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Attentat du Métropolis : le tribunal conclut à une faute de la SQ et du SPVM

Des gardes du corps de la Sûreté du Québec escortent Pauline Marois d'urgence au milieu de son discours, le soir du 4 septembre 2012.

Des gardes du corps de la Sûreté du Québec escortent Pauline Marois d'urgence au milieu de son discours, le soir du 4 septembre 2012.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Les quatre techniciens de scène ayant survécu à l'attaque du Métropolis de Montréal ont obtenu gain de cause contre les corps policiers qui étaient responsables de la sécurité durant ce rassemblement péquiste.

Dans un jugement rendu cette semaine, le juge Philippe Bélanger, de la Cour supérieure du Québec, a ordonné que près de 292 000 $ soient accordés à Guillaume Parisien, Jonathan Dubé, Audrey Dulong-Bérubé et Gaël Ghiringhelli, un montant inférieur à ce qu'ils demandaient.

Chacun des plaignants réclamait en effet 175 000 $ à titre de dommages pour les troubles de stress post-traumatique et autres séquelles psychologiques provoqués par la tragédie. Le soir de l’élection du Parti québécois en 2012, Richard Henry Bain a assassiné Denis Blanchette et blessé grièvement Dave Courage, deux amis et collègues des plaignants, tous techniciens de la scène.

Le dédommagement devra être versé sur une base solidaire par la Sûreté du Québec (SQ) et par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), pour ne pas avoir assuré de présence policière ni de périmètre de sécurité à l'arrière du Métropolis le 4 septembre 2012.

L'avocate des techniciens de la scène a tenu à souligner l'importance de la tenue d'un tel procès pour ses clients, avant même que le jugement ne soit rendu. On les a toujours traités comme simples témoins, donc on n'a jamais vraiment validé le trauma qu'ils vivaient [avant le procès], a expliqué Me Virginie Dufresne-Lemire, rappelant que les procédures remontent à 2015.

Pauline Marois et Yves Desgagnés ne commenteront pas

Celle-ci a par ailleurs indiqué que ses clients n'accorderaient pas d'entrevue jusqu'à ce que le délai pour porter le jugement en appel soit écoulé.

Pauline Marois a fait savoir qu'elle ne commentera pas le jugement, tout comme l'acteur Yves Desgagnés, l'animateur de la soirée au Métropolis, bien qu'il se soit dit « totalement » en accord avec la décision du juge quant à la désorganisation policière durant cette soirée.

Dans ses conclusions, le tribunal exprime son empathie et ses meilleurs souhaits aux victimes afin qu'elles puissent retrouver la joie de vivre malgré cet horrible épisode qui a dévié le cours de leur vie et leur capacité d'être pleinement [heureuses].

Les corps policiers prennent acte du jugement

La Sûreté du Québec a dit par communiqué prendre acte du jugement rendu par le juge Bélanger dans le cadre du recours civil intenté à la suite des événements survenus au Métropolis le soir du 4 septembre 2012.

La Sûreté du Québec réitère sa volonté d’améliorer continuellement ses pratiques et de travailler de concert avec ses multiples partenaires, afin de protéger les citoyens et citoyennes du Québec, les élus et, ultimement, protéger un fondement de notre démocratie. À cet égard, à la suite des événements survenus, elle avait déjà ajusté ses façons de faire dans l’objectif avoué de s’améliorer et de mieux faire en prévision d’opérations ultérieures, a assuré l’inspecteur-chef Patrice Cardinal, directeur des communications et des relations internationales à la Sûreté du Québec.

Le corps policier a indiqué, par exemple, avoir amélioré l'arrimage avec ses partenaires internes et externes pour la planification et la sécurisation des sites.

Idem du côté du SPVM, qui dit prendre acte du jugement et précise avoir apporté des changements importants à la suite de cette soirée concernant la prise en charge centralisée des événements de grande envergure notamment.

La sécurité de la population montréalaise est prioritaire et le SPVM analyse et revoit régulièrement ses pratiques afin de mieux les adapter en fonction des événements et du déroulement de ceux-ci. Le SPVM réitère sa confiance envers les policiers présents lors de ces événements et envers l’ensemble des membres de l’organisation, a-t-on indiqué dans une déclaration écrite, ajoutant qu'il n'y aura pas d'autres commentaires vu la possibilité de porter ce jugement en appel.

Manque de coordination

Les plaignants reprochaient aux corps de police impliqués d’avoir failli à leur mission de veiller à leur sécurité en omettant de mettre en place les mesures et les effectifs qui auraient permis d’éviter l'attaque.

Le juge leur a donné raison en critiquant le plan de sécurité policier, inadéquat pour un tel événement. Le SPVM aurait dû mener une analyse spécifique de ses effectifs à déployer à l'extérieur du Métropolis.

Par manque de communication et de coordination dans le déploiement de leurs effectifs, tant la SQ que le SPVM ont manqué à leur obligation d’assurer la sécurité du public, en l’occurrence celle des demandeurs, a tranché le magistrat.

