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L’Ontario est allé à contresens sur les projets d’autoroute, selon la VG

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk, en conférence de presse.

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Le gouvernement de l’Ontario a ignoré ses propres experts dans le choix des projets d’autoroute ces dernières années, et est allé à l’encontre des priorités ciblées par le ministère des Transports, selon le rapport annuel de la vérificatrice générale de la province publié mercredi.

Bonnie Lysyk indique que six projets routiers, dont deux situés dans le nord de la province, ont été reportés à la demande du conseil des ministres, ce qui a permis au gouvernement de mettre en chantier quatre autres projets jugés moins importants, notamment la 413, au nord-ouest de Toronto, et l’autoroute de contournement de Bradford, à la fin 2021, soutenant qu’ils contribueront à décongestionner les routes existantes.

Or, le rapport de Bonnie Lysyk souligne le fait que ces projets n’ont pas été décidés en fonction des besoins d'infrastructures de la province.

Carte des autoroutes du réseau 400 et du tracé prévu de l'autoroute 413.

Le projet d'autoroute 413

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Les experts en la matière du ministère [des Transports] n'étaient pas d'accord avec la directive du cabinet du ministre [...] de reporter les projets d'agrandissement de routes prioritaires au profit de projets moins bien classés, peut-on lire dans le rapport.

Ainsi, les plans amorcés par la province ne fournissent pas suffisamment de renseignements pour surveiller et démontrer l'efficacité de ses opérations de planification et de gestion des routes ni pour communiquer publiquement leur efficacité aux Ontariens.

La vérificatrice générale déplore aussi que les coûts estimatifs et l'échéancier pour ces nouvelles autoroutes controversées n'aient toujours pas été rendus publics.

« En particulier, nous avons constaté que le ministère n'avait pas établi suffisamment d'indicateurs de rendement clés et de cibles liés à la mobilité des personnes et des biens, à la sécurité routière, à la durabilité et à l'impact environnemental, ainsi qu'à la réalisation des projets dans les délais et dans les limites du budget. »

— Une citation de  Rapport annuel de la vérificatrice générale de l’Ontario

Par ailleurs, plusieurs décisions prises en faveur des automobilistes peu avant les élections provinciales ont surpris Mme Lysyk : l’abolition du péage sur les autoroutes 412 et 418 et l’annulation des frais de vignette d'immatriculation, annoncée en février dernier, ont été appliquées sans analyse de rentabilisation auprès du Secrétariat du Conseil du Trésor.

Le rapport de Bonnie Lysyk contient 15 audits qui touchent à différents aspects des dépenses et des politiques déployées par le gouvernement de la province. Parmi ceux-ci, le rapport met en relief le fait que l’Ontario n’a pas fait appel à la concurrence pour la moitié des contrats liés à la COVID-19, a parfois manqué d’équité dans la distribution des vaccins et est mal préparé pour prévenir les inondations.

Gaspillage de doses de vaccin et d'équipements de protection individuelle

En ce qui concerne la mise en œuvre de la vaccination contre la COVID-19, Bonnie Lysyk identifie de nombreux problèmes.

Parmi ceux-ci, en date de juin 2022, la province a gaspillé environ 9 % des vaccins fournis par le gouvernement fédéral, soit 3,4 millions de doses. Sur la période entre février et juin de cette même année, le gaspillage s’est chiffré à 38 %. Le rapport explique ceci par le fait que la demande de doses de rappel était alors beaucoup plus faible que prévu. Il relève par exemple qu'une entreprise privée payée par la province a jeté 57 % des doses qu'elle devait distribuer.

Ce n'était absolument pas une perte d'argent, a réagi la ministre de la Santé de l'Ontario, Sylvia Jones, lors d'une conférence de presse mercredi. Nous sommes à 82 % d'Ontariens de 12 ans et plus qui sont entièrement vaccinés, c'est ce pour quoi nous sommes fiers, a-t-elle fait remarquer.

Un constat que réfute France Gélinas, porte-parole du NPD de l'Ontario en matière de santé. Tout le monde en aurait fait des erreurs dans les circonstances. Mais c'est de dire que oui, cette erreur a été faite, on apprend de ça et on ne la refera plus dans le futur. Y'a rien de ça qui se passe avec le gouvernement qu'on a en place. C'est : ils n'ont pas fait d'erreurs, tout était parfait et on est les meilleurs.

Bonnie Lysyk note aussi que l’existence de multiples systèmes de prise de rendez-vous (par le portail provincial, certains bureaux de santé publique locaux, hôpitaux et pharmacies) a ouvert la porte au magasinage de vaccins, certains Ontariens s’étant inscrits à plusieurs rendez-vous au moyen de différents systèmes de réservation. Par conséquent, dit le rapport, le nombre de rendez-vous manqués a atteint 227 000 en 2021 rien que dans le portail provincial.

Un homme marche en portant une chaise à travers des rangées.

Des centres de vaccination de masse ont ouvert dès le déploiement de la première dose en Ontario en 2021, comme ici à Brampton.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le rapport remarque aussi une large fourchette de rémunération pour les professionnels de la santé qui administraient les vaccins.

