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Charlie Chaplin entre dans l’ère du métavers

Photo en noir et blanc d'un homme moustachu souriant, tenant un bâton dans une main et un chapeau melon dans l'autre.

Chaplin est connu sur les cinq continents, toutes générations confondues, d'après Yves Durand.

Photo : B Df'rent Games

Stéphanie Dupuis

Le studio québécois B Df’rent Games a créé la surprise la semaine dernière en annonçant avoir obtenu une licence mondiale exclusive pour développer des jeux vidéo basés sur les images, les films, la musique et les archives de Charlie Chaplin.

Le maître d'œuvre est surtout Yves Durand, muséographe qui connaît aussi la famille Chaplin depuis une quinzaine d’années. Il a travaillé très fort pour établir un lien de confiance avec les héritiers et héritières du comédien, réalisateur et scénariste, en participant à la fondation en 2016 du musée suisse Chaplin’s World.

« Si l'on n’avait pas fait le musée de Chaplin en Suisse, on n’aurait jamais obtenu cette licence. »

— Une citation de  Yves Durand, cofondateur de B Df’rent Games

En une heure de négociations pour les droits avec la famille, 55 minutes portaient sur le respect de l'œuvre de Chaplin, et 5, sur le montant du chèque, illustre Yves Durand, cofondateur du studio. C’est pour dire que les principales préoccupations de la succession de Chaplin, qui forme un conseil d’administration avec les huit enfants de l’artiste, n’étaient pas monétaires, mais plutôt morales : il ne faut pas dénaturer le travail de leur père.

« Je me souviens, pendant les négociations, de leur avoir dit : "Si votre père était là, il serait d’accord tant que ça respecte son œuvre." »

— Une citation de  Yves Durand

Fondé au début de 2022 spécifiquement pour l’obtention de ces droits, B Df’rent Games aurait pu faire affaire avec un géant français, ukrainien ou américain pour adapter en jeux vidéo l’héritage du cinéaste muet. C’est toutefois sur le regroupement montréalais de studios indépendants Indie Asylum que son choix s’est arrêté.

Indie Asylum, qui est aussi un fonds d’investissement, était tout indiqué pour participer à cet ambitieux projet.

Il y a une dimension collective, même coopérative, au sein d'Indie Asylum. Leurs valeurs et leur philosophie cadrent parfaitement avec celles que véhiculent Charlie Chaplin dans ses films, explique Robert Young, cofondateur de B Df’rent Games. Il précise avoir mis environ huit mois à trouver le partenaire parfait dans le bassin mondial des entreprises vidéoludiques.

« Je préfère travailler avec un collectif de créateurs et de créatrices qu’avec un géant, avec qui on ne pourrait pas aller aussi loin. »

— Une citation de  Yves Durand

Déclinaisons interactives

B Df’rent Games est aussi le fruit d’une association avec l’entreprise Miralupa, dont l’expertise gravite autour de l’innovation technologique, plus particulièrement la réalité augmentée.

On pourrait donc penser que cette technologie aura une place de choix dans les futurs jeux de l’entreprise. Après tout, la licence obtenue par le studio comprend toutes les déclinaisons de jeux sur les plateformes existantes et même futures… dont le métavers!, s’exclame Yves Durand.

Photo en noir et blanc d'un homme portant un chapeau melon qui éclate de rire.

Yves Durand tenait à ce que B Df'rent Games obtienne les droits exclusifs de l'œuvre de Charlie Chaplin afin d'éviter de se faire devancer par un géant comme Pixar, par exemple.

Photo : B Df'rent Games

On peut ainsi s’imaginer fréquenter d’ici quelques années un monde virtuel dans lequel on pourrait flâner avec le mythique vagabond.

Un jeu de type pointe et clique (point and click) – un genre dans lequel on progresse dans une aventure en cliquant sur des objets sur une image fixe, parfois animée, et sur laquelle on interagit avec une souris d’ordinateur – serait une avenue intéressante, selon Danny Godin, chef des opérations d’Indie Asylum.

Le point and click est un lien naturel avec l'œuvre de Chaplin, mais on n'est vraiment pas rendus au point de déclarer [quoi que ce soit à ce sujet], indique-t-il.

« Tous les genres sont sur la table, autant sur le plan des représentations du personnage que ce qu’il pourrait faire à l’écran. »

— Une citation de  Danny Godin

Ce qui est certain, c’est que les jeux seront différents, comme l’indique le nom du studio.

On veut que le petit, ou le bien, essaie de gagner contre le mal, comme le fait Chaplin dans ses films, note Yves Durand.

« On va ressortir des images, des mises en situation, des récits, des thèmes qu’il a abordés, et les projeter dans le monde actuel. »

— Une citation de  Yves Durand

On pourrait même voir un Charlie Chaplin en couleur : La seule chose qu’on ne peut pas dénaturer, c’est le matériel original de son œuvre cinématographique, précise-t-il.

Yves Durand dit vouloir consulter le vaste bassin de fans du célèbre cinéaste tout au long du processus créatif.

Un potentiel immense

Charlie Chaplin est par ailleurs très populaire auprès des jeunes : la chaîne YouTube officielle en hommage au cinéaste cumule quelque 30 millions de vues par mois, en provenance surtout de jeunes internautes sur les cinq continents.

Capture d'écran d'un film montrant un homme qui fait tourner un globe terrestre sur son doigt, en souriant intensément.

Avec sa licence mondiale, B Df'rent Games compte collaborer avec «plusieurs intervenants du cinéma et de la culture dans le monde», d'après Yves Durand, qui ajoute ne «rien pouvoir dévoiler pour le moment».

Photo : B Df'rent Games

Charlot a un regard naïf, révolté, et il marche comme un enfant. C’est pourquoi les jeunes l’adorent, et les familles aussi, souligne Yves Durand.

« Son humanisme fait de lui le héros idéal pour le 21e siècle. »

— Une citation de  Yves Durand

Bien que des équipes d’Indie Asylum planchent déjà depuis plusieurs semaines sur l’aspect créatif du projet, B Df’rent Games en est encore au stade de recherche et de développement.

Les fans du vagabond moustachu au chapeau melon peuvent tout de même s’attendre à jouer à un premier jeu vidéo de Charlot d’ici un an et demi.

On va prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses. [...] Ce ne sera pas dans deux ou trois ans quand même, mais s’il faut plus de temps, on le prendra, souligne Robert Young.

On n’a jamais eu autant besoin de Charlot, plaide Yves Durand.

Un homme avec un chapeau melon et une moustache, le dos recourbé, en train de manœuvrer une vieille caméra.

Le cinéaste Charlie Chaplin s'est éteint le 25 décembre 1977.

Photo : B Df'rent Games

À la question à savoir si Charlie Chaplin avait un lien insoupçonné avec le Québec, Yves Durand s’esclaffe : Non, pas du tout.

La seule fois que Charlie Chaplin est venu à Québec, c’était en 1910. Il est arrivé avec une troupe de théâtre anglaise qui était en tournée en Amérique du Nord. Il avait voyagé en troisième classe, dans le fond du bateau, à la fin de l’automne. Il était un peu paumé à l’époque, raconte-t-il.

Il n’était resté qu’un soir, et il n’a pas beaucoup aimé Québec, révèle-t-il, précisant qu’il s’agissait d’une époque où il était monnaie courante de lancer des tomates aux artistes sur scène.

Sinon, le cinéaste est passé quelques fois par Montréal pour des tournées promotionnelles.

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