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Chine : appel à la « répression » après les manifestations du week-end

Une femme portant un masque et tirant un panier de courses passe dans une rue.

Dans une rue de Pékin, une femme passe devant un centre de tests de dépistage de la COVID-19.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

Agence France-Presse

Le principal organe de sécurité chinois a appelé mardi à la « répression » des « forces hostiles », deux jours après des manifestations contre les restrictions sanitaires et pour plus de libertés, inédites depuis 1989.

La présence policière dans les rues empêchait pour l'instant tout nouveau rassemblement.

C'est dans ce contexte que le président du Conseil européen Charles Michel part mardi soir pour Pékin, où il rencontrera jeudi Xi Jinping.

Il abordera les questions des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entend avoir un dialogue franc avec le président chinois, a assuré un responsable européen.

Londres a par ailleurs convoqué l'ambassadeur de Chine au Royaume-Uni, Zheng Zeguang, après l'interpellation dimanche d'un journaliste de la BBC qui couvrait les manifestations à Shanghai.

La Commission des affaires politiques et juridiques du Parti communiste chinois - qui supervise les forces de l'ordre - a estimé qu'il était nécessaire de réprimer les activités d'infiltration et de sabotage des forces hostiles conformément à la loi, selon le compte rendu d'une réunion, diffusé par l'agence de presse étatique Chine nouvelle.

Cet organisme estime crucial de réprimer résolument conformément à la loi les actions criminelles visant à briser l'ordre social et protéger avec détermination la stabilité sociale.

La Commission nationale de la santé s'est de son côté engagée à accélérer la hausse du taux de vaccination des personnes âgées de plus de 80 ans et à continuer d'augmenter le taux de vaccination des personnes âgées de 60 à 79 ans.

Un agent de santé effectue un test de COVID-19.

En Chine, le déploiement des forces de l'ordre dans les grandes villes a dissuadé les manifestants de se rassembler. Le gouvernement maintient sa politique zéro COVID, mais il met le cap sur la vaccination et assouplit ses mesures sanitaires. Le récit de Lise Villeneuve.

Photo : Getty Images / HECTOR RETAMAL

Trois ans de mesures sanitaires

Le taux insuffisant de vaccination en Chine, particulièrement chez les plus âgés, est l'un des arguments mis en avant par le gouvernement pour défendre sa stricte politique sanitaire, avec confinements à répétition, quarantaines à l'arrivée de l'étranger et tests quasi quotidiens pour la population.

En vigueur depuis bientôt trois ans, cette politique a été la cible de manifestations le week-end dernier dans plusieurs villes, le mouvement de contestation le plus étendu depuis les mobilisations pour la démocratie réprimées dans le sang en 1989.

En toile de fond également, de profondes frustrations vis-à-vis du système politique, comme l'ont montré des slogans scandés par les manifestants, certains ayant exigé que Xi Jinping et le Parti communiste quittent le pouvoir.

L'élément déclencheur : un incendie mortel la semaine dernière à Urumqi, la capitale de la région du Xinjiang (nord-ouest). Les restrictions sanitaires sont accusées d'avoir empêché le travail des secours, des arguments balayés lundi par le gouvernement.

Après un week-end agité, l'important déploiement policier dans les grandes villes chinoises semblait avoir dissuadé mardi les contestataires, selon l'AFP à Pékin et à Shanghai.

 Arrestation d'un manifestant en Chine.

Un homme est arrêté à Shanghai lors d’un rassemblement.

Photo : Getty Images / HECTOR RETAMAL

Déploiement policier, peu de manifestations

Dans la capitale, des journalistes de l'AFP ont vu quelques véhicules de police, mais aucun manifestant au croisement près du village des Jeux asiatiques où une manifestation avait été prévue. Les températures très basses, de moins neuf degrés Celsius, avaient sans doute contribué à décourager tout nouveau rassemblement.

Des participants aux manifestations du week-end à Pékin avaient raconté lundi à l'AFP avoir reçu des appels téléphoniques de policiers s'informant de leurs déplacements.

La frustration à l'égard des mesures draconiennes prises pour lutter contre la COVID-19 restait palpable. La politique [zéro COVID], c'est vraiment trop strict, a confié à l'AFP à Shanghai un passant âgé de 17 ans, qui a souhaité conserver l'anonymat. Elle tue plus de gens que la COVID.

Certains ont toutefois réussi à se réunir mardi soir, notamment à Hong Kong – secoué en 2019 par des manifestations en faveur de la démocratie – où des dizaines de personnes ont rendu hommage, à l'Université chinoise, aux victimes de l'incendie d'Urumqi, a constaté l'AFP.

Dans la ville voisine de Shenzhen, en Chine continentale, des témoins ont dit à l'AFP avoir observé une forte présence policière après des rumeurs sur les réseaux sociaux d'appels à manifester.

Le contrôle strict des autorités sur l'information et les restrictions sanitaires sur les voyages à l'intérieur de la Chine compliquent l'évaluation du nombre total des manifestants pendant le week-end.

Mais un soulèvement aussi étendu est rarissime en Chine, compte tenu de la répression de toute forme d'opposition au gouvernement. Il a immédiatement suscité l'attention de la communauté internationale, le président américain Joe Biden ayant à cet égard dit se tenir informé.

Manifestation en Chine.

Des manifestants tiennent des feuilles de papier blanc pour protester contre les restrictions sanitaires imposées par les autorités chinoises.

Photo : Reuters / THOMAS PETER

Quelques assouplissements

Si Pékin maintient pour l'instant sa stricte politique face à la COVID, quelques gestes d'assouplissement sont apparus ces derniers jours. Ainsi, à Urumqi, la population pouvait à nouveau se déplacer en bus mardi pour faire ses courses, après des semaines de confinement.

La Municipalité de Pékin a pour sa part interdit la pratique consistant à bloquer les portes des bâtiments dans les complexes résidentiels fermés, selon Chine Nouvelle, un procédé qui a alimenté la colère populaire.

Dans cette période de très grande incertitude, le Fonds monétaire international pourrait quant à lui devoir réviser à la baisse ses prévisions sur l'économie chinoise, a indiqué mardi sa directrice Kristalina Georgieva.

Selon elle, deux facteurs sont à l'origine de ce ralentissement de la croissance : les restrictions liées à la COVID et les difficultés du secteur immobilier, frappé par une succession de faillites de promoteurs et des difficultés pour achever les travaux.

Ce qui n'empêchera pas a priori l'arsenal nucléaire chinois d'être en voie de plus que tripler d'ici 2035, a estimé dans un rapport rendu public le même jour le Pentagone.

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