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Des excuses pour les survivants de la poudre McIntyre et pour les familles des défunts

Une trentaine de personnes tiennent des photos de leurs proches.

Des victimes de la poudre McIntyre et leurs familles sont venus du Grand Sudbury et d'ailleurs dans le Nord de l'Ontario afin de recevoir des excuses de la législature.

Photo : Radio-Canada / Francis Beaudry

Le ministre du Travail, Monte McNaughton, a présenté mercredi après-midi des excuses aux travailleurs qui ont été affectés par la poudre McIntyre et à leurs proches. Distribuée aux travailleurs des mines du Nord de l’Ontario pendant des décennies, cette poudre est liée à de nombreuses maladies graves comme celle de Parkinson.

Ce sont une trentaine de personnes qui ont fait le chemin à partir de Sudbury afin de recevoir ces excuses après plusieurs années d’efforts pour tenter de faire reconnaître la poudre McIntyre, une poudre qui contenait de l’aluminium, comme source de maladies pour les mineurs du Nord de l’Ontario.

Cette poudre a causé les torts qu'elle devait prévenir, a souligné le ministre McNaughton. Des familles innombrables ont vu leurs proches souffrir [...] sans pouvoir les aider.

« Je sais que des excuses ne ramèneront pas vos proches, mais cette tragédie n’aurait pas dû arriver. Au nom des membres de l'Assemblée législative [...], je m’excuse. »

— Une citation de  Monte McNaughton, ministre du Travail de l'Ontario

Il y a longtemps que cela aurait dû être fait, a-t-il aussi affirmé.

Aujourd’hui, ce n’est qu’un début, a ajouté le ministre, qui a annoncé une révision de la loi en matière de santé et de sécurité au travail.

Il a aussi demandé l'observation d’une minute de silence en mémoire des victimes de la poudre McIntyre.

Le député de Sudbury, le néo-démocrate Jamie West, a lui aussi présenté des excuses au nom de l’Assemblée législative.

Janice Martell, qui mène depuis 2015 ce combat de reconnaissance pour plus de 600 travailleurs des mines, se dit soulagée que ses démarches aient enfin porté leurs fruits.

Janice Martell tient une photo de son père.

Janice Martell est l'instigatrice du projet McIntyre Powder, qui a fait reconnaître la poudre McIntyre comme un produit dangereux pour les travailleurs par l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Francis Beaudry

Aujourd’hui, je me sens comme si je pouvais enfin déposer ce poids aux pieds de quelqu’un d’autre, dit-elle.

« J’ai eu le privilège de parler à des centaines de mineurs pendant plusieurs années, et chaque fois que les gens racontent leur histoire, j'ai l’impression de devenir la gardienne des histoires de ces personnes et de leurs familles. »

— Une citation de  Janice Martell, instigatrice du projet McIntyre Powder

Je ressens ce poids chaque jour, je ressens le besoin de bien les représenter, ajoute-t-elle.

Mme Martell, qui a elle-même vu son père souffrir des suites de l’utilisation de la poudre McIntyre avant sa mort, affirme qu’elle a lancé le projet McIntyre Powder pour savoir ce qui s’est passé avec [son] père.

Janice, je n’ai pas besoin d’avoir rencontré [votre père] pour savoir qu’il aurait été fier, a dit le ministre McNaughton pendant son allocution.

C’était une condition d’emploi

Max Plouffe, qui habite à Sudbury, a été directement exposé à la poudre McIntyre pendant qu’il travaillait dans les mines de la région d’Elliot Lake, dans les années 1970.

Il se rappelle que l’inhalation de cette poudre en grandes quantités n’était pas facultative.

Max Plouffe porte un manteau noir.

Max Plouffe est une des victimes de la poudre McIntyre. Il souffre de la maladie de Parkinson.

Photo : Radio-Canada / Francis Beaudry

On était obligés de rentrer dans une salle et de respirer cette poudre, c’était une condition d’emploi. On devait passer par cette salle-là, respirer la poudre pendant 10-15 minutes avant de descendre sous terre, se rappelle-t-il.

On n’avait aucune idée. Ils nous avaient dit que c’était pour protéger nos poumons contre la poussière de silice, dit-il.

M. Plouffe souffre maintenant de la maladie de Parkinson, qui affecte plus de 10 % des travailleurs répertoriés par le projet McIntyre Powder.

Il dit souhaiter que le gouvernement de l’Ontario reconnaisse son erreur.

Ken Brezenski, lui aussi originaire de Sudbury, explique que lui-même et son père ont tous deux été exposés à la poudre McIntyre à l'époque où ils travaillaient dans des mines de la région de Timmins.

Il relate lui aussi un manque de choix éclairés de la part des travailleurs en ce qui concerne cette poudre.

Ken Brezenski devant un arbre de Noël.

Ken Brezenski et son père décédé ont tous deux été exposés à la poudre McIntyre.

Photo : Radio-Canada / Francis Beaudry

Nous n’avions pas vraiment le choix. Si on voulait travailler, ça faisait partie du travail, indique-t-il.

S’il n’a pas encore de symptômes graves consécutifs à son exposition à la poudre McIntyre, il affirme toutefois souffrir de troubles cognitifs ainsi que de problèmes à la gorge et aux poumons.

« Ce n’est pas si mal pour moi pour le moment, mais j’ai vu mon père et d’autres personnes subir des conséquences effrayantes. »

— Une citation de  Ken Brezenski, victime de la poudre McIntyre

M. Brezenski est très satisfait de pouvoir recevoir des excuses de la province grâce au travail de Mme Martell.

C’est fantastique. Elle a fait un travail phénoménal, non seulement pour les mineurs de la région de Porcupine et pour l’Ontario mais aussi pour tout le pays, explique-t-il.

Je suis heureux que le gouvernement réponde avec des excuses, ajoute-t-il.

Des excuses pour boucler la boucle

Si quelques victimes directes de la poudre McIntyre ont pu faire le chemin jusqu'à Queen’s Park, pour plusieurs, c’est en l’honneur d’un être cher décédé qu’ils ont pris l’autobus jusqu'à Toronto.

Carole Rochon-Legault, dont le père a été atteint par la maladie de Parkinson à la fin de sa vie, affirme que celui-ci n’a jamais dit à ses proches qu’il avait été en contact avec la poudre McIntyre.

Carole Rochon-Legault tient deux photos de son père.

Carole Rochon-Legault a perdu son père, qui a souffert des ennuis de santé liés à la poudre McIntyre.

Photo : Radio-Canada / Francis Beaudry

C’est grâce au travail de Janice que nous avons pu apprendre ce qui se passe dans les mines, affirme-t-elle.

Mme Rochon-Legault affirme que son père, O’Neil Rochon, a souffert du Parkinson pendant plus de huit ans avant de mourir.

Avant de prendre la route, elle a confié attendre les excuses de la législature avec impatience.

Ça va être pas mal spécial d’avoir des excuses, ça va nous permettre de mettre fin à tout ça, a-t-elle affirmé.

En cette journée très spéciale pour elle et pour les autres familles qui ont perdu un être cher à cause de la maladie, Janice Martell affirme qu’elle se sent plus légère.

Le poids qui se trouvait sur mes épaules se retrouve maintenant à l’Assemblée législative de l’Ontario. C’est à eux maintenant de prendre soin de ces travailleurs et de s’assurer qu’ils ne soient pas oubliés, rappelle-t-elle.

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