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Le train léger a été lancé prématurément « pour des raisons politiques et financières »

Le train léger.

Depuis sa mise en service, le train léger d'Ottawa a connu plusieurs problèmes (archives).

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le rapport final de la Commission d'enquête sur le réseau de train léger sur rail d’Ottawa estime que « les problèmes de fiabilité étaient en partie attribuables au fait que le réseau a été mis en service au public avant d’être prêt, pour des raisons politiques et financières ».

Le rapport du commissaire responsable de l’enquête, le juge William Hourigan, est sans équivoque : le réseau n’était pas fiable lorsqu’il a été mis en service au public, en septembre 2019.

Dans ses réflexions finales, remises à la ministre des Transports de l'Ontario, Caroline Mulroney, mercredi, on peut lire que ce lancement précipité a entraîné une perte de confiance entre les parties et de la part du public. Un phénomène que les déraillements de train, survenus le 8 août et le 19 septembre 2021, ont ensuite « aggravé ».

Première réunion publique de la Commission d'enquête sur le réseau de train léger d'Ottawa, le mercredi 25 mai 2022.

Le juge William Hourigan (archives)

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Le juge a utilisé le terme de flagrantes pour décrire certaines erreurs commises au cours de la construction et des essais de la phase 1 de ce train léger, dont le coût est de 2,1 milliards de dollars. Ces erreurs soulèvent des questions en ce qui a trait à la capacité de la Ville à superviser des projets d’infrastructures de cette envergure.

Le juge Hourigan a reconnu que les problèmes n’étaient pas tous prévisibles. Mais selon lui, si les parties avaient mieux collaboré, tout en faisant preuve de leadership, cela aurait permis de mieux cerner ces problèmes, de mieux les anticiper et de mieux y répondre.

« En fin de compte, les problèmes survenus dans le cadre du projet sont la conséquence de multiples facteurs, notamment le recours à de nouveaux véhicules et à de nouvelles relations, le manque d’intégration, la décision de mettre le réseau en service de façon précipitée, un investissement insuffisant dans l’entretien et plusieurs autres facteurs, dont certains échappaient au contrôle des parties. »

— Une citation de  Extrait du rapport final de la Commission d'enquête sur le réseau de train léger sur rail d’Ottawa

Le rapport, de plus de 730 pages, met également de l’avant la façon dont la Ville d’Ottawa, les constructeurs du train léger et le Groupe de transport Rideau (GTR) ont réagi devant la succession de déboires. Ceux-ci ont, selon le juge, adopté une vision étroite et rigide de leurs responsabilités l’une envers l’autre et envers le public.

Le commissaire a cependant soulevé le fait que les relations entre la Ville et le consortium privé se sont améliorées, mais ils doivent en faire davantage pour s’assurer que l’intérêt public est au cœur de tout ce qu’ils font.

Par l’entremise d’une déclaration écrite, la ministre des Transports, Caroline Mulroney, a mentionné qu’elle allait examiner attentivement [le rapport] dans les prochains jours, rappelant qu’il était essentiel à ses yeux que les citoyens misent sur un bon service.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de l'Ontario n'a pas non plus tardé à réagir. Dans une déclaration écrite, les députés Joel Harden et Chandra Pasma s'en sont pris au modèle des partenariats public-privé. Ils voient dans ce type de projet un « manque flagrant de transparence, des intérêts divergents entre les partenaires et un contrôle moindre de la Ville sur les grands projets ».

Faits saillants de la Commission :

La majorité des têtes d’affiche de la Ville d’Ottawa qui étaient en poste le jour du lancement du train léger ne sont plus en poste aujourd’hui. Jim Watson a annoncé, en décembre 2021, qu’il ne se représentait pas aux élections municipales du 24 octobre dernier.

En début de semaine, le directeur général de la Ville d’Ottawa, Steve Kanellakos, a annoncé qu'il quittait son poste avec effet immédiat, après 38 années au service de la Municipalité.

Caroline Mulroney et Jim Watson de part et d'autre d'une plaque commémorant l'ouverture du train léger d'Ottawa.

Caroline Mulroney et Jim Watson ont participé ensemble au lancement du train léger d'Ottawa le 14 septembre 2019 (archives).

