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Des communautés se réapproprient leur église au bénéfice de la collectivité

Une église en hiver

À Saint-Mathieu-d’Harricana, la Municipalité souhaite aménager des bureaux municipaux et un café-dépanneur dans l'église érigée en 1925, en plein cœur du village.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Alors que l’avenir des églises de l'Abitibi-Témiscamingue fait l’objet d’une grande réflexion mercredi à Amos, certaines communautés se sont déjà réapproprié leur patrimoine religieux au bénéfice de la collectivité.

Cette journée de réflexion est organisée par l’Espace entrepreneuriat collectif de l’Abitibi-Témiscamingue et le diocèse d’Amos.

Une réflexion devenue nécessaire, selon Mgr Gilles Lemay, évêque d’Amos, alors que de plus en plus de fabriques peinent à assumer les dépenses reliées à l’entretien et au chauffage de ce patrimoine bâti.

Ce n’est pas une journée de prise de décision. C’est une journée où on apporte un éclairage, une réflexion sur la réalité de notre fabrique et puis du bâtiment qu’on a. Le principal bâtiment, c’est l’église, parce que dans la plupart des cas, les presbytères ont déjà été vendus. La pandémie a fait devancer le questionnement qui serait venu. Il y a eu moins d’entrées, moins de quêtes, moins de capitation. Et la population célébrante diminue tout le temps parce que les aînés nous quittent et ils ne sont pas remplacés par la base, reconnaît Mgr Gilles Lemay.

L'église du secteur Villemontel à Trécesson.

L'église Saint-Simon de Villemontel, à Trécesson, était fermée depuis 2012 pour des raisons de sécurité. Elle a été démolie plus tôt cette année, 100 ans après sa construction. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Plusieurs avenues existent pour protéger ce patrimoine bâti. Certains édifices, comme l’église Saint-Simon démolie le printemps dernier à Trécesson, n’ont pas résisté à l’usure du temps. D’autres ont été vendus à des particuliers, qui les ont convertis en condos ou en bureaux.

Mais de plus en plus de communautés ont repris leur église pour lui donner une vocation communautaire qui profite à tous, souvent en conservant un espace pour le culte. C’est eux autres qui l’ont bâtie, c’est leur patrimoine à eux. C’est à eux de prendre la décision, croit Mgr Gilles Lemay.

La Motte citée en exemple

Un panneau mentionnant le centre communautaire est vissé au-dessus de la porte principale de l'église.

L'église de la Municipalité de La Motte. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

L’église Saint-Luc de La Motte est souvent citée en exemple. La Municipalité l’a rachetée de la fabrique en 2005 et l’a convertie en centre communautaire en 2011, avec la bénédiction des citoyens.

« L’argent qu’on a ici à la Municipalité, ça vient des poches des contribuables, donc il y a eu consultation publique, la population s’est mobilisée et a dit oui, on veut maintenir le bâtiment de l’église. C’est un lieu de rassemblement, c’est un lieu où on peut faire toutes sortes d’activités. »

— Une citation de  Rachel Cossette, directrice générale de la Municipalité de La Motte

La nef a été convertie en salle multifonctionnelle, qui accueille depuis des événements et des spectacles. Les bancs d’église ont été retirés, mais le chœur de l’église a été conservé pour les célébrations religieuses. On retrouve aussi une salle communautaire au sous-sol. Des activités ont lieu sur une base presque quotidienne dans l’édifice. C’est aussi le lieu de rassemblement et d’hébergement pour les mesures d’urgence.

Ça répond à un besoin, par contre c’est difficile financièrement. On a une taxe pour les services communautaires qui est imposée à l’ensemble des citoyens pour aider à payer, surtout le chauffage. Mais ça a été bâti, occupé et entretenu par les gens de La Motte. C’est important de conserver le bâtiment pour la population, estime Rachel Cossette.

Une bibliothèque municipale à Landrienne

Un thermomètre dessiné sur un panneau indique l'avancée d'une campagne de financement devant l'église Saint-Barnabé.

L'église Saint-Barnabé de Landrienne. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Ce printemps, la Municipalité de Landrienne a acquis l’église Saint-Barnabé. Elle a pu relocaliser sa bibliothèque municipale dans la première moitié de la nef, tout en conservant l’autre moitié avec le chœur pour le culte. Là encore, les élus ont agi avec l’assentiment des citoyens, consultés et informés tout au long du processus.

