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Les banques alimentaires sur la corde raide en Ontario

Une bénévole emballe un paquet de denrées alimentaires dans un entrepôt.

L'organisme Feed Ontario recense une croissance marquée du recours aux banques alimentaires depuis six ans.

Photo : Reuters / Julie Gordon

Radio-Canada

Feed Ontario, un organisme composé de 1200 banques alimentaires partenaires, a publié lundi son plus récent rapport sur la faim, et il ne mâche pas ses mots sur les besoins croissants dans cette province.

Entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022, plus de 587 000 personnes en Ontario ont accédé à une banque alimentaire, avec plus de 4,3 millions de visites.

Il s'agit d'une augmentation de 15 % et de 42 % respectivement au cours des deux dernières années et de la sixième année consécutive d'augmentation de l'utilisation des banques alimentaires, indique le rapport.

On espérait initialement que l'augmentation rapide de l'utilisation des banques alimentaires était le résultat d'un ensemble aigu de circonstances liées à la pandémie de COVID-19. Plus de trois ans plus tard, l'utilisation des banques alimentaires n'a fait qu'augmenter.

Crainte que le besoin dépasse l'offre

Le rapport sur la faim note qu'au cours des neuf premiers mois de 2022, le nombre de personnes ayant accès aux banques alimentaires a augmenté de 24 % par rapport à la même période en 2021.

Parmi ceux-ci, une personne sur trois cherchait de l'aide auprès de la banque alimentaire locale pour la première fois.

C'est inquiétant, dit Carolyn Stewart, directrice générale de Feed Ontario, car la hausse des coûts a également un impact sur les dons. Les étagères autrefois remplies pour deux ou trois mois sont maintenant épuisées en deux ou trois semaines.

On craint que la demande ne dépasse la capacité, soutient-elle. Quelle est la suite?

Cette préoccupation est reprise dans le rapport : Bien que les banques alimentaires travaillent fort pour répondre à cette demande croissante, leurs ressources sont limitées et on craint que les besoins ne dépassent la capacité du réseau provincial des banques alimentaires.

Gros plan sur le visage souriant de Carolyn Stewart.

« Nous fermerions volontiers nos portes si le besoin n'était pas là, le besoin ne fait que croître », regrette Carolyn Stewart, directrice générale de Feed Ontario.

Photo : Feed Ontario

Il faut dire que les banques alimentaires ne sont pas censées exister en 2022. Elles ont été lancées au Canada il y a une quarantaine d'années comme une réponse temporaire à la récession des années 1980.

Le fait que non seulement les banques alimentaires sont toujours nécessaires, mais que la demande augmente à un tel rythme est un constat décourageant pour Mme Stewart.

Ça montre qu'il est de plus en plus difficile [...] d'échapper à la pauvreté aujourd'hui qu'il y a 40 ans, résume-t-elle.

Mais en plus de cela, les changements et les désinvestissements que nous avons apportés aux programmes d'aide sociale et au logement, et la qualité de l'emploi d'aujourd'hui rendent de plus en plus inaccessible pour les gens d'avoir une qualité de vie standard ici en Ontario.

Parfois on est à court, c'est déchirant

Plusieurs banques alimentaires rapportent des pénuries récurrentes, comme l'explique June Muir, la directrice générale de UHC Hub of Opportunities, qui supervise 15 banques dans la région de Windsor-Essex.

Les gens font la queue pour ces paniers de nourriture, et ça nous arrive d'être à court et c'est déchirant de voir des gens partir les mains vides, témoigne-t-elle.

Je n'ai jamais vu une telle chose auparavant, alors que nous nous battons en tant que banques alimentaires pour garder de la nourriture sur nos étagères.

Quand travailler ne suffit pas

Le rapport indique qu'il ne suffit plus d'avoir un emploi à temps plein pour payer toutes les factures.

Dan Erwin est avec Partners for Mission à Kingston, qui fonctionne depuis 1984 et fournit des paniers de nourriture. Il assure que les personnes qui ont un emploi se tournent aussi vers eux pour se nourrir.

Nous voyons de nouveaux visages. Ils travaillent. Ils essaient de passer, mais ils n'y arrivent tout simplement pas, dit-il.

Un bénévole montre au journaliste le centre de distribution rempli de denrées mais vide de personnes.

Il existe plus de 1200 banques alimentaires en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

L'inflation a un impact sur tout le monde. Avant 2020 et la COVID-19, il y en avait beaucoup qui luttaient, mais ils s'en sortaient. Et maintenant, quand vous ajoutez quelques années de forte inflation, maintenant ils sont en quelque sorte sous l'eau.

