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Discours d’ouverture : François Legault dans la continuité

François Legault.

François Legault a notamment de nouveau évoqué l'idée de construire davantage de barrages.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Cohabitation de la protection de l'environnement et de la croissance économique, immigration et protection de la langue de Molière : dans son discours d'ouverture de la 43e législature, à Québec, le premier ministre François Legault a largement repris les thèmes mis en avant durant la précédente campagne électorale, en vue de son deuxième mandat à la tête du gouvernement caquiste.

Ainsi, selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), le Québec des quatre prochaines années sera à la fois un Québec qui gagne, une nation verte et une nation qui défend son héritage linguistique, 414 ans après la fondation de Québec par Samuel de Champlain.

Sur la question de l'économie, d'abord, M. Legault n'a pas dérogé à la marotte de son premier mandat, c'est-à-dire le rattrapage en matière de création de richesse par habitant par rapport à l'Ontario. Ainsi, le premier ministre a soutenu que les quatre dernières années avaient permis de réduire cet écart de plus de trois points de pourcentage, soit d'un peu plus de 16 % à 12,8 %.

Créer de la richesse n'est pas une fin en soi, a-t-il toutefois indiqué, mais c'est nécessaire.

Pour ce faire, son gouvernement entend encourager les gains en matière de productivité, notamment du côté de l'automatisation et du virage numérique des entreprises.

Cette création de richesse doit aussi s'amarrer à une réduction toujours plus importante des émissions de gaz à effet de serre, histoire, affirme François Legault, que le Québec soit parmi les premiers à atteindre la carboneutralité d'ici 2050.

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Barrages et transition verte

La baisse des émissions polluantes s'effectuera notamment grâce à l'électrification des transports, au développement du secteur des batteries, notamment avec l'exploitation et la transformation de minerais stratégiques présents en grandes quantités au Québec, comme le lithium, mais aussi avec la production d'hydrogène et d'acier verts.

Le gouvernement de la CAQ aura toutefois fort à faire pour atteindre ses objectifs environnementaux. En juin, un rapport de l'Institut de l'énergie Trottier de Polytechnique Montréal indiquait que le Québec était en voie de rater la cible établie pour 2030. Le document précisait que pour 2050, toutefois, il est toujours possible d'atteindre la carboneutralité... à condition de réinjecter de la vigueur dans sa stratégie.

Pour François Legault, il ne fait aucun doute que le Québec pourra parvenir à son but à la moitié du siècle, même si cela sera un défi de très grande ampleur, a-t-il reconnu. Et l'un des moyens pour parvenir à réaliser cette transition, qui s'accompagnera d'une plus forte demande en énergie électrique, sera de sérieusement envisager la construction de nouveaux barrages.

Où? Quand? À quel prix? Le premier ministre n'a pas fourni de précisions à ce sujet depuis sa première allusion à un nouveau grand chantier hydroélectrique, lors de la plus récente campagne électorale.

La présidente d'Hydro-Québec, Sophie Brochu, s'est, elle, fait l'apôtre de l'efficacité énergétique, une voie que M. Legault veut aussi emprunter. Ultimement, il juge que 100 térawatts-heures supplémentaires seront nécessaires pour répondre à la future demande. Ce qui, selon lui, équivaut à bâtir un demi-[réseau d']Hydro-Québec supplémentaire.

Dans l'une d'une série d'attaques souvent à peine voilées contre ses adversaires, le premier ministre a par ailleurs soutenu qu'il ne fallait pas être dogmatique dans la lutte contre les changements climatiques et que le bilan environnemental du Québec était déjà très satisfaisant, puisque le Québécois moyen émet moins de 9 tonnes de GES par an, soit environ la moitié du Canadien hors-Québec et de l'Américain moyens.

Protéger le français, une priorité

Autre grande priorité pour le gouvernement Legault, la question de la protection du français devrait de nouveau occuper beaucoup de place au cours du mandat.

Déjà, le premier ministre avait indiqué son intention d'accueillir une immigration économique à 100 % francophone d'ici l'année 2026, à quelques exceptions près.

Selon François Legault, la langue de Molière est le principal pilier de la culture de la nation québécoise.

« Qu'est-ce qu'il resterait de nous si on perdait ce lien fondamental qui nous unit? »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Le chef caquiste a de nouveau utilisé des données du plus récent recensement pour affirmer qu'à Montréal la situation du français était particulièrement inquiétante, alors que moins de la moitié des habitants de la métropole parlent d'abord le français à la maison.