Les médecins (170 $ à 220 $ de l'heure) recevaient une rémunération beaucoup plus élevée que les infirmières (32 $ à 49 $ de l'heure) et les pharmaciens (30 $ à 57 $ de l'heure) pour la vaccination dans les centres exploités par les bureaux de santé publique et les hôpitaux.

En ce qui concerne les dépenses liées à la COVID-19, la moitié des 7 milliards de dollars de dépenses approuvées par l’Ontario concernent des contrats accordés sans concurrence, ce qui est autorisé par la Directive sur l’approvisionnement en cas d’urgence et justifié en cas de pandémie.

De manière générale (marchés concurrentiels ou non), ces achats ont été effectués de manière équitable, ouverte et transparente, conclut la vérificatrice générale.

Toutefois, des dépenses de 84,7 millions de dollars auraient pu être évitées par de meilleures conditions de planification et de contrat. Le rapport fait mention d’équipements de protection individuelle (tels les masques) achetés 66 millions de dollars et qui ont dû être jetés, car périmés, endommagés ou obsolètes en date du 31 mars 2022. Des centres de dépistage tenus par des entreprises privées ont aussi été sous-utilisés, malgré 18 millions de dollars de contrats alloués.

Plusieurs des contrats non concurrentiels auraient également pu faire l’objet d’un appel d’offres lors du déploiement de la vaccination de masse dès le début de 2021, suggère le rapport. C’est le cas pour certains centres de vaccination. À l’époque, le ministère du Solliciteur général expliquait ne pas avoir fait d’appels d’offres dans ce domaine, car le processus aurait pris six mois.

France Gélinas assure à la lumière de ces constats que le système de santé est nettement plus efficace lorsqu'il est confié aux organismes à but non lucratif.

« Chaque fois que ce gouvernement voit une occasion de faire appel au privé, il la saisit. Peu importe si ce n'est pas efficace, qu'il y a du gaspillage de vaccins. »

— Une citation de  France Gélinas, porte-parole du NPD de l'Ontario en matière de santé

Pour augmenter la proportion d’appels d’offres dans les situations d’urgence, la vérificatrice générale recommande que le Secrétariat du Conseil du Trésor raccourcisse le délai de réponse.

Risques d'inondations en milieu urbain

Le rapport critique aussi le gouvernement Ford dans le dossier de l'environnement.

La vérificatrice constate que la province ne protège pas les espaces verts, qui absorbent l'eau de pluie, ce qui augmente les risques d'inondation en milieu urbain. De fait, au cours des 20 dernières années, le pourcentage de terres urbaines classées vertes a diminué dans 94 % des centres urbains moyens et grands, et ce alors que les modèles climatiques prévoient une hausse des précipitations et phénomènes météorologiques violents à l'avenir.

Alors que le gouvernement Ford songe à ouvrir certains secteurs de la ceinture de verdure à la construction, Mme Lysyk déplore le fait que la province n'a aucune stratégie de sauvegarde des zones humides.

L'Ontario échoue aussi à procurer des données sur la topographie, ce qui entrave la capacité des municipalités à cartographier les zones à risque d'inondation, relève le rapport.

Le logo de Walmart se reflète dans l'eau recouvrant la chaussée.

La bétonnisation des espaces empêche la filtration de l'eau de pluie. Ici un stationnement du Walmart de Fort Frances l'été dernier.

Photo : Facebook - Dan Tausendfrende

La province, qui est la seule au Canada à ne pas avoir d'organisme dédié aux services climatiques, fournit des directives incohérentes aux municipalités sur les données climatiques. Par conséquent, les infrastructures et les bâtiments continuent d'être conçus sans prendre en compte les changements prévus de précipitations.

Tous les Ontariens qui vivent dans des villes et des petites communautés pourraient être à risque d’inondations , résume Bonnie Lysyk.

L'atténuation des risques passe par une meilleure information mise à disposition des municipalités et des propriétaires immobiliers, par exemple sur l'installation de clapets antiretours pour empêcher les eaux pluviales et les eaux usées de refouler dans les sous-sols. Ces clapets sont nettement plus abordables lors de la construction (250 $) que lors d'une rénovation (jusqu'à 4800 $).

Voici en bref d'autres conclusions des audits présentés par le rapport :

  • La province ne dépense que 4 millions de dollars par an pour lutter contre les espèces envahissantes (33 ont été identifiées en Ontario) malgré les 3,6 milliards de dollars d'impact économique qu'elles créent.
  • Les exploitants de casinos ont tous réduit leurs prévisions de revenus depuis 2019, pour un manque à gagner pour la province de plusieurs milliards de dollars.
  • Il n'y a plus de surveillance environnementale de l'escarpement du Niagara parce qu'aucune ressource en personnel à la Commission de l'escarpement du Niagara n'y est affectée.
  • Les Ontariens paient les primes d'assurance automobile les plus élevées au pays, la prime moyenne ayant augmenté de près de 14 % de 2017 à 2021 pour atteindre 1642 $
  • Ontario Power Generation n'a utilisé en 2021 qu'un peu plus de 50 % de la capacité de production hydroélectrique installée, alors que plusieurs centrales nucléaires sont en phase de maintenance. La compagnie aurait pu produire suffisamment d'électricité pour alimenter 540 000 foyers supplémentaires.

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