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Crise de la qualité de l’air : des médecins ont empiré la situation, selon Claire Bolduc

Claire Bolduc regarde le journaliste qui lui pose des questions.

Claire Bolduc, préfète de la MRC de Témiscamingue (archives)

Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas

La préfète de la MRC de Témiscamingue, Claire Bolduc, aurait affirmé lors d’une rencontre avec le directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau, que des médecins de Rouyn-Noranda « décrédibilisent l’INSPQ et la santé publique » dans le dossier de la Fonderie Horne. Elle remet aussi en doute la crédibilité des comités Arrêt des rejets et émissions toxiques à Rouyn-Noranda (ARET) et du regroupement Mères au front de Rouyn-Noranda.

À la suite d’une demande d’accès à l’information, Radio-Canada a pu obtenir copie du compte-rendu d’une rencontre ayant eu lieu le 2 septembre entre le Dr Boileau, des préfets de la région, la Ville de Rouyn-Noranda et le C. A. du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue.

On peut y lire que Claire Bolduc considère que les médecins ont empiré la situation et décrédibilisé l’INSPQ et la santé publique. Elle souhaite qu’on agisse sur ce point.

Des maisons du quartier Notre-Dame, près de la Fonderie Horne.

Le quartier Notre-Dame, près de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

En entrevue, Mme Bolduc a tenu à préciser ses propos. Tout le monde devrait travailler dans la même direction. J’étais préoccupée du fait que deux instances dans un dossier majeur ne portent pas un discours similaire et j’étais préoccupée de l’impact sur la crédibilité de l’Institut national de santé publique (INSPQ), a-t-elle expliqué en mentionnant avoir demandé une modification du compte-rendu de la réunion.

La préfète du Témiscamingue estime que les divergences exprimées publiquement ont en quelque sorte semé la confusion.

« Deux instances auxquelles la population se réfère pour une information donnée ne parlent pas d’une même voix ou énoncent des préoccupations qui ne vont pas dans le même sens. Oui, c’est préoccupant pour la crédibilité de l’un et de l’autre. »

— Une citation de  Claire Bolduc

Le Dr Bonin s’interroge

Le Dr Frédéric Bonin, qui fait partie du groupe de médecins ayant pris la parole publiquement à plusieurs reprises dans le dossier de la qualité de l’air à Rouyn-Noranda, se demande quelles sont les compétences de Mme Bolduc pour juger leur travail.

« J’ai de la misère à voir son expertise au niveau de la santé. Nous, on a analysé les données de façon très rigoureuse, très poussée, puis plus on fouillait, plus on était inquiets. C’est pour ça qu’on a pris des positions fermes au niveau public pour un changement important au niveau des émissions de la Fonderie Horne. »

— Une citation de  Le Dr Frédéric Bonin
Frédéric Bonin en entrevue dans le studio de Radio-Canada à Rouyn-Noranda.

Le Dr Frédéric Bonin, médecin généraliste à Rouyn-Noranda (archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin

Dans le compte-rendu de la rencontre, le ministère de la Santé et des Services sociaux qualifie la position des médecins d'extrémiste.

Nous, on est les porte-parole du groupe IMPACT, qui représente environ 80 médecins de Rouyn-Noranda. On a pris la parole parce que c’est une situation qui, pour nous, est inacceptable. On a un rôle au niveau déontologique aussi de protéger la santé de notre population. Je ne vois pas ce qu’il y a d’extrémiste là-dedans, mentionne le Dr Bonin.

Claire Bolduc assure faire confiance à la santé publique dans ce dossier. Lorsqu'on lui a demandé si elle faisait également confiance aux médecins de Rouyn-Noranda, elle a simplement répondu qu'elle était moins bien renseignée sur leurs positions pour pouvoir commenter leur prise de position.

Émilise Lessard-Therrien qualifiée de « pompier incendiaire »

Dans le compte-rendu de la rencontre du 2 septembre, on peut également lire que Claire Bolduc soutient qu’on est face à une députée qui est pompier incendiaire, en faisant référence à celle qui était députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue à ce moment, Émilise Lessard-Therrien.