Photo : Radio-Canada

Une communication déficiente

Le rapport de la Commission fait également état de beaucoup d’épisodes de manque de communication entre les deux parties. Il est, selon le juge, inadmissible que le GTR et son principal sous-traitant aient sciemment donné à la Ville des renseignements inexacts sur le moment où ils termineraient la construction du train léger.

Ces dirigeants ne semblent pas se soucier du fait que la diffusion de ces fausses informations a eu un impact négatif sur la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes.

En revanche, le juge Hourigan peine à comprendre pourquoi le conseil municipal de l’époque n’a pas été mis au parfum de l’abaissement des critères de mise à l’essai, chose qui a permis au train léger de réussir la phase finale de son essai.

La simple idée que [l’ancien directeur général d’OC Transpo, John] Manconi et [Steve] Kanellakos puissent s’engager à ne pas divulguer des informations essentielles pour permettre aux conseillers de remplir leurs obligations en vertu de la loi n’a pas de sens et témoigne d’une tentative évidente de légitimer la dissimulation injustifiée d’informations de manière rétroactive et malhonnête, peut-on lire dans le rapport final qui écorche également Jim Watson.

« Cette constatation a aussi une portée plus large pour les autres projets entrepris par la Ville. »

— Une citation de  Extrait du rapport final de la Commission d'enquête sur le réseau de train léger sur rail d’Ottawa

Ces deux violations flagrantes ont miné la confiance du public, dit-il.

Une centaine de recommandations

Le juge William Hourigan a formulé 103 recommandations pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise. Il a suggéré qu’un expert indépendant soit responsable d’informer le conseil municipal et la Commission de transport en commun des mesures correctives en cours.

Il recommande également d’éviter de fixer des budgets trop tôt et demande de faire preuve de souplesse à mesure que les estimations de coûts évoluent pendant la planification.

Les participants, qu’ils soient publics ou privés, ne doivent jamais oublier que l’infrastructure ne leur appartient pas, mais qu’elle appartient à la population, à qui on doit rendre des comptes.

Gros plan sur des dommages du déraillement.

Le train léger a déraillé le 19 septembre 2021 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Parmi les autres suggestions, il est question d’établir dès le départ une ligne directrice claire, en plus de préciser les actions à entreprendre devant de potentiels problèmes. Par exemple, le juge recommande de prioriser l’intégration des systèmes, d’établir les exigences en matière de sécurité et d’embaucher un vérificateur de la sécurité indépendant.

Finalement, avant d’ouvrir les portes d’un tel projet d’infrastructure si important, l’ensemble du réseau devrait faire l’objet d’essais approfondis dans des conditions conçues pour refléter celles du service public.

Un rapport bien accueilli

En conférence de presse mercredi après-midi, le maire d'Ottawa Mark Sutcliffe a insisté sur l'importance de la transparence et dit avoir confié à son équipe le mandat d'implanter les recommandations du juge Hourigan.

Si on améliore le système de train léger, la confiance des résidents d'Ottawa va revenir, a-t-il déclaré en français.

Pour sa part, l'ex-conseiller de Rideau-Vanier Mathieu Fleury a souligné l'exhaustivité du rapport de la commission d'enquête. Selon lui, « on aurait dû attendre » avant de mettre le train en service, a-t-il ajouté.

Le train n'était pas prêt, il y avait des systèmes qui n'étaient pas en place. [...] C'est une analyse qui est profonde, qui est importante, qui est difficile, a fait valoir M. Fleury.

Laura Shantz, membre du groupe Usagers du transport en commun d'Ottawa, se réjouit de constater le sérieux de l'équipe de la Commission d'enquête. « Je suis contente de voir qu'il y a enfin des réponses à nos questions habituelles », souligne-t-elle en entrevue. Elle souhaite voir plus de « transparence » dans la gestion des futures phases du projet.

Par ailleurs, Mme Shantz a tenu à commenter la démission récente du directeur général de la Ville, Steve Kanellakos. De voir qu'il ait délibérément induit le conseil municipal en erreur, c'est quelque chose de très important, conclut l'activiste.

Avec les informations de Nelly Alberola, Patrick Foucault, Marie-Jeanne Dubreuil, Charles Lalande et CBC News

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