•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sauver le caribou du lac Supérieur : une cause perdue?

Deux jeunes caribous qui lèchent un bloc de sel.

Quinze caribous restants de l'île Michipicoten ont été transférés vers deux minuscules îles du lac Supérieur.

Photo : Christian Schroeder

Depuis 2018, les fragments d’une harde de caribous sont en attente sur deux minuscules îles du lac Supérieur. Si la survie de l'espèce dans la région ne semble tenir qu’à un fil, des scientifiques fondent de grands espoirs sur leur prospérité pour l'avenir du caribou forestier dans la région.

Des scientifiques comme Brian McLaren, professeur associé en gestion de la faune à l’Université Lakehead, surveillent bénévolement les allées et venues des caribous des îles du lac Supérieur depuis 2018.

À l’aide de caméras installées par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts, dont ils doivent périodiquement aller chercher les données en bateau, ils tentent de trouver des indices de la croissance du troupeau.

Il y a eu, au début des années 1980, une tentative de réintroduction du caribou forestier sur l’île Michipicoten, un parc provincial situé sur le territoire de la Première Nation de Michipicoten, et la population a atteint  700 individus sur cette petite île de 184 km carrés.

Mais ce projet de réintroduction a pris fin brutalement en 2018, lorsque les 15 bêtes restantes ont dû être héliportées d’urgence en raison de la présence de loups qui menaçaient la survie même des quelques bêtes.

Neuf des animaux ont été transportés sur les îles Slate, un archipel près de la rive nord du lac Supérieur, et les six autres ont été déplacés sur l’île Caribou, un autre îlot situé près de la frontière avec les États-Unis.

M. McLaren et plusieurs autres chercheurs attendent les conditions idéales et l’autorisation de la province pour ramener les bêtes vers l’île Michipicoten.

Selon lui, bien que ces îles soient pour l’instant accueillantes pour un petit nombre de bêtes, cette situation se veut temporaire.

Brian McLaren devant un bâtiment.

Brian McLaren est professeur associé de biologie au département de conservation des ressources naturelles à l'Université Lakehead.

Photo : Site internet de l'Université Lakehead.

Les îles Slate et Caribou ne peuvent soutenir qu'un petit nombre de caribous, explique-t-il, notamment en raison de la quantité de nourriture qui est accessible sur l’île Caribou, trop éloignée de la rive pour que les animaux puissent traverser sur un pont de glace.

Nous attendons encore qu’un loup quitte l’île Michipicoten pour être assurés que les caribous n’ont plus de prédateur. Nous espérons qu’il sera assez affamé cet hiver pour choisir de partir par un pont de glace vers la rive du lac Supérieur, explique-t-il.

L’espoir de ramener les troupeaux

En raison de la destruction de l’habitat naturel du caribou, qui a été progressivement réduit par l’activité humaine, certains scientifiques estiment que leur population a été éliminée de 40 % de son territoire historique en Amérique du Nord.

La région du lac Supérieur est un endroit où le caribou a presque disparu, alors que presque tous les troupeaux ont quitté la région ou ont été décimés.

Jim Schaefer avec un chandail bleu.

Jim Schaefer croit que la seule façon de favoriser réellement le retour du caribou forestier est de mettre fin à la destruction de son habitat.

Photo : Avec l'autorisation de Jim Schaefer.

Selon Jim Schaefer, professeur de biologie à l’Université Trent, les projets de conservation et de réintroduction du caribou forestier sont un des plus gros défis qu’il a jamais vus, surtout quand on parle de les conserver sur des îles.

Ce sont des animaux qui ont besoin d’un énorme territoire, souvent des milliers de kilomètres carrés, explique-t-il.

Leur réintroduction doit être planifiée à très long terme, sur des décennies, ajoute-t-il.

M. Schaefer affirme qu’avant de pouvoir déplacer les caribous vers l’île Michipicoten, plusieurs conditions devront être respectées pour que les chances de survie du troupeau soient raisonnables.

Un caribou capturé couché devant un hélicoptère.

