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Le pasteur Guillot condamné à 8 ans de prison

Claude Guillot, un homme âgé aux cheveux blancs, se fait escorter par un policier dans un couloir du palais de justice de Québec.

Reportage de Yannick Bergeron.

Photo : Radio-Canada / Yannick Bergeron

À son procès, Claude Guillot a dit répondre à la loi de Dieu, plutôt qu'à loi des hommes. En attendant son jugement dernier, le pasteur de 72 ans purgera une peine de huit ans de pénitencier.

« Aucune religion n'autorise ni ne permet celui qui y croit et la pratique à violenter et à torturer un enfant », a statué le juge Christian Boulet, lors du prononcé de la sentence.

Le pasteur baptiste de 72 ans n'a eu aucune réaction alors que les constables spéciaux lui passaient les menottes, devant ses victimes soulagées dans la salle d'audience.

Cet homme-là ne pourra plus faire d'autres victimes comme il en a fait. Pour nous autres, c'est un grand soulagement, a exprimé Marc Levasseur, qui a été frappé à coup de palette de bois à l'école La bonne semence de Victoriaville, dans les années 80.

Par la suite, Guillot a fondé sa propre école au sous-sol de sa résidence de Québec, au tournant des années 2000. Josh Seanosky y a été soumis aux enseignements rigides du pasteur, basés sur son interprétation littérale de la Bible.

Quatre hommes au Palais de Justice.

Quatre des cinq victimes du pasteur Guillot.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

De le voir enfin que c'est lui qui va être confiné. Il nous a confinés, il nous a séquestrés, il nous a martyrisés, il nous a torturés, bien c'est à son tour maintenant, de perdre toute sa liberté , a constaté monsieur Seanosky. C'est une délivrance ce qui vient de se passer, a ajouté Michael Dionne.

Au moment de la commission des crimes, les cinq victimes étaient âgées de 4 à 20 ans.

Un cas unique

La poursuite avait réclamé jusqu’à 15 ans de prison contre le pasteur, alors que l’avocate de ce dernier avait proposé une peine ne dépassant pas 3 ans. Les deux parties ont cité plusieurs décisions dans d'autres causes, pour appuyer leur suggestion, mais le juge Christiant Boulet n'y a trouvé aucun cas semblable.

Le magistrat a indiqué que la peine suggérée par la poursuite reflétait la gravité des gestes commis par Guillot, si on additionne les sentences pour chacune des victimes. Il a toutefois souligné que la Loi lui impose de tenir compte de la proportionnalité et du principe de totalité, pour finalement en arriver à huit ans de détention.

C'est une peine qui, compte tenu des circonstances, est satisfaisante, a commenté la procureure du DPCP, Me Sonia Lapointe.

Claude Guillot a soumis ses élèves à un régime de terreur, en leur imposant des conséquences justifiées et autorisées, selon lui, dans divers passages de la Bible. Les enfants pouvaient être obligés de se tenir debout, sans bouger, pendant une journée entière. Un châtiment qui pouvait s'étirer pendant près d'un mois.

Le juge retient aussi que Guillot tenait des propos méchants et cruels incitant à l'automutilation. Privé d'eau, un enfant s'est même vu forcé de boire dans la cuvette d'une toilette.

Le juge ajoute qu'en plus du contrôle physique, Guillot a eu une emprise psychologique sur les victimes. Il cite l'exemple d'un garçon conditionné par Guillot, l'entraînant à vivre pendant des années dans la terreur d'être frappé par lui et surtout, d'être foudroyé par Dieu s'il s'opposait intérieurement à ce que l'accusé lui disait.

Cette décision survient au terme d'un processus judiciaire qui s'est amorcé en décembre 2015.

Il s'agit d'une situation exceptionnelle, insiste Me Lapointe. La procureure du DPCP explique la situation par le nombre de témoins, le nombre d'événements qui ont été mis en preuve, et il ne faut pas oublier non plus le Covid qui est arrivé et qui a suspendu le processus, détaille-t-elle.

Claude Guillot, un homme âgé aux cheveux blancs, se fait escorter par un policier dans un couloir du palais de justice de Québec.

Le pasteur Claude Guillot lors de son incarcération, le 1er décembre 2022.

Photo : Radio-Canada / Yannick Bergeron

L'avocate du pasteur, Me Susan Corriveau, n'a pas souhaité commenter la sentence pour le moment.

Vêtu d'un complet et cravate durant tout le processus judiciaire, Claude Guillot portait des vêtements mieux adaptés pour sa prochaine destination, le pénitencier. Il s'est levé calmement après avoir entendu sa peine, tout en respectant les directives des constables spéciaux qui ont procédé à son incarcération.

Enfin, les rôles sont inversés, a constaté Josh Seanosky.

De le voir tourné contre le mur, chose que moi j'ai faite des semaines de temps, debout face à un mur dans un coin. Là de le voir tourné de même pendant des minutes, de le voir sortir menottes aux poings, ça fait du bien. Enfin, il y a une forme de justice, s'est-il exclamé.

Les victimes tournent la page de la cause criminelle, mais seront de retour au palais de justice pour leur cause civile.

Les jeunes hommes ont inscrit une action collective contre Claude Guillot et les Églises baptistes de Victoriaville et Québec.

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