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Des centaines de conférenciers sur le sida demandent l’asile au Canada

De nombreux délégués africains ont profité de leur présence à Montréal l'été dernier pour tenter de rester au pays, a appris Radio-Canada.

La Conférence internationale sur le sida a eu lieu à Montréal du 29 juillet au 2 août 2022.

La Conférence internationale sur le sida a eu lieu à Montréal du 29 juillet au 2 août 2022.

Photo :  (Paul Chiasson/The Canadian Press)

Ce sommet avait fait grand bruit, et pas nécessairement en raison de son sujet, pourtant gravissime.

Au cours des semaines précédant la 24e Conférence internationale sur le sida, les longs délais pour obtenir un visa avaient été vivement critiqués, tant par les participants que par les organisateurs.

Fin juillet, sur la scène du Palais des congrès de Montréal, la présidente de la Société internationale sur le sida avait même sermonné le gouvernement canadien, tandis que des manifestations avaient condamné les nombreux refus des autorités en ce qui a trait à ces demandes d'autorisation de séjour.

Radio-Canada a obtenu le bilan chiffré de ce sommet. Et il est surprenant.

Près de 300 demandes d’asile

Si on sait depuis longtemps que certains participants étrangers à des rencontres internationales profitent de l'occasion pour fuir leur pays d’origine, ce phénomène a été particulièrement marquant après cette conférence.

D’après des données fédérales, 251 personnes ayant obtenu un visa pour prendre part à cette conférence sur le sida ont déposé une demande d’asile au Canada en date du 30 septembre.

Elles ont pu le faire dès leur arrivée à l’aéroport ou à n’importe quel autre moment par la suite puisque ce visa destiné aux visiteurs est d’une durée maximale de six mois.

Selon nos informations, ce chiffre a encore grimpé et, à ce jour, près de 300 invités à cette rencontre ont maintenant demandé l’asile.

D'où proviennent ces demandeurs d’asile? Nous n’avons pas obtenu cette information précise, mais ils seraient principalement originaires d’Afrique.

Coprésident local de ce sommet, le Dr Jean-Pierre Routy n’est pas surpris par ces données. Ce n’est pas nouveau que des gens profitent d’un congrès pour tenter d’immigrer. À chaque congrès sur le sida, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, c’est la même chose, nuance-t-il.

Le même problème pourra se poser à la COP15, ajoute-t-il en référence à la conférence mondiale sur la biodiversité, qui se déroulera à Montréal du 7 au 19 décembre, où des milliers de visiteurs sont attendus.

« Le gouvernement doit avoir conscience du fait que des personnes qui viennent d’un pays en voie de développement veulent rester. C’est un classique. »

— Une citation de  Le Dr Jean-Pierre Routy, professeur de médecine à l’Université McGill

Ces dernières semaines, l'avocate Stéphanie Valois a reçu dans son bureau montréalais des participants africains et haïtiens à cette conférence sur le sida, qui souhaitent obtenir l'asile.

Dans leur pays, explique-t-elle, ils sont écartés et jugés dès qu’on sait qu’ils sont touchés par la maladie.

« Ce ne sont pas des demandes d’asile qui sont farfelues. Ce sont des dossiers lourds et tristes. »

— Une citation de  Stéphanie Valois, avocate en immigration

Le sida, c’est un gros problème dans beaucoup de pays. On peut comprendre que des gens qui ont témoigné de leur histoire veuillent rester au Canada. Ils ont souvent des craintes de persécution dans leur pays, précise-t-elle.

Tout le monde pense que les gens demandent le statut de réfugié pour fuir la guerre ou pour des raisons politiques. Mais ce n’est pas que ça, ajoute Stéphanie Valois.

Plus d’un millier de refus, principalement pour l’Afrique

Récemment, le ministère fédéral de l’Immigration avait pourtant soutenu publiquement n’avoir trouvé aucune faille dans le traitement des demandes de visa pour cette rencontre internationale.

Or, les chiffres obtenus par Radio-Canada donnent une lecture différente.

Pour cette conférence réunissant des milliers de personnes en provenance de plus d’une centaine de pays, 2811 visas ont été demandés à Ottawa.

Au total, plus d’un tiers de ces demandes (1020) ont été refusées et 150 d'entre elles sont encore en attente de traitement, bien que ce sommet se soit terminé au début du mois d’août.

La répartition de ces rejets diffère sensiblement selon les continents. La grande majorité d’entre eux concerne des personnes originaires d’Afrique. Huit des dix premiers pays pour ce qui est du nombre de refus se trouvent d'ailleurs en Afrique.

L’Ouganda, le Kenya et le Nigeria forment ce podium peu enviable et ces pays ont eu plus de demandes rejetées que de visas accordés.

Souvent, explique l’avocate Stéphanie Valois, les visas sont refusés sans véritables motifs. La priorité, pour les agents, c’est de voir si ces personnes vont rentrer chez elles, mais ils oublient parfois de regarder l’historique des voyages des candidats. Certains, s’ils voulaient quitter leur pays, auraient pu le faire avant.

Immigration Canada a néanmoins un point de vue différent et défend l’examen minutieux de ces demandes.

« Toutes les demandes sont traitées de manière équitable, impartiale et conformément aux lois canadiennes sur l'immigration. »

— Une citation de  Isabelle Dubois, porte-parole d’Immigration Canada

Avant d'accorder un visa, affirme Isabelle Dubois, porte-parole d'Immigration Canada, les agents fédéraux « se penchent sur de nombreux facteurs afin de déterminer si un demandeur est un résident temporaire légitime, notamment les facteurs suivants » :

  • les liens qu’entretient la personne avec son pays d’origine;
  • l’objet de la visite;
  • la situation familiale et économique de la personne;
  • la stabilité économique et politique globale du pays d’origine;
  • des invitations faites par des hôtes canadiens.

Bien que le ministère soit en mesure d’accélérer le traitement des visas, il ne peut pas accorder de traitement spécial ni dispenser les participants et les fonctionnaires invités des obligations de visa, assure-t-elle.

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