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Analyse

Grosse majorité, grosses attentes

Voici un aperçu des défis qui attendent le gouvernement et les partis d’opposition en ce jour de rentrée parlementaire.

François Legault lève les bras en signe de victoire, derrière un lutrin, tandis qu'on voit son épouse Isabelle Brais faire un salut de la main.

François Legault a été réélu avec une position renforcée à l'Assemblée nationale, mais les attentes sont à l'avenant.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Être majoritaire et fort vaut sans doute mieux qu’être minoritaire et faible, mais faire élire 90 députés n’est pas qu’une bénédiction. C’est que grosse majorité rime aussi avec grosses attentes, attentes que le premier ministre n’a rien fait pour modérer.

On connaissait déjà l’aversion de François Legault pour les travaux parlementaires qui s’éternisent ou pour les consultations qui n’en finissent pas, mais le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) est allé un pas plus loin en campagne électorale. Se présentant comme un homme de résultats, il a soutenu que son équipe et lui étaient déjà en possession des clés permettant de résoudre la plupart des problèmes auxquels les Québécois font face.

Le redressement du réseau de la santé constitue sans doute l’exemple le plus éloquent de cette rhétorique. Vantant les talents de gestionnaire de Christian Dubé, François Legault a insisté : son ministre n’aurait pas à tergiverser bien longtemps, puisqu’il avait déjà un plan et les résultats ne tarderaient pas. Le même raisonnement a été repris à propos des difficultés à recruter des enseignants, ou encore du manque de places dans les services de garde.

Or, force est de constater que la situation reste très précaire dans les hôpitaux. Des centaines de milliers de Québécois sont toujours orphelins de médecin de famille, tandis que les urgences demeurent congestionnées. Le gouvernement a mis en place une cellule de crise pour s'attaquer au problème, mais certaines de ses recommandations tardent à être mises en place.

En mettant l’accent sur sa capacité à répondre aux attentes rapidement, le premier ministre a lui-même créé de l’espoir. Il ne faudrait surtout pas, maintenant l’élection passée, désappointer les Québécois ou les faire patienter encore longtemps. De fait, les diagnostics ont déjà été établis dans bien des ministères. Ne reste plus qu’à implanter la feuille de route déjà esquissée.

François Legault a choisi de maintenir en poste plusieurs des ministres qui étaient déjà aux commandes durant son premier mandat. Ce faisant, il les a aussi privés des excuses habituelles voulant qu’il faille d’abord prendre le temps de se familiariser avec ses dossiers avant de prendre quelque décision que ce soit. Évoquer la pandémie ou les 15 ans de gouverne libérale pour justifier d'éventuels retards serait aussi bien malvenu.

Au chapitre des relations avec le gouvernement fédéral, François Legault a fait valoir qu'une forte majorité parlementaire lui donnerait les leviers nécessaires pour mieux négocier avec Justin Trudeau. S’il a en effet obtenu cette forte majorité, la preuve reste à faire qu’elle lui permettra d’atteindre ses objectifs. Le voir ouvert à accepter de nouvelles conditions pour obtenir des transferts en santé plus généreux nous donne déjà un aperçu de son réel pouvoir de négociation.

À chacun ses défis

Chacun des partis d’opposition fait aussi face à ses propres défis. Blessé et meurtri par deux élections consécutives aux résultats désastreux, le Parti libéral du Québec (PLQ) se retrouve sans chef. Les tensions qui tiraillaient son caucus à l’abri des regards depuis des mois, voire des années, s'expriment maintenant au grand jour. Rester concentré sur le travail parlementaire, tout en s’occupant des affaires internes, ne sera pas une mince tâche.

Marc Tanguay envoie la main, au salon Rouge.

Le chef par intérim du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, aura fort à faire pour restaurer la cohésion au sein de son caucus.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Encore sonnés par les résultats des dernières élections, les députés de Québec solidaire (QS) ont amorcé un repositionnement lors de leur caucus de la rentrée, la semaine dernière. La priorité sera donnée à la hausse du coût de la vie et à ses conséquences pour les Québécois à faible revenu plutôt qu’à la lutte contre les changements climatiques.

Malgré une bonne campagne, le parti n’est pas parvenu à élargir son bassin d’électeurs et une révision de la stratégie s’imposait. Il reste à voir ce que les militants penseront de ce virage.

Si le refus de ses députés de porter allégeance au roi Charles III a permis au Parti québécois (PQ) de faire parler de lui au cours des dernières semaines, la formation politique voudra sans doute remettre la critique du gouvernement à l’avant-plan de ses prochaines interventions. Elle devra aussi apprendre à composer avec les contraintes que lui impose l’entente sur la répartition des ressources intervenue entre les différents groupes parlementaires.

Avec deux questions par semaine, Paul St-Pierre Plamondon a intérêt à bien en choisir les thèmes. Ce nombre semble bien sûr dérisoire, mais il suffit parfois de poser les bonnes questions pour être propulsé au centre du débat.

Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ), il devra essentiellement se battre pour exister. Éric Duhaime a réitéré en point de presse cette fin de semaine sa liste de demandes envers les parlementaires, mais les dernières négociations sur la reconnaissance du Parti québécois ne doivent pas lui avoir laissé beaucoup d’espoir. C’est que les décisions de l’Assemblée nationale restent ancrées dans la tradition et les précédents.

Une session vite fait, bien fait

Dans tous les cas, la période de travaux parlementaires qui s’amorce sera très courte puisque les députés siégeront pendant huit jours à peine. Le gouvernement se consacrera essentiellement à l’adoption des mesures contenues dans son plan anti-inflation. Le premier ministre aura l’occasion de préciser sa vision pour la suite des choses dans son discours d’ouverture qu’il prononcera mercredi, mais ce n’est qu’à l’hiver que le deuxième mandat de la CAQ prendra véritablement son envol.

Qu’à cela ne tienne, les Québécois seront nombreux d’ici là à guetter les premiers signes des résultats promis.

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