L’église abrite aussi la salle communautaire au sous-sol, qui sert pour plusieurs activités et les mesures d’urgence. Des organismes y occupaient aussi déjà des espaces, que ce soit les Fermières, les Chevaliers de Colomb ou encore le comité du Carnaval. Et on y retrouve aussi le local de l’infirmière du CLSC ainsi que le bureau de poste.

Pour nous, ça devenait essentiel. Ce qu’on voulait faire, c’était un véritable centre communautaire pour l’ensemble des citoyens. Et faire en sorte qu’advenant le cas où la fabrique connaissent de plus grandes difficultés, que le bâtiment puisse demeurer et continuer d’appartenir aux citoyens et citoyennes de Landrienne. Parce que ce sont eux, ce sont les gens qui ont contribué, leurs grands-parents, les pionniers de Landrienne qui ont contribué à construire ce bâtiment-là, fait valoir le maire de Landrienne, Guy Baril.

Un lieu collectif au coeur de Barraute

L'église Saint-Jacques-le-Majeur de Barraute.

L'église Saint-Jacques-le-Majeur de Barraute. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

À Barraute, l’église Saint-Jacques-Le-Majeur appartient toujours à la fabrique. Mais elle a pris la décision de se départir du presbytère et de relocaliser les bureaux dans l’église. Une salle multifonctionnelle a aussi été aménagée avec une cuisine dans la première moitié de la nef. Comme à Landrienne, l’autre moitié avec le chœur sont toujours utilisés pour les célébrations religieuses.

Ce qui se dégage après deux ou trois ans de transformation, c’est que des gens qu’on ne voyait plus se réapproprient le lieu et ce lieu-là devient collectif. Ça devient un lieu collectif sans mettre à l’écart la communauté catholique qui était là. Elle est toujours là et c’est elle qui accueille les gens au centre du village, souligne le diacre permanent Éric Larose.

Ça nous permet vraiment de dire: ce bâtiment-là, utilisons-le le plus possible. Parce que ça devenait pratiquement scandaleux que ce soit ouvert quelques heures par semaine et entretenir ça à l’année. Juste l’électricité, ça coûte autour de 10 000 à 11 000 dollars par année pour un bâtiment qui sert peut-être trois ou quatre heures par semaine, explique Éric Larose.

Lors d’événements comme le récent marché de Noël, le marché public ou encore la Foire du camionneur, Éric Larose voit l’église du village et son parvis redevenir ce qu’ils ont été jadis, un lieu de rassemblement pour toute la collectivité.

Bien faire les choses à Saint-Mathieu-d’Harricana

L'intérieur d'une église

Une vue de l'intérieur de l'église de Saint-Mathieu-d'Harricana, avec ses arches, à partir du jubé. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

D’autres paroisses, comme celles de Vassan et Colombourg, sont toujours en réflexion sur l’avenir de leur église. À Saint-Mathieu-d’Harricana, la Municipalité projette d’acquérir et de convertir l’église au cœur du village.

Avec l’appui de sa population, elle souhaite y aménager des bureaux municipaux et un café-dépanneur.

Cette nouvelle vocation permettrait de sauver le bâtiment et la paroisse, puisqu’un espace pour le culte serait conservé, et alléger le poids sur les épaules des marguilliers, mais le maire Martin Roch souhaite aussi faire les choses correctement. Par exemple, le changement d’usage pourrait entraîner des coûts importants pour solidifier la structure de l’église bientôt centenaire.

Cette sculpture réalisée par un artiste local, Lucien Allard, illustre les messes célébrées dans la première église de Saint-Mathieu-d'Harricana.

Cette sculpture réalisée par un artiste local, Lucien Allard, illustre les messes célébrées dans la première église de Saint-Mathieu-d'Harricana. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Donc, il y a beaucoup de validations et de vérifications à faire avant de faire la transaction. C’est certain qu’au conseil, nous aussi on commence à se dire que ce serait le fun qu’on puisse confirmer qu’on passe à l’étape où on devient propriétaire. Mais il faut toujours faire attention, parce qu’on parle de grands coûts chaque fois qu’on veut faire ça. Mais l’intérêt de maintenir le bâtiment comme symbole vivant de notre communauté, un souvenir du passé, de nos patriotes et de nos pionniers qui sont venus développer le territoire, il est bien là, assure-t-il.

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