En entrevue, Mme Bolduc a maintenu ses propos. Québec solidaire en avait fait un enjeu électoral et, dans le contexte, l’avenir aura démontré la portée de cet enjeu en matière électorale. Je pense que je n’ai pas à ajouter plus que ça; c’est un dossier qui a été politisé à des fins électoralistes. La suite des choses a démontré là où se situait la population par rapport à cela, dit-elle.

L’ex-députée de Québec solidaire a tenu à rappeler qu’elle a défendu ce dossier depuis 2019, soit bien avant la campagne électorale.

À partir du moment où ce dossier s'est retrouvé sur la place publique, j’ai été abondamment sollicitée par des citoyens qui étaient inquiets. Il y a des groupes qui se sont mis sur pied par la suite, et moi, mon rôle comme députée à l’Assemblée nationale, c’est de porter ce genre de dossiers qui préoccupent notre monde, fait remarquer Mme Lessard-Therrien.

Les objectifs de deux comités citoyens mis en doute

Claire Bolduc fait aussi un lien direct entre Québec solidaire et deux comités citoyens qui militent notamment pour l’atteinte de la norme provinciale de 3 nanogrammes d’arsenic par mètre cube dans l’air, soit le comité Arrêt des rejets et émissions toxiques à Rouyn-Noranda (ARET) et le regroupement Mères au front de Rouyn-Noranda.

La porte-parole de Mères au front Rouyn-Noranda Émilie Robert.

La porte-parole de Mères au front de Rouyn-Noranda Émilie Robert (archives)

Photo : Radio-Canada / Andrei Audet

Émilie Robert, co-porte-parole du regroupement Mères au front, affirme que leurs prises de position en lien avec la Fonderie Horne ont débuté au moment où les données de santé ont été publiées.

À ce moment, on s'est mis à suivre le dossier et à s’intéresser à la question beaucoup plus, car c’est vraiment inquiétant pour nous, explique-t-elle en précisant que son organisation est apolitique.

Mme Robert indique par ailleurs que son groupe compte travailler en collaboration avec le député actuel, Daniel Bernard, tout comme il l’a fait avec Émilise Lessard-Therrien.

C’est un peu étrange parce que Mère au front, c’est quand même connu, c’est national, c’est connu aussi que ça n’a pas d’allégeance politique. Alors, je ne comprends pas trop les intentions derrière ça, dit-elle.

Je suis vraiment consternée parce que madame Bolduc c’est un peu l’apôtre du régionalisme, du par et pour la région. Et là, de me rendre compte que dans une rencontre en privé, elle s’attaque comme ça aux acteurs du milieu, je trouve ça vraiment consternant et je pense qu’on a peut-être accès à la vraie nature de Claire Bolduc, renchérit Émilise Lessard-Therrien.

Marc Nantel étonné

La déclaration de Claire Bolduc surprend aussi Marc Nantel, qui a participé à la création du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) avec plusieurs parents du quartier Notre-Dame.

Marc Nantel, du Regroupement vigilance mines d'Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT).

Marc Nantel, du Regroupement vigilance mines d'Abitibi-Témiscamingue (archives)

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Ce comité a été créé en réaction aux études de biosurveillance. Je ne comprends pas pourquoi madame Bolduc mentionne que Québec solidaire est derrière ça, surtout que, lorsqu’on a formé le comité, c’était clair que ça devait être un comité apolitique et que l’objectif du comité ARET était de faire changer la façon dont la compagnie est en train d’exploiter, signale M. Nantel.

Il ajoute ne pas comprendre pourquoi la préfète du Témiscamingue s’en prend à des citoyens de Rouyn-Noranda. C’est de dénigrer le travail qui a été fait au comité ARET, c’est de regarder de haut des citoyens qui se sont impliqués déjà depuis trois ans et demi, qui donnent du temps et de l’énergie. C’est vraiment de la mesquinerie, soutient Marc Nantel.

L’agente officielle de madame Lessard-Therrien [durant la campagne électorale], Nicole Desgagné, était aussi la porte-parole du comité ARET. Dans le contexte, je pense qu’on est capables de faire les liens qui s’imposent, souligne pour sa part Claire Bolduc.

Tous les individus, à ce que je sache, ont des positions politiques. Au niveau du comité ARET, on n'est pas en train de demander à tout le monde leur orientation politique et si vous êtes du mauvais côté, vous n’appartenez pas au comité; ça n’a rien à voir, rajoute M. Nantel.

- Avec les informations de Thomas Gerbet

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