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En Chine, les autorités tentent d’endiguer le mouvement de colère

Un policier est entouré de manifestants.

Des gens brandissent des feuilles de papier pour protester contre les restrictions sur le continent en raison de la COVID-19 pendant que la police établit un cordon de sécurité lors d'une veillée à Hong Kong le 28 novembre 2022.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Agence France-Presse

Les autorités chinoises tentaient lundi d'enrayer le mouvement de colère contre les restrictions sanitaires et en faveur de plus de libertés, des manifestations d'une ampleur historique et soutenues à l'étranger, notamment par les Nations unies.

Par son étendue, la mobilisation évoque les rassemblements prodémocratie de 1989, durement réprimés. Elle est le point d'orgue d'une grogne populaire qui couve depuis des mois en Chine, un des derniers pays au monde à appliquer une stricte politique zéro COVID.

À l'étranger, ces manifestations ont reçu des marques de soutien, notamment du président des États-Unis, Joe Biden. La Maison-Blanche soutient le droit à manifester de manière pacifique, a déclaré M. Biden lors d'un échange avec la presse en faisant valoir qu'il s'assure d'être informé de ce qui se passe de près.

Plus tôt, un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Jeremy Laurence, avait appelé les autorités à répondre aux manifestations conformément aux lois et aux normes internationales relatives aux droits de la personne.

À Washington, John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, un organe rattaché au président américain, ne s'est pas prononcé sur le fond de ces revendications : Ces manifestants parlent pour eux-mêmes, a-t-il affirmé avant de signifier la volonté américaine de garder ouverts les canaux de communication avec les autorités chinoises.

Le département d'État, de son côté, a souligné que cela fait longtemps que nous disons que tout le monde a le droit de manifester pacifiquement, ici aux États-Unis et partout dans le monde. Cela inclut la Chine, a-t-il précisé dans un communiqué.

Même tonalité en Allemagne, où le président a dit espérer que les autorités en Chine respecteront le droit à la liberté d'expression et de manifestation. Je comprends que les gens expriment leur impatience et leurs griefs dans les rues, a dit estimer dans un entretien au média Deutsche Welle Frank-Walter Steinmeier, une autorité morale dans son pays.

Dimanche, une foule de manifestants qui répondaient à des appels sur les réseaux sociaux était descendue dans la rue, notamment à Pékin, à Shanghai et à Wuhan, prenant les forces de l'ordre au dépourvu.

Parmi les slogans scandés à l'unisson : Pas de tests COVID, on a faim!, Xi Jinping, démissionne! PCC [Parti communiste chinois, NDLR], retire-toi! ou Non aux confinements, nous voulons la liberté.

L'incendie mortel survenu à Urumqi, capitale de la province du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays, a catalysé la colère de nombreux Chinois pour qui les restrictions sanitaires ont entravé les secours.

Elles ont finalement été assouplies dans cette ville où, dès mardi, les habitants pourront se déplacer en bus pour faire leurs courses.

La colère des manifestants chinois est d'une ampleur qui n'a pas été vue depuis des années. Ils n'en peuvent plus de la stratégie « zéro COVID » du gouvernement de Xi Jinping. Reportage de Sébastien Desrosiers.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé des forces aux motivations cachées d'établir un lien entre cet incendie et la réponse locale à la COVID-19, selon son porte-parole, Zhao Lijian. Sous la direction du Parti communiste chinois et [avec] le soutien du peuple chinois, notre combat contre la COVID-19 sera une réussite, a-t-il clamé.

Cependant, les manifestations ont aussi fait émerger des demandes pour davantage de libertés politiques et pour le départ du président Xi Jinping, à peine reconduit pour un troisième mandat inédit.

Lundi matin, une présence policière était visible à Pékin et à Shanghai près des lieux de rassemblement de la veille, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Un membre du personnel de la santé effectue un test de COVID-19.

Un membre du personnel de la santé effectue un test de COVID-19 sur une femme dans le quartier de Jing'an à Shanghai.

Photo : Getty Images / HECTOR RETAMAL

À Pékin, des manifestants ont été interrogés par la police par téléphone après avoir assisté à des rassemblements, a déclaré l'un d'eux à l'AFP lundi.

À Shanghai, une des rues occupées était désormais entourée de palissades pour empêcher tout nouveau rassemblement. Dans la journée, trois personnes ont été arrêtées près de la rue Urumqi, où avait eu lieu une manifestation dimanche.

Des heurts avaient opposé forces de l'ordre et manifestants dimanche. Un journaliste de la BBC en Chine a été arrêté et frappé par la police à Shanghai, selon ce média.

La plus grande alliance de médias de service public dans le monde, l'Union européenne de Radio-Télévision (UER), a condamné lundi avec la plus grande fermeté les intimidations et les agressions intolérables dont sont victimes les journalistes et les équipes de production des membres de l'UER en Chine.

Wuhan a été le théâtre de manifestations contre les restrictions drastiques imposées à la population chinoise dans le cadre de la politique de « zéro COVID-19 » imposée par les autorités. Un mouvement de protestation qui s’est étendu en Chine et dans d'autres pays, comme l'explique Samuel Rancourt.

À Pékin, une manifestation prévue lundi en fin de journée a été découragée par la forte présence policière. Des véhicules de police étaient alignés le long de la route menant au pont Sitong.

Dans ce secteur désormais patrouillé par la police, une jeune femme d'une vingtaine d'années, venue faire son jogging, a confié lundi à l'AFP avoir suivi le rassemblement de la veille par l'entremise des réseaux sociaux.

Cela a envoyé le signal que les gens en ont marre de ces restrictions excessives, a fait valoir la jeune femme sous couvert d'anonymat.

À Hong Kong, territoire secoué par des manifestations prodémocratie en 2019, des dizaines de personnes se sont réunies lundi à l'Université chinoise en signe de solidarité avec les manifestants et en hommage aux victimes de l'incendie à Urumqi, a constaté l'AFP.

D'autres ont déployé des banderoles et brandi des fleurs dans le quartier Central, cœur financier de la ville.

Sur les réseaux sociaux chinois, toute information concernant ces manifestations semblait avoir été effacée lundi.

Sur la plateforme Weibo, sorte de Twitter chinois, les recherches Rivière Liangma et rue Urumqi ne donnaient aucun résultat lié à la mobilisation.

Contrôle de l'information et restrictions sanitaires

Le contrôle strict des autorités chinoises sur l'information et les restrictions sanitaires sur les voyages à l'intérieur du pays compliquent la vérification du nombre total de manifestants durant le week-end.

Toutefois, un soulèvement aussi étendu est rarissime en Chine compte tenu de la répression contre toute forme d'opposition au gouvernement.

Des manifestations ont également eu lieu à Canton, à Chengdu et à Wuhan, une ville du centre du pays où avait été détecté le premier cas de COVID-19 au monde il y aura bientôt trois ans.

Des personnes brandissent des téléphones cellulaires.

Des manifestants brandissent leurs téléphones cellulaires en guise de protestation contre les mesures sanitaires imposées par la Chine.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

Le Quotidien du peuple a publié lundi un texte mettant en garde contre la paralysie et la lassitude face à la politique zéro COVID sans appeler à y mettre fin.

Les gens ont maintenant atteint un point d'ébullition, car il n'y a pas de direction claire sur la voie à suivre pour mettre fin à la politique "zéro COVID", explique Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l'Université nationale de Singapour. Le Parti a sous-estimé la colère de la population, ajoute-t-il.

Les manifestations ont inquiété les investisseurs. Et les bourses asiatiques ont ouvert en nette baisse lundi.

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