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L’impôt municipal bondit de 4,1 % à Montréal, un sommet en 12 ans

La Ville commencera aussi à taxer l’eau consommée dans les immeubles non résidentiels en 2023.

Mme Ollivier, Mme Plante et M. Lamontagne tenant chacun un exemplaire papier du budget.

Le budget 2023 de la Ville de Montréal a été présenté mardi matin par la mairesse Valérie Plante (au centre), la présidente du comité exécutif Dominique Ollivier (à gauche) et le directeur général Serge Lamontagne (à droite).

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

La hausse du coût de la vie – qui a atteint au Canada un seuil inégalé depuis le début des années 1980 – se fait fortement sentir dans le plus récent budget de l’administration Plante-Ollivier. De nombreux indicateurs sont à la hausse.

Les propriétaires d'immeubles résidentiels de Montréal verront au premier chef leur avis d’imposition grimper de 4,1 % en moyenne l’an prochain, ce qui correspond plus ou moins à la projection du Conference Board du Canada selon laquelle l’inflation progressera de 4 % dans la région métropolitaine en 2023.

À 4,1 %, l’augmentation du compte de taxes des Montréalais sera deux fois plus élevée que l’an dernier, alors que l’administration avait décrété une hausse de 2 % en moyenne, respectant ainsi une promesse faite quelques mois plus tôt en campagne électorale.

Cette variation – du jamais-vu depuis 2011, alors que l'impôt municipal avait bondi de 4,3 % – se traduira par une majoration de 164 $ pour une résidence de valeur moyenne de 567 600 $, calcule la Ville , qui a mis à jour récemment son rôle d’évaluation.

Comme chaque année, l’augmentation des avis d’imposition résidentiels différera d’un arrondissement à l’autre. C’est dans Ville-Marie que la hausse sera la plus modeste (+ 1,7 %), alors que c’est dans L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève qu’elle sera la plus élevée (+ 6 %).

Encore une fois cette année, la majoration des avis d’imposition pour les immeubles non résidentiels (commerces, bureaux, industries…) sera moins forte que pour les immeubles résidentiels.

La hausse atteindra en moyenne 2,9 % en 2023. Elle variera toutefois en fonction des arrondissements. Les propriétaires d’immeubles non résidentiels de Ville-Marie verront même leur avis d’imposition baisser de 2,7 %.

À l’autre bout du spectre, ceux de Lachine paieront 15,2 % de plus qu’en 2022; ceux de Saint-Laurent 11,2 % de plus.

Les contribuables montréalais verront leur compte de taxes foncières augmenter en moyenne de 4,1 % l'an prochain. Il s'agit de la plus forte hausse de taxes depuis 2011. Reportage de Mathieu Prost.

Un budget 30 % plus élevé que sous l’ère Coderre

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, et la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, ont présenté mardi matin au marché Bonsecours un budget record de 6,76 milliards de dollars (G$), en hausse de 300 millions de dollars (M$) par rapport à l’an dernier.

Cette augmentation équivaut à une croissance des dépenses de 4,4 %, soit trois points de plus que la hausse moyenne de la charge fiscale résidentielle, a souligné Mme Plante en conférence de presse. Ça, ce que ça veut dire, dans le fond, c'est que la Ville de Montréal a décidé d'absorber le choc [de l'inflation], a-t-elle résumé.

« On a voulu [...] faire le maximum pour limiter la hausse de taxes pour cette année, sans affecter, sans diminuer les services aux citoyens. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) verra même son financement majoré de 63,2 M$, ce qui lui permettra d'embaucher 123 des 270 policiers supplémentaires promis d'ici 2025.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Projet Montréal, en 2017, le budget de fonctionnement de la Ville de Montréal est passé de 5,2 G$ à 6,76 G$, une hausse de 30 %.

Un exemplaire papier du budget 2023 de la Ville de Montréal.

Le budget 2023 de l'administration Plante, baptisé « Bâtir le Montréal de demain », compte plus de 400 pages.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Le programme décennal d’immobilisations (PDI) 2023-2032, qui a également été présenté mardi, atteint pour sa part 22 G$, alors qu’il était de 19,54 G$ l’an dernier. C’est donc dire que la Ville prévoit investir en moyenne plus de 2 G$ par année dans ses infrastructures au cours des 10 prochaines années.

Ces documents ont été rendus publics au lendemain de la présentation du budget de la Société de transport de Montréal (STM), qui a annoncé lundi un manque à gagner de 78 M$ pour 2023.

