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Coûts des gicleurs obligatoires : 15 % des RPA du Québec pourraient devoir fermer

Une résidence privée pour aînés sur trois au Québec n’est pas entièrement équipée de gicleurs.

Au Québec, une résidence sur trois n'est pas entièrement équipées de gicleurs. L'obligation de la province à la suite de la tragédie de l'Isle-Verte a été repoussée à décembre 2024.

Au Québec, une résidence sur trois n'est pas entièrement équipée de gicleurs. L'obligation de la province à la suite de la tragédie de L'Isle-Verte a été repoussée à décembre 2024.

Photo : Radio-Canada

Les yeux de Sylvie Larochelle pétillent encore lorsqu’elle parle à ses résidents dans la salle à manger de sa petite résidence privée pour aînés de 12 chambres, à Saint-Prosper, en Beauce. Mais la propriétaire de 61 ans est fatiguée. La pandémie a été dure. Et le prochain dossier sur son bureau la décourage : l’obligation de munir sa résidence de gicleurs.

Elle n'est pas la seule à vivre cette inquiétude. On estime que cette obligation gouvernementale, imposée à la suite de la tragédie de L'Isle-Verte, dans laquelle 32 personnes ont perdu la vie en 2014, pourrait entraîner la fermeture de plus de 75 établissements au Québec en raison des coûts liés à l'installation de gicleurs.

La situation est telle que, pour une deuxième fois, le gouvernement du Québec a repoussé l'échéance obligeant les Résidences privées pour aînés (RPA) à se munir de gicleurs. La nouvelle date limite : décembre 2024.

On est rendu à 151 767 $, lance Sylvie Larochelle. Ça, c’est la soumission de juin 2022! Avec la COVID, tout a augmenté, on ne se le cachera pas.

La pression financière est trop élevée pour la propriétaire, au moment où tout augmente, les salaires des employés comme le prix de l’épicerie.

« Il faudrait que je me réendette quasiment le prix de la bâtisse pour mettre des gicleurs. »

— Une citation de  Sylvie Larochelle, propriétaire de la résidence Beau Séjour 2003, à Saint-Prosper
Sylvie Larochelle, l'air inquiet, assise à une table dans un corridor.

Sylvie Larochelle n'installera pas de gicleurs dans sa RPA de 12 chambres. Les coûts d'au moins 150 000 $ sont trop élevés.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

La résidence Beau Séjour 2003 est de plain-pied, c'est-à-dire sur un seul niveau. La propriétaire et ses employés ne comprennent donc pas qu'on leur impose l’obligation d’installer des gicleurs, puisque toutes les chambres ont des portes patio pour aller à l’extérieur.

Dans la paroisse, ici, il y en a trois qui ont fermé. Je suis la dernière qui est ouverte, ajoute Mme Larochelle.

Depuis 2020, dans la région de Chaudière-Appalaches, 25 résidences privées pour aînés ont fermé. La région a ainsi perdu presque 200 lits.

Pour sa part, Sylvie Larochelle compte garder sa RPA ouverte jusqu’à ce qu’elle perde sa certification et qu'on lui dise de fermer.

Demande d’aide financière

Le Regroupement des RPA du Québec estime qu'en raison des coûts trop élevés, 15 % des résidences qui ne sont pas entièrement munies de gicleurs fermeront leurs portes d’ici décembre 2024, date butoir pour se conformer à l’obligation.

« On demande au gouvernement du Québec de bonifier les programmes. »

— Une citation de  Marc Fortin, PDG du Regroupement des RPA du Québec

Le PDG du Regroupement, Marc Fortin, soutient qu'avec les prix qui bondissent dans le domaine de la construction, le programme d’aide financière gouvernemental, qui couvrait environ 35 % des coûts avant la pandémie, absorbe désormais entre 15 % et 18 % des dépenses totales.

Les retards s’expliquent également par la pénurie de main-d’œuvre et les difficultés liées aux réseaux d'aqueducs municipaux qui, à certains endroits, n’offrent pas la pression suffisante pour des gicleurs et exigent donc l’installation de pompes, donc des frais supplémentaires. La situation est la même pour les résidences en milieu rural qui sont raccordées à des puits.

J’ai des propriétaires qui m’appellent en pleurant, en disant qu’ils ont des puits et que ça va coûter 200 000 $ juste pour mettre une pompe pour rentrer l’eau dans la résidence, raconte M. Fortin. [Ces propriétaires disent] : "Je n'ai pas placé les gicleurs, j’ai juste mis une pompe à l’extérieur qui rentre dans le puits".

Pompiers devant les décombres de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, le 23 janvier 2014.

Deux pompiers devant les décombres de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, le 23 janvier 2014.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Le gouvernement veut éviter des fermetures

La ministre déléguée à la Santé et aux Aînés, Sonia Bélanger, soutient que la majorité des RPA qui ne sont pas munies de gicleurs sont des petites résidences.

Le report annoncé pour l’installation de gicleurs fait en sorte que les établissements auront eu 10 ans, à la suite de l’incendie à L'Isle-Verte, pour s'y conformer.

On a voulu diminuer la pression sur les petites RPA, explique la ministre. C'est pour ça qu'on étend le délai.

Sonia Bélanger à l'Assemblée nationale.

La ministre déléguée à la Santé et aux Aînés, Sonia Bélanger

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

« On a réservé une enveloppe de plus de 200 millions de dollars pour pouvoir financer l'installation des gicleurs partout. »

— Une citation de  Sonia Bélanger, ministre déléguée à la Santé et aux Aînés

À noter que les 46 nouvelles maisons des aînés du gouvernement Legault seront toutes équipées de gicleurs.

Une question de sécurité essentielle pour les plus vulnérables

La directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) éprouve un malaise avec la décision du gouvernement de repousser une deuxième fois l'échéance.

« J’espère qu’en 2024, on n’aura pas besoin de se parler de ça et que tout le monde sera sécuritaire dans les RPA au Québec. »

— Une citation de  Sylvie Tremblay, directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers
Un homme âgé traverse un corridor dans la RPA Beau Séjour.

La RPA Beau Séjour 2003 de Saint-Prosper est la dernière dans ce village de la Beauce à être encore ouverte.

Photo : Radio-Canada

L’absence de gicleurs dans certains établissements, dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre dans les RPA, l’inquiète.

Il faut absolument, pour une question de sécurité, se dépêcher à mettre des gicleurs, explique Mme Tremblay. La pénurie de main-d'œuvre fait qu’il y a moins de monde la nuit, le soir et les week-ends. Ce qu’on a vu à L'Isle-Verte est un exemple concret de ça.

Sylvie Tremblay demande aussi à ce que le gouvernement ne loue pas de places pour désengorger les urgences dans les RPA qui ne sont pas entièrement munies de gicleurs.

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