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Financement des universités : les professeurs réclament une réponse claire du gouvernement

Patrick Noel, professeur d’histoire à l’USB.

Patrick Noël, professeur de l’histoire à l’USB, attend avec impatience la réponse du ministère de l'Éducation postsecondaire, du Développement des compétences et de l'Immigration sur le modèle de financement des établissements postsecondaires.

Photo : Gracieuseté / Patrick Noel

La Fédération des associations des professeurs universitaires du Manitoba (FAPUM) réclame une réponse claire et urgente du gouvernement provincial sur le modèle de financement des établissements postsecondaires. L’organisme critique le manque de communication du ministère de l'Éducation postsecondaire, du Développement des compétences et de l'Immigration malgré les multiples lettres et courriels qu'il lui a envoyés.

Patrick Noël, professeur d’histoire à l’Université de Saint-Boniface (USB) et président de l’Association des professeur.e.s et professionnel.le.s de l’Université de Saint-Boniface, a hâte d’avoir une réponse de la part du ministère de tutelle.

« Nous avons demandé au ministre Jon Reyes de nous confirmer que son ministère a abandonné le modèle de financement basé sur la performance, mais nous n’avons reçu aucune réponse de sa part. »

— Une citation de  Patrick Noël, professeur d’histoire à l’Université de Saint-Boniface

Un modèle fortement critiqué

Le modèle de financement sur les performances a déjà soulevé un débat il y a deux ans. Ce modèle vise notamment à financer les programmes donnés dans les universités en fonction des salaires obtenus par les diplômés de ces programmes une fois entrés dans la vie active.

Autrement dit, si, par exemple, les diplômés en administration touchent des salaires plus élevés que les lauréats en philosophie, le gouvernement financera le premier programme plus que le deuxième, explique Patrick Noël.

C’est absolument absurde, car cela va créer de la concurrence à l'interne, souligne-t-il.

« J’encourage le ministre à affirmer, d’une façon explicite et catégorique, que le financement par la performance ne sera pas mis en œuvre dans les universités manitobaines. »

— Une citation de  Patrick Noël, professeur d’histoire à l’USB

Patrick Noël estime qu’un tel modèle ne vise pas à vérifier les performances ou à améliorer l’accessibilité. Au contraire, cela va réduire l’accessibilité des étudiants, car un tel modèle va augmenter les droits de scolarité.

Des études montrent que certaines composantes du corps étudiant, notamment des Autochtones, ont de la difficulté à obtenir rapidement des diplômes universitaires, ajoute-t-il.

Si une université veut augmenter sa performance, pensez-vous qu’elle va encourager des étudiants qui ont des difficultés à finir leurs programmes ? Elle ne voudrait pas les avoir parce que cela va affecter le dénominateur, c’est-à-dire le nombre d’étudiants qui potentiellement vont obtenir des diplômes, précise Patrick Noël.

Deux lettres, zéro réponse

La FAPUM avait envoyé deux lettres à Jon Reyes, le ministre de l’Éducation postsecondaire, du Développement des compétences et de l’Immigration. L’organisme attend encore une réponse de sa part.

Dans la première lettre envoyée le 23 novembre (en anglais) (Nouvelle fenêtre), les membres de la Fédération soulignent qu’ils ont été agréablement surpris d’entendre la première ministre Heather Stefanson déclarer dans le discours du Trône que le gouvernement allait prendre un peu de recul par rapport au financement basé sur la performance.

Cependant, après avoir demandé des précisions au ministère, la FAPUM n'a pas eu de réponse.

Par la suite, l’organisme a écrit une deuxième lettre (en anglais) (Nouvelle fenêtre) demandant au ministre Jon Reyes de confirmer que son ministère respectera la parole de la première ministre Heather Stefanson et rejettera à la fois le modèle Tennessee et le financement fondés sur le rendement.

Une rare solidarité universitaire

Patrick Noël affirme que les administrations des universités du Manitoba sont solidaires avec les professeurs. C’est assez rare de voir une telle solidarité entre la partie patronale (administration) et la partie syndicale (professeurs) pour dénoncer [quelque chose], souligne-t-il.

On ne baissera pas les bras et on continuera à faire pression. On mène une campagne publique pour informer la société des dangers de ce modèle, indique M. Noël.

Le professeur d’histoire de l’USB se demande si le gouvernement va aller de l’avant, peu importe l’opposition qu’il rencontre.

Des exemples non canadiens appliqués au Canada

Par courriel, un porte-parole du gouvernement provincial explique à Radio-Canada qu’une vérification effectuée par le Bureau du vérificateur général en 2020 recommande que la province assure le suivi des résultats des établissements à l’aide de mesures de rendement axées sur les résultats.

Le porte-parole mentionne aussi que le ministère de tutelle entreprend un échange substantiel, à l’échelle du système, avec les établissements d’enseignement postsecondaire, les groupes d’étudiants, les associations de professeurs ainsi que les dirigeants et les experts techniques des organisations gouvernementales autochtones, sur un cadre de responsabilisation postsecondaire.

Cependant, Patrick Noël se dit surpris par les résultats des rencontres du ministère avec les différents intervenants. Je ne sais pas quelle partie a soutenu, lors des rencontres avec le Ministère, ce modèle de financement, car les étudiants, les professeurs, les syndicats et les administrations sont tous en désaccord avec ce projet.

Par ailleurs, le porte-parole du gouvernement manitobain indique que le Ministère se concentre uniquement sur ce que font les autres provinces canadiennes pour établir des paramètres de responsabilisation, et non sur les modèles américains ou en cours dans d'autres pays.

Sur ce point, Patrick Noël affirme que les modèles qui sont appliqués dans les autres provinces sont des calques des modèles développés à l’international (États-Unis, Australie et Angleterre NDLR) basés sur les idées des lobbies et des groupes de réflexion de la droite dans ces pays.

Il qualifie le modèle appliqué en Alberta, par exemple, de désastre : Le financement de l’Université de l’Alberta a été coupé d’une façon draconienne au cours des dernières années.

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