Un vieux projet se concrétise

Pour équilibrer son budget, la Ville instaurera notamment deux nouvelles mesures d’écofiscalité. Elle introduira notamment une taxe sur la consommation d’eau dans les immeubles non résidentiels, qui devrait lui rapporter 15 M$ en 2023. Cette somme sera versée dans le fonds de l’eau.

On verra donc se concrétiser un vieux projet de l’administration du maire Gérald Tremblay, qui avait entrepris dans les années 2000 de faire installer des compteurs d’eau sur son territoire.

Les propriétaires d’immeubles non résidentiels devront se plier à une tarification progressive. De 1000 à 10 000 mètres cubes (m3) d'eau, il leur faudra débourser 10 ¢ le mètre cube. Ce taux grimpera à 20 ¢ de 10 000 à 100 000 m3 et à 60 ¢ au-delà de 100 000 m3.

Les 1000 premiers mètres cubes d’eau seront gratuits. D'ailleurs, 50 % des immeubles non résidentiels de Montréal n'excèdent pas ce seuil, a précisé Mme Ollivier, mardi.

Une première « facture à blanc » sera envoyée aux propriétaires en janvier 2023 pour leur signifier combien ils auraient dû payer en 2022. S'ensuivra une première « vraie » facture en décembre 2023 qui reflétera la première année d'application de la mesure. Elle sera payable en 2024.

Un compteur d'eau.

Les propriétaires d’immeubles non résidentiels de Montréal commenceront à payer pour leur consommation d’eau en 2023.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Autre mesure d’écofiscalité : la Ville de Montréal élargira la taxe sur les parcs de stationnement extérieurs de tous les immeubles non résidentiels dont la superficie dépasse les 20 000 mètres carrés. Cette taxe, qui ne s'appliquait jusqu'ici qu'au centre-ville, devrait lui permettre de récolter un peu moins de 5 M$.

Une dette équivalant à 115 % des revenus annuels de la Ville

Ces quelques mesures d'écofiscalité, cela dit, ne seront pas suffisantes pour assurer à long terme le bon fonctionnement des activités municipales, a une nouvelle fois souligné la Ville de Montréal, mardi.

Un Sommet sur la fiscalité municipale, qui aura lieu au printemps, devrait permettre d'identifier de nouveaux outils de financement en vue de renouveler le pacte fiscal conclu avec le gouvernement du Québec.

Le budget présenté mardi confirme par ailleurs que le transport collectif sera gratuit sur l'île de Montréal pour les personnes âgées de 65 ans et plus à compter du 1er juillet 2023.

Le poids de la dette, pour sa part, passera en 2023 de 111 % à 115 % des revenus annuels de la Ville. L’administration, qui a dépassé le seuil réglementaire de 100 % en 2019, espère toujours renouer avec ce ratio en 2027.

La situation n'est pas désespérée, cependant; la Ville de Montréal a vu sa cote de crédit relevée en juin dernier par la firme S&P, a-t-elle fait valoir.

J'envie les résidents de Québec

Réagissant au budget, le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, Aref Salem, a qualifié l'administration Plante de dépensière, s'inquiétant tout particulièrement que celle-ci ait embauché 646 employés supplémentaires au cours de la dernière année.

M. Salem, qui occupe les fonctions de chef par intérim d'Ensemble Montréal depuis le départ de Denis Coderre, aurait préféré que la mairesse prenne exemple son homologue de Québec, Bruno Marchand, qui, dans son dernier budget, a réussi à limiter la hausse de l'impôt municipal à 2,5 % malgré une croissance des dépenses de 7 %.

« J'envie les résidents de Québec. Pourquoi la Ville de Montréal ne peut pas faire la même chose? »

— Une citation de  Aref Salem, chef par intérim d'Ensemble Montréal
Aref Salem en mêlée de presse.

Le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, Aref Salem.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

De son côté, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui réclamait que la hausse des impôts municipaux payés par les propriétaires d'immeubles non résidentiels soit limitée à 3 %, a salué un bon budget, [élaboré] dans des circonstances difficiles.

Sur Twitter, son président, Michel Leblanc, a notamment rappelé que son organisation était en faveur de la tarification de l'eau pour le secteur commercial basée sur le principe d’utilisateur-payeur.

L'Institut de développement urbain du Québec (IDU), qui représente les intérêts des promoteurs immobiliers, a pour sa part estimé que la hausse des charges fiscales résidentielles de 4,1 % était trop forte et a déploré que Montréal continue d'imposer un surpoids fiscal au secteur non résidentiel.

Avec Benoît Chapdelaine et Mathieu Prost

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