•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

La souveraineté risquée de Danielle Smith

La promesse d'une loi sur la souveraineté dans un Canada uni a permis à Danielle Smith de devenir première ministre de l'Alberta. C’est cette même idée qui pourrait lui faire perdre son poste dans six mois.

Danielle Smith regarde de côté son ministre de la Justice, Tyler Shandro.

Le projet de loi sur la souveraineté de l'Alberta dans un Canada uni de la première ministre albertaine Danielle Smith cause beaucoup de controverse.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Chose promise, chose due : Danielle Smith a livré à la base conservatrice albertaine sa fameuse loi sur la souveraineté.

Si elle a reculé devant l’idée de ne pas appliquer les jugements de la Cour suprême, sur le fond, la première ministre de l'Alberta a donné aux militants le projet de loi agressif envers Ottawa qu’elle leur a vendu durant la course à la direction du Parti conservateur uni (PCU).

Avec sa loi sur la souveraineté, Danielle Smith tente de réussir là où Jason Kenney a échoué. Si c’est la gestion de la pandémie et du parti qui a surtout coulé l’ancien premier ministre, les militants conservateurs lui reprochaient aussi le peu de résultats obtenus dans ses batailles engagées avec Ottawa.

Dans les rangs conservateurs, on a reproché à Jason Kenney d’avoir fait chou blanc avec son référendum sur la péréquation. Une leçon retenue par Danielle Smith; une fois installée dans le siège du premier ministre, elle a amplifié la rhétorique anti-Ottawa à un degré jamais vu.

Sauf que cette démarche est loin d’être une garantie de succès auprès de l’ensemble des électeurs de la province.

Que ce soit au sujet de l'énergie, de l'environnement ou de la péréquation, si les Albertains ont des doléances de longue date avec Ottawa, un geste de rupture aussi extrême que la loi sur la souveraineté est loin de faire l’unanimité.

Comme le rappelait la réputée sondeuse de Calgary Janet Brown durant la course à la direction, la souveraineté et les chicanes constitutionnelles se retrouvent loin dans la liste de priorités des Albertains en ces temps d’inflation et d’urgences qui débordent.

Un ancien conseiller de Jason Kenney, qui a requis l’anonymat pour s’exprimer librement, prévient que tenter de satisfaire à tout prix la base conservatrice pourrait avoir des conséquences graves pour le PCU aux prochaines élections.

« Si j’étais un député conservateur de Calgary, je serais nerveux. Si le message du gouvernement Smith reste centré autour de la loi, les chances de succès électoral ne sont pas bonnes. Franchement, si des élections avaient lieu demain, le NPD aurait d’excellentes chances de gagner. »

— Une citation de  Un stratège conservateur

La place qu’occupe le tout premier projet de loi de Danielle Smith dans l’espace public fait aussi de l’ombre aux autres mesures beaucoup plus conventionnelles du gouvernement. Depuis que la loi sur la souveraineté a été déposée, les engagements de 2,8 milliards de dollars pour lutter contre l’inflation et aider les plus vulnérables ont été relégués au second plan. Même chose pour les réformes en santé.

Avec sa loi, Danielle Smith envoie le message qu’elle ne se préoccupe pas autant des priorités des Albertains, reconnaît aussi cet ancien conseiller de Jason Kenney.

L’accueil tiède qu’a réservé le milieu des affaires de Calgary à la loi sur la souveraineté n’est pas non plus une bonne nouvelle pour une première ministre qui dit se porter ainsi à la défense des intérêts économiques de la province.

La poussière va finir par retomber et les sujets plus terre à terre reviendront à l’ordre du jour, mais à six mois des élections, et avec un parti qui tire encore de l’arrière dans les sondages face au Nouveau Parti démocratique (NPD), Danielle Smith n’a pas les moyens de laisser toute la place à un sujet qui à la fois passionne ses militants et refroidit l’Albertain moyen.

Un adversaire qui ne veut pas faire de cadeaux

Si Justin Trudeau n’a pas écarté une participation fédérale à une éventuelle contestation judiciaire de la loi, les libéraux savent très bien que la première ministre albertaine rêve d’un affrontement et ils veulent à tout prix éviter de le lui accorder.

Danielle Smith attaque aussi souvent Justin Trudeau que Rachel Notley [la cheffe de l’opposition albertaine]. À l’écouter, on dirait que Justin Trudeau siège à Edmonton tellement elle en parle souvent! On ne va pas lui faire ce cadeau [...] on va laisser le débat aux Albertains, illustre une source fédérale qui n’est pas autorisée à parler publiquement.

Justin Trudeau s'exprime devant d'autres personnes.

Le premier ministre Justin Trudeau veut éviter un conflit ouvert avec l'Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Cette même source rappelle qu’avec sa loi, Mme Smith répond aux demandes de ses militants, une frange de l’électorat albertain que les libéraux ne conquerront jamais. Danielle Smith a été élue par un très petit nombre d’Albertains lors de la course au leadership et elle s’adresse à un électorat qui n’est clairement pas le nôtre. Ce n’est tout simplement pas à notre avantage de nous impliquer, ajoute ce même interlocuteur à Ottawa.

Et avec des élections à l’horizon, les choses pourraient bien changer, rappelle cette source : On verra dans six mois ce qu’auront choisi les Albertains.

Noël a beau approcher, le gouvernement Trudeau n’a pas l’intention de faire de cadeaux à Danielle Smith.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...