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40 ans de banques alimentaires dans le Grand Vancouver, tristement toujours nécessaires

Des chariots remplis d'aliments.

La banque alimentaire du Grand Vancouver est présente dans quatre villes de la région : Vancouver, Burnaby, North Vancouver et New Westminster.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Les banques alimentaires sont loin de disparaître du paysage de la Colombie-Britannique alors qu’elles ont été instaurées comme une solution temporaire à la suite de la récession qui sévissait dans les années 1980. Quarante ans plus tard, ces organismes caritatifs battent leur plein alors que certains dénoncent le manque de volonté politique qui les maintient en vie.

En Colombie-Britannique, la banque alimentaire du Grand Vancouver (GVFB) voit le jour en 1982 et s’impose dans la province en répondant à la crise économique qui gangrène la société. Aujourd’hui, elle collabore avec 118 organisations communautaires pour aider environ 14 000 personnes et familles par mois.

En décembre, faites un don aux banques alimentaires ici et rejoignez les équipes de Radio-Canada le 2 décembre sur les ondes d’ICI Première pour mieux comprendre tout l’impact qu’ont vos dons sur votre communauté.

Alex Beyer, directeur des opérations, souligne que l’organisme avait été créé par des bénévoles pour recevoir les dons [afin de] les redistribuer aux personnes qui en avaient besoin. La GVFB enregistre 1000 nouveaux clients par mois, et leur profil a bien évolué. Nous voyons beaucoup plus de familles, d’enfants et de gens âgés.

Alex Beyer.

Alex Beyer est le directeur des opérations de la GVFB.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

« Au commencement, c’était beaucoup plus de personnes qui ne pouvaient pas travailler ou qui étaient sur l’assistance sociale. Mais maintenant, nous voyons beaucoup, beaucoup plus de personnes qui travaillent. »

— Une citation de  Alex Beyer, directeur des opérations, GVFB

Selon Graham Riches, professeur émérite en travail social de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), les chiffres sont éloquents : Soixante pour cent des personnes en situation d'insécurité alimentaire ont un emploi.

Quand le temporaire devient permanent

Le fait que les banques alimentaires célèbrent leur quarantième anniversaire aujourd’hui reflète l’échec du gouvernement en la matière, estime M. Beyer.

« L’inflation est toujours élevée. Il n’y a pas assez de maisons. Le coût des aliments est toujours élevé et les salaires sont trop bas par rapport aux prix des aliments. »

— Une citation de  Alex Beyer, directeur des opérations, GVFB
Des cartons de gingembre frais.

La GVFB reçoit beaucoup de produits frais qui sont victimes du gaspillage alimentaire causé par certains supermarchés et fermiers.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

« Plus l'industrie des banques alimentaires caritatives s'est développée, plus cela a permis aux gouvernements de détourner le regard et d'oublier que l'insécurité alimentaire est réellement un problème de revenu. »

— Une citation de  Graham Riches, professeur émérite en travail social, UBC

En 2001, la Colombie-Britannique a vu son budget être réduit, car son premier ministre libéral, Gordon Campbell, a abaissé l'impôt sur le revenu de 25 %, relate M. Riches. Et les banques alimentaires, entre-temps, naviguaient assez joyeusement, soutenues par des entreprises, par des personnes morales, par les grands supermarchés, par Walmart, etc.

Nous sommes entrés dans un système où les gens ont commencé à croire que c'est normal. Les banques alimentaires ont donc normalisé notre approche, explique Graham Riches.

Le professeur rappelle cependant qu'en 1976, le Canada a ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Et ce faisant, il a ratifié le droit à l'alimentation en vertu du droit international. C'est un droit légal au Canada et le gouvernement fédéral ne s'en occupe pas, il l'ignore, tout comme le gouvernement provincial.

« Le droit à l'alimentation ne consiste pas à donner de la nourriture gratuite aux gens. Le droit à l'alimentation n'est pas une question de charité. La charité ne peut pas être revendiquée, mais les droits peuvent l’être. »

— Une citation de  Graham Riches, professeur émérite en travail social, UBC

En Colombie-Britannique, le gouvernement néo-démocrate, qui devrait avoir honte de lui-même, a en fait adopté les banques alimentaires et les finance. C'est un vrai problème, s’insurge M. Riches.

La province défend son bilan

Nous aimerions tous atteindre un point où les banques alimentaires ne sont plus nécessaires, mais en attendant, nous apprécions le rôle précieux que jouent les banques alimentaires pour aider les personnes dans le besoin, déclare, par courriel, le ministre du Développement social et de la Réduction de la pauvreté, Nicholas Simons. De plus, poursuit le ministre, grâce à sa stratégie de réduction de la pauvreté TogetherBC, 378 000 personnes, dont 104 000 enfants, sont sorties de la pauvreté. Le ministre énumère également certaines mesures telle que la prestation familiale améliorée. Nous savons qu'il reste du travail à faire à tous les niveaux de gouvernement et dans tous les secteurs de la société et nous sommes déterminés à poursuivre notre travail pour briser le cycle de la pauvreté en Colombie-Britannique.

Est-ce possible de sortir des banques alimentaires?

Les banques alimentaires naissent aux États-Unis au début de la récession de 1980. Elles se répandent à travers le Canada et s'implantent en Colombie-Britannique. Au départ, cette mesure d’urgence est censée être temporaire pour répondre aux besoins de la crise économique.

Pour l’ancien codirecteur de l’organisme La Boussole à Vancouver, Maxime Barbier, le fait de se dire que [les banques alimentaires] allaient être temporaires, c’était se voiler la face. Car, ajoute-t-il, « c’est oublier que chaque année a son lot de mauvaises surprises ».

Le siège de la banque alimentaire du Grand Vancouver à Burnaby.

La GVFB espère recevoir des dons en argent pour s'assurer qu'elle offre les produits dont ses bénéficiaires ont réellement besoin.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Alex Beyer, quant à lui, avoue avoir eu un peu d’espoir lorsqu’Ottawa a mis en place la Prestation canadienne d’urgence, pendant la crise sanitaire de la COVID-19.

« Lorsque la PCU a commencé, cela a beaucoup aidé. Nous avons vu moins de personnes venir ici chaque semaine, chaque mois. Nous avons espéré que c’était la fin des banques alimentaires. »

— Une citation de  Alex Beyer, directeur des opérations, GVFB

Graham Riches estime néanmoins qu’il est possible de réduire l’importance de ces structures avec une bonne dose de volonté politique. Par ailleurs, il faudrait assurer la sécurité du revenu afin que tous puissent acheter de quoi se mettre sous la dent. « Le minimum vital et des revenus décents doivent en fait être une priorité », ajoute-t-il.

Le professeur retraité évoque le Régime d'assistance publique du Canada, un programme de transferts aux provinces créé en 1966, comme mesure qui aurait pu éviter qu’une frange de la population devienne dépendante des banques alimentaires.

Ce n'était pas un système parfait, mais c'était un système monétaire et de sécurité du revenu qui a bien fonctionné jusqu’à sa disparition en 1996, même s’il a officiellement existé jusqu’en 2000.

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