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L’Université Laurentienne termine sa restructuration deux jours plus tôt que prévu

Cet établissement d'éducation postsecondaire s'était placé à l'abri de ses créanciers en février 2021.

L'Université Laurentienne.

L'Université Laurentienne devait se libérer de la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies le 30 novembre 2022. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Chris St-Pierre

L'Université Laurentienne annonce deux jours plus tôt que prévu qu'elle a conclu sa restructuration financière et qu'elle n'est plus tenue de se placer à l'abri de ses créanciers en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Bien qu’il reste beaucoup de travail ardu à accomplir et des plaies à guérir, nous émergeons plus robustes aujourd'hui grâce à des protections qui nous assurent un avenir durable plus transparent et plus englobant, affirme le président du conseil des gouverneurs, Jeff Bangs, par communiqué.

L'établissement avait jusqu'au 30 novembre pour finaliser sa restructuration et pour se libérer de la protection de la LACC. En septembre, l'Université avait soumis son plan de règlement de sa lourde dette envers ses créanciers.

Ce plan avait été approuvé à 87 % par les créanciers et entériné quelques semaines plus tard.

La restructuration de notre gouvernance, l’amélioration de notre fonctionnement et l’observation des recommandations de la vérificatrice générale nous garderont sur la bonne voie, mais surtout, nous devons nous engager à faire preuve de respect à l’égard de toutes les parties prenantes de l’Université en prenant les décisions clés touchant l’avenir, poursuit-il.

Dans le même communiqué, la rectrice et vice-chancelière intérimaire de la Laurentienne, Tammy Eger, dit qu'elle espère inspirer à nouveau la fierté de la Laurentienne et regagner la confiance [de] nombreux intervenants et de la communauté du Grand Sudbury.

« Nous y parviendrons par nos actions au cours des mois et des années à venir en formulant notre plan stratégique et en poursuivant la transformation organisationnelle. »

— Une citation de  Tammy Eger, rectrice et vice-chancelière intérimaire de l'Université Laurentienne

L'Université se dit prête à entreprendre le processus d'élaboration du prochain plan stratégique et à mettre en œuvre les recommandations touchant le fonctionnement et la gouvernance.

Ce processus comprendra la consultation de plusieurs groupes, y compris les étudiants et leurs parents, le corps professoral, le personnel, les groupes francophones et autochtones, les diplômés, les donateurs, les partenaires syndicaux et gouvernementaux ainsi que la communauté du Grand Sudbury.

Nous avons du travail à faire pour transformer notre établissement, mais le chemin à parcourir est clairement tracé, croit la rectrice.

Réactions mitigées

Le porte-parole des professeurs licenciés pendant la restructuration, David Leadbeater, n’est pas convaincu par le ton de l’Université dans son communiqué.

Il y a un décalage dans leur approche. Il y a une certaine acceptation des recommandations de la vérificatrice générale mais pas de sa culpabilité, croit-il.

Pour sa part, le président de l’Association des professeurs et professeures de l’Université Laurentienne, Fabrice Colin, est déchiré.

D’un côté, il y a le soulagement d’être enfin libérés de ces procédures de la LACC et d’enfin pouvoir aller de l’avant, dit-il.

« Mais bien évidemment, nous n’oublions pas et n’oublierons pas tous les dommages qui ont été causés et toute la peine qui a été infligée. »

— Une citation de  Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et professeures de l’Université Laurentienne

Le président du Syndicat des employés de l’Université Laurentienne, Tom Fenske, dit vouloir faire preuve d’optimisme prudent.

Tom Fenske debout devant les bâtiments de l'Université Laurentienne.

Tom Fenske est le président du Syndicat des employés de l'Université Laurentienne.

Photo : CBC/Erik White

Il y a beaucoup de gens qui sentent qu’ils peuvent enfin respirer et aller de l’avant, dit-il.

Nous voulons être heureux, mais nous devons redoubler d’efforts pour nous défendre au civil en raison de ces informations qui ne nous ont pas été communiquées, indique M. Fenske.

Deux documents enfin publics

Ces informations auxquelles il fait référence sont deux documents gardés secrets jusqu’à maintenant. Ils étaient protégés par le secret professionnel, mais ils peuvent maintenant être rendus publics puisque la Laurentienne n’est plus protégée par la LACC.

Plusieurs syndicats ont tenté d’y accéder, mais sans succès. L’établissement craignait que leur publication nuise à la médiation avec eux.

Dans ces lettres qui datent des 21 et 25 janvier 2021, on trouve des communications entre le ministère ontarien des Collèges et des Universités et l’ancien recteur Robert Haché.

M. Haché avait notamment demandé 100 millions de dollars en financement de la province, ce que le gouvernement a refusé de verser, afin de couvrir des indemnités si l’Université devait mettre à pied une centaine de professeurs à temps plein hors des procédures de la LACC.

Cependant, il a conclu que même si l’Ontario avait accepté d'offrir cet argent, ce [n'aurait] pas [été] suffisant pour régler tous les problèmes financiers auxquels [faisait] face l’Université si elle [avait dû] se restructurer hors de la LACC.

C’est inquiétant que ces documents soient demeurés secrets, affirme M. Fenske.

« C’est dégoûtant. Ces documents mettent en évidence que les gens se protégeaient et tentaient de faire de l’argent. C’était leur priorité plutôt que de penser à notre avenir. »

— Une citation de  Tom Fenske, président du Syndicat des employés de l’Université Laurentienne

Il est choqué qu’une telle chose se soit produite et précise que la province était prête à verser 12 millions de dollars en attendant d'évaluer la situation. Cette contre-offre a finalement été refusée par la Laurentienne.

Ces documents révèlent également que M. Haché songeait à placer la Laurentienne sous la protection de la LACC depuis août 2020.

Un homme est vêtu d'une veste à rayures.

Fabrice Colin est le président de l'Association des professeures et professeurs de l'Université Laurentienne. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Ils mettent en évidence plusieurs aspects de la saga, dont l’inaction de la province, selon M. Colin.

Le gouvernement a pris certaines initiatives, accorde-t-il. Ce qu’on peut déplorer, c’est que ce gouvernement aurait dû connaître depuis plusieurs années les défis financiers auxquels faisait face l’Université et aurait dû être au courant par le truchement de son représentant au Conseil des gouverneurs.

M. Fenske estime que les lettres donnent raison à la vérificatrice générale.

Le manque de surveillance, [de la part] du ministère [des Collèges et Universités], des finances de l’établissement a joué un rôle important dans notre éventuelle insolvabilité, croit-il.

En réaction à ces révélations, ces groupes étudient maintenant les actions juridiques à entreprendre. Depuis quelque temps, ils sont nombreux à réclamer une enquête publique afin de mettre au clair ce qui s’est produit à l’Université Laurentienne.

Avec les informations de Bienvenu Senga

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