•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les bulletins à deux vitesses peu utilisés au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Des pupitres dans une classe d'école vide.

Plus de 250 intervenants du monde de l’éducation étaient à Shawinigan pour discuter de réussite éducative.

Photo : iStock

Radio-Canada

Le recours aux bulletins à deux vitesses ne touche en général qu’un faible pourcentage d’élèves au primaire et au secondaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il connaît même une légère diminution dans certains cas, depuis les dernières années.

Cette mesure, appelée régime de modification des attentes , permet d’abaisser les exigences dans certaines matières afin d’éviter à un élève en difficultés d’apprentissage de doubler une année scolaire. Ses évaluations sont plutôt adaptées à sa progression.

Cette méthode d'évaluation suscite des inquiétudes chez des parents dans la province, alors que le recours à cette mesure varie grandement d’un centre de services scolaire à l’autre, comme en témoignait un article de La Presse publié plus tôt en novembre.

Un dernier recours à Jonquière

Au Centre de services scolaire De La Jonquière, se tourner vers cette alternative est maintenant une mesure de dernier recours.

On se rendait compte qu’on, peut-être, qu’on fermait des portes à certains de nos élèves en prenant des décisions trop hâtives, a expliqué Yan Bilodeau, directeur adjoint des services éducatifs au CSC De La Jonquière

Cette façon de faire a été mise en place au début des années 2000.

À un moment donné, on s’est dit, c’est pas la solution, le redoublement. Donc, ce qu’ils ont décidé, c’est que lorsqu’un élève avait deux ans de retard dans une discipline, bien on pouvait être appelé à modifier le bulletin pour qu’on se concentre sur sa progression, plutôt que, bien, le fait qu’il est toujours en échec d’une année à l’autre, a souligné de son côté Nicole Monney, professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Une femme pose dans un corridor vitré.

Nicole Monney est professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Photo : Radio-Canada / Myriam Gauthier

Yan Bilodeau apporte aussi des bémols à cette méthode.

C’est de lui permettre de se concentrer sur les réels besoins qu’il y a de se développer comme citoyen, comme humain, parce que si on ajoute toute la charge sociale, les défis que ces jeunes-là peuvent rencontrer quotidiennement, et qu’en plus, nous, on le confronte à l’échec, bien c’est difficile pour lui d’avoir une efficacité personnelle, un sentiment de bien-être associé à l’école, a-t-il poursuivi.

De plus, les bulletins à deux vitesses, qui abaissent les exigences pour certaines matières, peuvent avoir des impacts importants.

Si on a un bulletin adapté, il y a des risques qu’on n’aille pas chercher un diplôme de secondaire cinq, a noté Mme Monney.

Nous, on a une mission première. Oui, ça va être de forger l’avenir de ces jeunes-là, mais également, c’est de diplômer et de qualifier le maximum de nos élèves sur notre territoire, a reconnu M. Bilodeau.

Agir en amont

Le Centre de services scolaire de La Jonquière a plutôt décidé d’agir en amont.

Maintenant, je pense qu’on prend plaisir à être davantage en action plutôt qu’en réaction. Donc, en début d’année, les écoles sont de plus en plus outillées, autant d’un point de vue pédagogique que de ressources professionnelles. Donc, on en a de plus en plus, qu’on parle d’orthophonistes, psychologues, psychoéducateurs, a détaillé le directeur adjoint des services éducatifs.

Un homme pose devant une affiche dans un corridor.

Yan Bilodeau est directeur adjoint des services éducatifs au Centre de services scolaires De La Jonquière.

Photo : Radio-Canada / Myriam Gauthier

Ainsi, depuis quelques années, le pourcentage d’élèves qui ont un bulletin à deux vitesses diminue graduellement dans ce centre de services scolaire.

Aux CSC des Rives-du-Saguenay et du Lac-Saint-Jean, une stabilité est observée pour le pourcentage d’élèves du primaire et du secondaire qui se trouvent sous un régime de modification des attentes.

Dans ces trois centres de services, le pourcentage d'élèves dans cette situation est faible : il varie de quelques dixièmes de points de pourcentage, à quelques pour cent, selon les organisations.

C'est au CSC De La Jonquière que la baisse est la plus importante, en particulier chez les élèves du secondaire, même s'il s'agit d'une légère diminution.

Au Centre de services scolaire du Pays-des-Bleuets, le nombre d'élèves ayant un bulletin à deux vitesses est également peu élevé et demeure semblable aux années qui ont précédé la pandémie. Cette année, 34 élèves du secondaire se trouvent sous un régime de modification des attentes au primaire, tandis qu'ils sont 9 au secondaire.

Par la lecture

Cette bonne performance s’explique par les méthodes employées dans la région, mettant notamment l’emphase sur la lecture.

Les écoles, dans la région, ont travaillé énormément sur ce qu’on appelle des CAP, donc des communautés d’apprentissage professionnelles et le choix des équipes-écoles a été d’abord de travailler sur la lecture. [...] Et ce travail-là, il a été fait depuis cinq, six ans, a indiqué Nicole Monney.

En ce sens, le Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRÉPAS) collabore avec le milieu et a contribué à mettre sur pied plusieurs initiatives pour favoriser la lecture chez les jeunes, dont le projet Lit de camp, qui permet d'offrir des activités littéraires dans de nombreux camps de jour municipaux dans la région.

La lecture, c’est nécessaire à l’apprentissage de la majorité des matières auxquelles les enfants vont faire face durant leur parcours. Donc, qui dit difficulté en lecture, écriture, va probablement engendrer d’autres types de difficultés dans d’autres matières. [...] On travaille avec près d’une centaine de partenaires hors scolaires, mais on a aussi des partenaires scolaires, mais vraiment pour mobiliser tout le monde et sensibiliser, a dit pour sa part Mireille Bouchard, professionnelle en intervention au CRÉPAS.

Une pose femme pose assise dans un bureau.

Mireille Bouchard est professionnelle en intervention au Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRÉPAS).

Photo : Radio-Canada / Myriam Gauthier

On travaille ensemble, pour notamment développer, je vous dirais, dans l’ensemble de nos écoles les compétences en lecture, parce qu’on comprend que c’est de loin la matière la plus transversale, a complété Yan Bilodeau.

Il n’y a toutefois pas de recette magique.

C’est le cumul de ces efforts-là qui va faire une différence, a conclu Mireille Bouchard.

Finalement, selon Nicole Monney, la pandémie a aussi amené les enseignants à innover dans leurs pratiques et leurs méthodes d'évaluation, ce qui aurait pu aussi contribuer à soutenir les élèves en difficulté.

D’après un reportage de Myriam Gauthier

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...