Cette proportion ne tient cependant pas compte des résidents qui parlent français et une autre langue (anglais ou autre), pas plus qu'elle ne donne un aperçu fiable des Montréalais qui s'expriment dans la langue officielle du Québec en public, au travail, etc.

À boulets rouges contre Ottawa

Le premier ministre ne s'est pas non plus privé de lancer certaines attaques. Contre le co-porte-parole de Québec solidaire, d'abord, alors que François Legault a accusé Gabriel Nadeau-Dubois de s'arracher les cheveux à propos du plan caquiste consistant à faire davantage de place au privé en santé.

Mais le gros des attaques du premier ministre visaient le gouvernement fédéral, contre qui il a tiré à boulets rouges.

Selon M. Legault, Ottawa doit rapidement augmenter la part des transferts fédéraux en santé, alors que les Québécois envoient 40 % de leurs impôts dans la capitale fédérale et que cette dernière ne paie que 22 % des frais des différents réseaux de la santé.

Le premier ministre presse aussi le gouvernement Trudeau d'agir plus rapidement pour traiter les demandes de statut de réfugié des personnes arrivant de façon irrégulière au pays, en passant par le chemin Roxham. M. Legault estime ainsi que Québec devrait demander à Ottawa de rembourser les sommes déboursées par le gouvernement québécois.

De façon plus directe encore, le chef caquiste exige que le Canada se retire de l'Entente sur les tiers pays sûrs, cet accord passé avec le Mexique et les États-Unis qui fait en sorte qu'une personne demandant asile dans l'une de ces trois nations doit d'abord s'adresser aux autorités du pays dont elle est originaire, si ce pays fait partie de ce groupe de trois États.

Pour éviter de déposer une demande aux États-Unis et de risquer d'être expulsés, des dizaines de milliers de personnes passent ainsi par les États-Unis pour arriver au Canada, où elles franchissent la frontière de façon irrégulière.

L'opposition peu impressionnée

Si les troupes caquistes ont régulièrement applaudi leurs chefs lors du discours de ce dernier au Salon bleu, les partis d'opposition, eux, ne semblaient guère impressionnés par les déclarations de François Legault.

C'est un discours qui ressemble beaucoup à celui de la CAQ en 2018; nous avons eu quatre ans pour débattre de ces enjeux, et les gestes de la CAQ ne cadrent pas vraiment avec le discours. Par contre, le rôle d'une opposition, c'est aussi d'être constructive, alors nous donnons une chance au coureur, a déclaré le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

En entrevue sur les ondes de Radio-Canada, le chef péquiste dit avoir espoir que le gouvernement Legault écoutera les propositions péquistes en matière de protection du français et d'immigration.

Pour sa part, le chef libéral intérimaire, Marc Tanguay, a jugé que François Legault a livré un discours comme si c'était son premier mandat, comme s'il venait d'être élu.

M. Legault a toujours demandé qu'on le juge sur les résultats; en santé, en éducation, en services de garde, les résultats ne sont pas là. C'est comme si c'était son premier discours et que cela ne faisait pas quatre ans qu'il était là, a ajouté M. Tanguay.

Ce dernier a cependant souligné la volonté, de la part du chef caquiste, de tenir un débat national sur la nécessité ou non de construire de nouveaux barrages.

Du côté du Parti conservateur du Québec, le chef Éric Duhaime a lui aussi soutenu que le discours du premier ministre reprenait des thèmes déjà évoqués en 2018. Il a clignoté à droite, mais il a tourné à gauche, a-t-il estimé.

Et enfin, Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire, estime que François Legault a effleuré le sujet qui aurait dû être au coeur de son discours, c'est-à-dire l'inflation historique, la crise du coût de la vie.

Aucune nouvelle annonce pour aider les gens; c'est très décevant. [François Legault] nous a parlé des inégalités avec l'Ontario, mais pas des inégalités au Québec.

Et M. Nadeau-Dubois n'a pas manqué l'occasion de cibler le projet de troisième lien, porté par la CAQ depuis son élection en 2018 : Son plan pour des barrages est aussi imaginaire que son consensus sur le troisième lien! On ne sait pas où seront ces barrages, sur quelles rivières... Pour le moment, ce sont essentiellement des paroles en l'air, a-t-il déclaré.

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