Les caribous restants ont dû être évacués d'urgence par hélicoptère de l'île Michipicoten en raison de la présence d'une meute de loups.

Photo : Ministère des Richesses naturelles et des Forêts

Nous cherchons à voir des populations qui sont autosuffisantes, dont nous n’avons pas besoin de contrôler l’apport de nourriture ou encore de contrôler leurs prédateurs, explique-t-il.

Brian McLaren affirme qu’il a beaucoup d'espoir pour la population de caribous si elle se retrouve sans prédateurs sur l'île Michipicoten.

Je crois que l’endroit le plus sûr pour les caribous, c’est l’île Michipicoten. On peut le voir avec la grande population de plusieurs centaines d'individus qu’il y a déjà eu sur l’île, rappelle-t-il.

Il croit qu’une forte présence de caribous sur l’île pourrait précéder un retour des bêtes sur le continent dans la région.

Nous avons des étudiants ici à Lakehead qui ont fait des prévisions de population l’an dernier, et si les caribous sont transférés à l’île Michipicoten et au parc Pukaskwa, ça pourrait non seulement favoriser la diversité génétique, mais aussi faire de la région du lac Supérieur une forteresse pour le caribou, indique-t-il.

Une expérience risquée

David Lesbarrères, qui est biologiste de formation et scientifique pour Environnement Canada, émet beaucoup de réserves concernant le projet de ramener les caribous sur l’île Michipicoten.

Selon lui, la plupart des efforts de conservation de gros mammifères, comme les bisons, qui ont fonctionné jusqu’à maintenant se sont faits en captivité avant de les réintroduire dans un milieu sauvage.

Photo de David dans les locaux de Radio-Canada

Le Dr David Lesbarrères, un ancien professeur de biologie de l'Université Laurentienne, travaille maintenant à Environnement Canada.

Photo : Radio-Canada / Josée Perreault

De faire une transition avec de petites îles, c’est quelque chose qui est plutôt novateur. Je ne suis pas certain de la raison pour laquelle ils ont choisi de faire ça de cette façon. Peut-être qu’il y a des avantages concernant l’acclimatation, indique-t-il.

Le nœud du problème, selon lui, est que le projet semble avoir été fait dans l’esprit de la diversité des espèces, mais que les perspectives du caribou dans la région sont encore incertaines.

On essaie de réintroduire les caribous dans un endroit où ils étaient au début du siècle dernier. Moi, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moyen de lutter pour la biodiversité, dit-il.

« Les changements climatiques vont faire en sorte que la biodiversité va changer à la fois en nombre et en répartition des espèces, et je ne suis pas certain que d’imposer un endroit où historiquement il y avait des animaux c’est le meilleur moyen de le faire parce que, de toute façon, le changement climatique va s’opérer et dans 20, 30 ou 40 ans, les caribous ne seront plus adaptés à vivre à cet endroit. »

— Une citation de  David Lesbarrères, scientifique pour Environnement Canada.

S’il n’est pas aussi pessimiste, Jim Schaefer concède que le projet a peu de chances de mener à une résurgence de l’espèce si les problèmes qui ont mené à sa diminution ne sont pas réglés.

Il n’y a aucune preuve que les caribous peuvent revenir dans des endroits d'où ils ont été chassés, explique-t-il.

Un caribou avec les yeux bandés dans un sac de contention.

Les caribous de l'île Michipicoten ont été transportés vers les îles Caribou et Slate en 2018.

Photo : ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l'Ontario

Le caribou a perdu beaucoup de son territoire naturel au pays en raison de l’exploitation forestière, des mines et du pétrole, ajoute-t-il.

Il est donc crucial de lutter contre la perte de l’habitat du caribou sur le continent. C’est la clé, dit-il.

M. Schaefer croit toutefois que les travaux des scientifiques engagés dans la sauvegarde des caribous du lac Supérieur seront utiles pour faire avancer la science.

Nous avons beaucoup appris avec l’île Caribou, nous avons beaucoup appris avec les îles Slate, notamment sur le développement des caribous dans un milieu sans prédateurs, indique-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...