M. Erwin ne sait pas de quoi 2023 sera fait.

J'essaie de trouver une boule de cristal parce que je l'ai pas vu venir. Nous avons fait une très bonne planification des coûts alimentaires grâce aux excellents conseils de Banques alimentaires Canada et Feed Ontario, mais j'ai totalement raté notre demande. Je n'avais jamais prévu que nous serions à 18 % de [fréquentation de] plus à ce stade, affirme-t-il.

Des fissures profondes dans notre fondation économique

Bien que la pandémie et la hausse de l'inflation aient un rôle indéniable dans l'utilisation accrue des banques alimentaires, le Rapport sur la faim de Feed Ontario indique qu'il existe d'autres problèmes de longue date.

Les politiques du gouvernement provincial sont ainsi ciblées, car elles jouent un rôle dans le fait que des milliers d'Ontariens ont besoin d'utiliser les banques alimentaires.

Certains de ces problèmes incluent :

  • Le salaire minimum, qui est de 15,50 $, mais reste nettement inférieur au salaire vital .
  • Les changements apportés par la Loi pour un Ontario ouvert aux affaires qui a annulé les congés de maladie payés pour les gens et éliminé le droit d'un travailleur de refuser un travail de dernière minute ou imprévu à l'horaire.
  • Un soutien financier insuffisant fourni aux personnes qui ont besoin d'Ontario au travail et du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées. Deux personnes sur trois qui utilisent les banques alimentaires sont des bénéficiaires de l'aide sociale, selon le rapport.
  • Le coût élevé du loyer, souvent une dépense fixe et non négociable, signifie que les gens paieront pour le logement et qu'il leur restera peu pour d'autres nécessités, comme la nourriture, indique le rapport. Cela va de pair avec un manque d'investissement dans le logement social, qui a souvent de longues listes d'attente.
  • Les changements du marché du travail en Ontario, y compris l'augmentation de l'emploi précaire et de l'économie à la demande.

Ce qui est le plus préoccupant à propos de ce moment particulier, ce sont les fissures de plus en plus profondes dans notre fondation économique qui rendent plus difficile que jamais pour les ménages à faible revenu de traverser une nouvelle tempête et le potentiel qu'elle laisse des cicatrices durables sur notre province, dit le rapport.

Qu'est-ce qui ne va pas dans notre société?

Le rapport sur la faim décrit quatre domaines nécessitant des améliorations :

  • La qualité des emplois
  • L'assistance sociale
  • Le logement social
  • Placer les personnes au centre de la conception des politiques et des programmes

Nous croyons que le gouvernement est d'accord avec notre vision d'un Ontario libéré de la faim et nous espérons donc qu'il soit curieux d'en savoir plus, reprend Carolyn Stewart.

Nous voulons également que tous les membres de la communauté en apprennent davantage sur l'insécurité alimentaire - pourquoi leurs voisins ont faim et ce qu'ils peuvent faire pour aider à changer les choses, ajoute-t-elle.

Des bénévoles organisent une distribution de denrées alimentaires.

Les banques alimentaires de Toronto ont enregistré 1,66 million de visites entre avril 2021 et mars 2022, contre 1,45 million de visites l'année précédente, selon un rapport publié plus tôt cette année.

Photo : CBC/Sara Jabakhanji

Nous les encourageons à aller parler à leurs représentants locaux, tels que des conseillers municipaux, des maires, des députés [...] et leur faire savoir qu'il s'agit d'un enjeu important.

Allison Hill, des banques alimentaires de Thunder Bay, déclare que dans sa ville, l'organisation qui a vu le jour comme mesure provisoire est devenue une partie du tissu de notre communauté.

Pourquoi, demande-t-elle?

« Qu'est-ce qui ne va pas dans notre société et dans la politique publique qui fait que les banques alimentaires sont non seulement nécessaires, mais en croissance, le besoin augmente chaque année? J'aimerais nous voir fermer nos portes. »

— Une citation de  Allison Hill, présidente du conseil d'administration de la Banque alimentaire de Thunder Bay

Nous ne pourrions pas fonctionner sans le soutien communautaire, que nous apprécions tellement, mais nous espérons vraiment qu'un jour le gouvernement et les politiques publiques et les systèmes feront en sorte que nous ne serons plus nécessaires.

Avec les informations de Kate Bueckert, CBC

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