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La réputation de l’Université d’Ottawa est secouée, selon le milieu universitaire

Université d'Ottawa

L'Université d'Ottawa n'en est pas à sa première controverse fortement médiatisée (archives).

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Après la controverse impliquant l’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, qui a secoué l’Université d’Ottawa au début de la semaine, des voix s’élèvent et disent craindre que cet incident ne ternisse la réputation de l’établissement, et ce, malgré les excuses du recteur.

L’Université d’Ottawa commence à en prendre un coup, on ne se le cachera pas, commente Geneviève Tellier, professeure à l’École de sciences politiques de l’Université d’Ottawa.

Selon Mme Tellier, il s’agit d’un dommage réputationnel sans précédent.

Maintenant, quand on va mentionner le nom de l’Université d’Ottawa, je me demande si les gens vont avoir la même perception que ce qu'ils avaient avant, ajoute Mme Tellier.

Une femme regarde la caméra.

Geneviève Tellier, professeure à l’École de sciences politiques de l’Université d’Ottawa (archives)

Photo : Radio-Canada

Rappelons que lundi, lors d’une conférence présentée à l’Université d’Ottawa sous le thème « La Chine et le monde : développement, commerce et gouvernance au XXIe siècle », cet établissement postsecondaire ottavien a accepté de se plier aux demandes de l’ambassadeur, soit d’interdire la présence de caméras dans la salle. Le caméraman de Radio-Canada s’est notamment fait montrer la porte.

Du même élan, l’Université a également entrepris de baisser les stores afin de cacher une manifestation en soutien aux Ouïghours qui se déroulait au même moment à l’extérieur du bâtiment.

Ces gestes ont suscité la controverse, l’établissement se faisant reprocher d’entraver la liberté de la presse.

Plusieurs membres de la classe politique fédérale, y compris le premier ministre Justin Trudeau, ont dénoncé cette décision.

Pour moi, ils ont fait une erreur, bannir les caméras. Au Canada, on ouvre surtout aux gens qui ont des profils publics. Les médias doivent avoir accès, a notamment affirmé M. Trudeau mardi.

Or, d’après Mme Tellier, l’implication de la classe politique est un autre coup de massue pour l’Université.

S’il y a des politiciens qui pensent pouvoir marquer des points en utilisant cette histoire-là, ils ne vont pas se gêner pour le faire. Je ne suis pas étonnée de voir monsieur [Yves-François] Blanchet [chef du Bloc québécois] le faire. Ce n’est jamais une bonne chose d’être pris dans la joute politique, fait-elle valoir.

Pas la première fois

Cette controverse n’est pas sans rappeler la forte médiatisation de la suspension de Verushka Lieutenant-Duval par l’Université pour avoir utilisé le mot en n, ajoute Mme Tellier.

Il faut pouvoir s’exprimer publiquement, que ce soit par le biais des médias ou par le biais de la recherche. Et dans l’affaire Lieutenant-Duval, c'était la question de la liberté universitaire. Ça aussi, ça participe à l'exercice démocratique. Je crois que l’Université d’Ottawa a oublié le fait que c’est une institution importante qui est financée par des fonds publics en partie et que les universités participent à la vie démocratique, et ça, on a l’impression que l'Université a peut-être perdu la perspective dans ses activités.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a présenté ses excuses sur Twitter mercredi matin. Il a dit estimer que l’Université a pris la mauvaise décision au dernier moment.

Nous nous excusons auprès des médias concernés. Nous aurions dû faire mieux pour protéger la liberté de la presse, a écrit M. Frémont.

Trop peu, trop tard, dit le Syndicat étudiant

Ce sont là des excuses tardives et insuffisantes, selon le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa.

L’Université [d'Ottawa] pouvait démontrer son engagement pour la liberté universitaire, mais cette semaine, elle nous a montré qu’elle a échoué. Ça me fâche que l’administration de l’université soit à ce point déconnectée du sentiment des étudiants, s’indigne Armaan Singh, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa.

Un homme face à la caméra.

Armaan Singh, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa

Photo : Radio-Canada

« Le recteur peut s'excuser, mais on doit voir l’action concrète qui peut appuyer ses mots. »

— Une citation de  Armaan Singh, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa

Professeure titulaire au Département d'information et de communication de l'Université Laval, Colette Brin apporte un regard plus nuancé à propos de cette controverse. Selon elle, il est très fréquent que des conférences se tiennent à huis clos, mais le problème, dit-elle, surgit lorsqu'on invite les médias pour finalement leur demander de partir.

Il y a vraiment un contrôle évident [de la Chine par rapport à son image]. La question n’est pas de savoir pourquoi l’ambassade fait ça mais pourquoi l’Université se plie à ça, met en évidence Mme Brin.

Geneviève Tellier souhaite de son côté que le Bureau des gouverneurs de l’Université d’Ottawa fasse preuve de leadership dans cette affaire.

Je suis très étonnée de voir que ce bureau-là a été silencieux depuis la première controverse, qu'il n’a pas rappelé à l’ordre les hautes instances de l’Université ni même le recteur et son équipe. Est-ce qu’ils sont d’accord? Si oui, pourquoi? Et là, on saura à quoi s’en tenir. Sinon, quels sont les moyens, les mesures de redressement qu’ils veulent voir se mettre en place pour qu'on n'ait plus d'épisodes malheureux? demande-t-elle.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a refusé toutes les demandes d'entrevue de Radio-Canada mercredi.

Avec les informations de Camille Kasisi-Monet et d'Ismael Sy

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