Arrestation de Richard Henry Bain le soir de l'attentat.

Richard Henry Bain a été arrêté le soir de l'attentat. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Si le juge a souligné qu'il ne remettait nullement en question l'intégrité, la bonne foi et la bienveillance des policiers dans l'exercice de leurs fonctions ce soir-là, il a conclu tout de même que les demandeurs ont souffert du mauvais arrimage des corps de police dans la mise en place de leur plan de sécurité.

C'est cette faille importante, selon lui, qui aura permis à Richard Henry Bain de tuer le technicien de scène Denis Blanchette, de blesser grièvement son collègue Dave Courage et de traumatiser durablement les quatre demandeurs dans ce dossier.

« L’absence de présence policière et d’un périmètre de sécurité à l’arrière du Métropolis constituait une faille importante de ce plan de sécurité, dont a tragiquement profité Richard Henry Bain. »

— Une citation de  Extrait du jugement de la Cour supérieure

Un rapport bâclé

Le juge a aussi vivement critiqué le rapport d'enquête préparé par la SQ en janvier 2013, dont l'élaboration a été bâclée, selon lui.

Il ne fait pas de doute que ce rapport ne constitue pas un véritable examen de conscience de la SQ en vue d’identifier les meilleures pratiques policières qui auraient pu permettre d’éviter cette tragédie, a analysé le juge Bélanger.

En outre, celui-ci n'a pas retenu l'argument des services de police ayant plaidé l'imprévisibilité du loup solitaire, Richard Henry Bain, dans cette attaque survenue au Métropolis.

Le risque était peut-être très faible, comme le soutiennent le SPVM et la SQ, mais ils ne peuvent soutenir qu’il était tout à fait imprévisible pour des corps policiers qui ont pour mission de protéger un événement politique d’envergure, peut-on lire dans le jugement.

Menaces en ligne

Des menaces avaient été proférées sur les médias sociaux à l’égard de Mme Marois le jour même des élections.

Si le tribunal évalue qu'il n'y a pas lieu de reconsidérer l'enquête policière à leur sujet, la publication de ces menaces contribue au contexte déjà tendu dans lequel s’est tenue cette soirée électorale et illustre tout de même un risque de comportements violents à l’égard de Mme Marois, relève le juge.

On n'a pas adapté le plan de sécurité suite à ces menaces, a commenté l'avocate des plaignants, Me Virginie Dufresne-Lemire, en entrevue à ICI RDI.

Richard Henry Bain assis dans un véhicule, tout habillé de blanc, les mains menottées.

Richard Henry Bain a subi son procès en 2016, quatre ans après les faits allégués.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Nadeau - Le Devoir

Les Anglais se réveillent! avait crié l'auteur du crime au moment de son arrestation. L'attaque, perpétrée derrière la scène où la première ministre élue Pauline Marois prononçait son discours de victoire, est largement considérée aujourd'hui comme un attentat politique.

Quid 10 ans plus tard?

Après avoir pris connaissance du jugement, l'actuel ministre de la Sécurité publique du Québec, François Bonnardel, a reconnu que les policiers avaient énormément appris de cette tragédie en 10 ans, même s'il reste encore du chemin à faire, a-t-il commenté en mêlée de presse, vendredi.

« La coordination de la protection des événements, des personnalités, doit s'améliorer, je pense que le jugement est assez clair. »

— Une citation de  François Bonnardel, ministre de la Sécurité publique du Québec

Présent au Métropolis avec sa femme et sa fille lors de l'attentat, le ministre de l'Éducation Bernard Drainville s'est souvenu l'avoir échappé belle cette journée-là. Depuis que c’est arrivé, on se demande comment ce gars-là s'est approché d’aussi près de la nouvelle première ministre, a-t-il commenté en conférence de presse tout en apprenant la nouvelle, et se disant peu surpris que le juge conclue à des failles dans la sécurité policière.

J'espère que les services policiers ont tiré les leçons pour que ça ne se reproduise plus jamais, a souligné M. Drainville.

Parmi les réactions politiques à la récente décision de justice, plusieurs ont néanmoins tenu à souligner l'amélioration des services policiers en une décennie.

La SQ a fait des changements, il y a eu des évolutions, des dispositifs en place [...], a reconnu le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

Avant les élections, on disait que les méthodes devaient changer, et elles ont changé, a pour sa part souligné le député du Parti québécois Joël Arseneau.

Le député de Québec solidaire Vincent Marissal a lui aussi constaté que la sécurité avait été accrue.

« Septembre 2012 a été un immense réveil. »

— Une citation de  Vincent Marissal, député de Québec solidaire

Certaines leçons semblent déjà avoir été entendues, a-t-il mentionné. On a tenu notre rassemblement au Métropolis et la sécurité était aux aguets; la SQ a même confisqué mon tire-bouchon!, a-t-il cité en exemple.

Avec les informations de Jérôme Labbé

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