédération de parents.

Est-ce que les cours sont suffisamment solides — le curriculum — pour leur permettre de rentrer à l'université? Est-ce qu'on offre un choix de cours diversifié? Je pense que le fait qu'on est petit, on parvient difficilement à combler tous ces besoins-là, affirme Mme Fillion. Petit nombre, petit financement.

Retirer ses enfants de l'école française : les raisons d'une mère

Des enfants jouent au hockey dans la rue en hiver. Un garçon d'âge primaire tente de contrôler une balle rouge avec un bâton de hockey. Une fillette est devant un but posé dans la rue.

Le petit nombre d'élèves dans les écoles francophones finissent par peser lourd sur la vie sociale et affective des élèves de Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : Getty Images / FatCamera

Une Terre-Neuvienne francophone, Kim Welford, a retiré du système francophone ses enfants, qui l’ont fréquenté de l’âge de 4 à 11 ans.

Elle explique qu’il était important pour elle que ses enfants aient des rudiments de français, mais qu’il existe aussi des besoins sociaux qui n’étaient pas comblés.

Je voulais absolument que mes enfants aient la base [en français], et ils l'ont. Par après, les priorités changent. Ils ont la langue. Là, je veux qu'ils aient les maths, les sciences, la communauté, l'accès à des grands orchestres, faire des pièces de théâtre avec des groupes d'enfants, a-t-elle déclaré dans un entretien, vendredi.

Elle ajoute que certains jeunes sont limités dans leurs choix d'activités sportives, par manque de participants en nombre suffisant pour former des équipes dans les petites écoles francophones.

Le français n'est pas la cause

Le français enseigné dans le système anglophone n’est pas de qualité à rivaliser avec l'enseignement à l'école francophone, reconnaît Kim Welford. Les cours en français dans l'immersion ne sont pas assez forts, mais leur cours de maths est mieux, leur cours de science est mieux, alors il y a comme une balance qui se fait, dit-elle.

L’exemple de la famille Welford est typique, croit Martine Fillion, de la Fédération des parents francophones.

La qualité de l’apprentissage du français n’est pas remise en question, observe-t-elle, évoquant ses nombreuses conversations avec les parents. Ils s'entendent pour dire que l'école de langue française est superbe pour tout le primaire, dit-elle.

Martine Fillion.

Martine Fillion est directrice générale de la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve et du Labrador.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Martine Fillion constate qu’il n’y a pas de difficulté à maintenir les enfants dans le système éducatif francophone tant qu’ils sont à l’école primaire.

Par la suite, le fait que les classes soient petites dans les écoles françaises commence à peser lourd. Les jeunes désirent s’émanciper et ne voient pas comment ils pourraient le faire à l’école française. Tant qu'ils sont petits, ça va, mais à un moment donné, ces enfants-là grandissent.

« Ce n'est pas qu'ils veulent aller nécessairement dans une école anglophone. Ils veulent aller dans une école plus grande, où il y a plein de gens, plein d'activités, plein de cours. »

— Une citation de  Martine Fillion, directrice générale, Fédération des parents francophones de T.-N.-L.

De plus, observe Mme Fillion, les parents entendent leurs amis et collègues anglophones parler des activités parascolaires auxquelles s’adonnent leurs propres enfants, et ils finissent naturellement par avoir envie de leur offrir les mêmes possibilités.

Les cours ne sont pas assez diversifiés, c'est une des faiblesses, affirme-t-elle aussi. Le manque d'options et d'installations se fait ressentir. Ça a été souvent dénoncé. Il manque de cours, dit-elle, citant par exemple les laboratoires dans les écoles anglophones, pour les adolescents qui sont intéressés par les sciences.

On ne peut pas ignorer le fait que, quand on est dans un environnement anglophone, on veut faire partie d'un tout. Le manque d'activités fait que des jeunes finissent par se sentir exclus, dit Martine Fillion.

Ce fut un facteur pour Kim Welford. Plus les années passaient, moins il y avait d’élèves à l’école francophone, dit-elle. Je pense qu'ils sont rendus comme quatre en 10e année, dit-elle.

En considérant tous ces facteurs, elle ne voulait pas garder ses enfants à l’école française.

Ils sont forts en anglais et en français, puis je ne regrette rien, dit-elle.

Moi, je veux que leur vie s'épanouisse, pas qu'ils s'enferment, ajoute la mère.

D’après le reportage de Kyle Mooney

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