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Une Première Nation forcée d’importer de l’électricité des États-Unis à fort prix

Quelques bâtiments sur une île.

La communauté de l'île Windigo fait partie de la Première Nation Animakee Wa Zhing 37.

Photo : CBC / Marc Doucette

Radio-Canada

Deux communautés autochtones établies sur une île du lac des Bois, dans le Nord de l’Ontario, doivent importer de l'électricité des États-Unis pour alimenter leurs bâtiments et payent ainsi des tarifs d'électricité parmi les plus élevés en Ontario.

Les communautés autochtones de l'île Windigo et d'Angle Inlet, toutes deux accessibles uniquement par bateau ou par route de glace, n’ont pas accès au réseau électrique ontarien ou manitobain, même si plusieurs barrages hydroélectriques se trouvent sur la rivière Winnipeg, un affluent du lac des Bois.

Elles sont donc forcées d’importer leur électricité à fort prix à partir du Minnesota, l'État américain voisin.

Alors que le mercure continue de baisser, Harvey Powassin, qui habite sur l'île, se prépare au retour de l'hiver et aux factures d'électricité élevées.

Il sort ses factures d'électricité de l'année dernière. En janvier, elle s'était élevée à 664 $US. En février, ça avait grimpé à 987 $US.

J'essaie de faire attention, mais il n'y a pas grand-chose qu’on puisse faire en hiver, parce qu'il faut garder la maison chaude pour éviter que les tuyaux d'eau gèlent et éclatent, indique-t-il.

Même si le gouvernement de l'Ontario subventionne les coûts d’électricité pour les résidents en province afin de réduire leurs factures, les résidents de l’île, qui font partie de la Première Nation d’Animakee Wa Zhing 37, n’ont pas accès à ces subventions puisqu’ils ne sont pas reliés au réseau électrique provincial, un préalable, selon le ministère de l'Énergie de l'Ontario.

L’aide ne pourrait pas non plus venir du Manitoba pour réduire les factures d’électricité puisque la province a émis une directive à Manitoba Hydro qui empêche cette société de conclure des accords avec les communautés autochtones.

Nous ne voulons pas voir les gens partir

La Première Nation d’Animakee Wa Zhing 37 se retrouve donc à payer les factures d’électricité pour ses bâtiments et pour quelques résidences. La facture s’élève déjà à 120 571,30 $US pour 2022, selon la cheffe Linda McVicar.

Cela représente plus de 154 600 $CA.

Chaque mois, nous perdons de l'argent que nous pourrions utiliser pour le développement économique, pour le logement ou pour les infrastructures, déplore-t-elle.

Le fournisseur d'électricité du Minnesota leur facture un taux fixe de 0,138 $US par kilowattheure, ce qui équivaut à environ 0,185 $CA par kilowattheure, selon le taux de change moyen de ces deux devises en novembre.

Bien qu'il soit difficile de comparer les prix de l'électricité au Canada en raison des sources d'énergie et des méthodes de facturation différentes, ce tarif est supérieur au tarif de pointe actuel de 0,151 $CA par kilowattheure qui est fixé par la Commission de l'énergie de l'Ontario.

Nous avons un plan de 20 ans pour la croissance. Il s'agit maintenant de savoir comment nous allons le réaliser avec ces coûts, affirme Mme McVicar.

Nous avons atteint le point critique : je pense qu'il va être très difficile de pouvoir rester ici. Nous ne voulons pas voir les gens partir, ajoute-t-elle.

Services aux Autochtones Canada et le ministère de l'Énergie de l'Ontario disent avoir organisé des réunions avec Mme McVicar et se sont engagés à aider la communauté Animakee Wa Zhing 37, mais ils n'ont proposé ni solutions, ni financement, ni échéancier pour répondre aux préoccupations de cette Première Nation.

Aucun des deux gouvernements n'a dit qu'il offrirait des subventions pour aider temporairement cette Première Nation à payer ses factures d'électricité.

Des prix élevés pour une alimentation en électricité peu fiable

Vanessa Powassin, ancienne cheffe de cette Première Nation, ne peut pas s'imaginer quitter un jour l'île Windigo.

Si la Première Nation parvient à payer son électricité, le problème n'est pas seulement une question de prix. Il y a aussi la fiabilité, un problème clé pour Mme Powassin, qui vient de commencer un traitement de dialyse qui doit lui sauver la vie.

Vanessa Powassin avec une machine à dialyse.

Vanessa Powassin a besoin d'une alimentation en électricité fiable pour faire fonctionner son appareil à dialyse.

Photo : CBC / Marc Doucette

Mme Powassin utilise sa machine de traitement de dialyse pendant plus de trois heures trois fois par semaine. Si le courant est coupé, elle n'a que 20 minutes d'autonomie avant que la batterie de l'appareil ne soit déchargée.

Selon elle, au cours des trois premières semaines de son traitement de dialyse, il y a eu deux pannes complètes.

Elle affirme qu’au cours d'une période particulièrement venteuse cet automne, le courant a fluctué si fréquemment que son infirmière lui a conseillé d'attendre qu'il se stabilise, ce qui a pris quatre jours.

Cela me donne beaucoup d'anxiété, notamment lorsqu'il y a des coupures de courant. J'ai peur de ne pas pouvoir suivre mon traitement cette semaine-là, déplore-t-elle.

Compte tenu du coût de l'électricité, accentué par le chauffage entièrement électrique de sa maison, par son appareil de dialyse et par l'absence de subventions ontariennes, Mme Powassin dit qu'elle ne sait pas si elle pourra rester sur l'île.

Je n'aurai probablement plus les moyens de vivre ici. Je devrais choisir entre, d'une part, la nourriture et le transport pour aller l'acheter et, d'autre part, l'électricité, dit-elle.

Pas d’entente avec Hydro One

Mme McVicar affirme qu'elle veut améliorer les choses pour les résidents de l'île Windigo, notamment en ajoutant une nouvelle usine de traitement des eaux, un centre culturel et de nouveaux logements.

Cependant, ces améliorations s'accompagnent d'une augmentation des coûts d’énergie.

La Première Nation a récemment exploré différentes options pour s'approvisionner avec de l'électricité moins chère sur l'île, y compris plusieurs conversations avec Hydro One, le plus grand fournisseur d'électricité en Ontario.

Linda McVicar près d'une maison.

Linda McVicar est la cheffe de la Première Nation Animakee Wa Zhing 37, qui inclut la communauté de l'île Windigo.

Photo :  (CBC) / Marc Doucette

Hydro One a fait quelques suggestions, y compris le raccordement de l'île au réseau ontarien en immergeant les lignes de transmission, et ce, à un coût estimé entre 5 et 10 millions de dollars, a déclaré la cheffe.

La conversation a en quelque sorte pris fin, car il s'agit d'un coût élevé, et nous n'avons pas pu nous entendre pour déterminer qui le paierait, affirme Mme McVicar.

L’accès à de l'électricité à un prix abordable devrait être un droit fondamental, dit Mme McVicar, et les gouvernements doivent selon elle intervenir et apporter leur aide.

Nous sommes à l'aube de la réconciliation et de la reconnaissance du fait que les Premières Nations méritent toutes les possibilités de développement économique que les colons ont eues au fil des générations, déclare Mme McVicar.

Pour que nous soyons en mesure de croître et de nous maintenir, nous devons avoir de l'électricité à prix abordable, sinon nous allons tout simplement rester dans le statu quo et stagner, affirme-t-elle.

D'après les informations de Logan Turner, CBC

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