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Outrés et stupéfaits, des citoyens manifestent à Moncton après un décès à l’urgence

Des gens rassemblés à l'extérieur brandissent des pancartes.

Manifestation le 26 novembre 2022 devant l'Hôpital de Moncton. Les manifestants déplorent la mort d'un homme dans la salle d'urgence de cet hôpital, dans la nuit du 22 au 23 novembre.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Radio-Canada

Des citoyens se sont rassemblés samedi après-midi devant l’Hôpital de Moncton, bouleversés de la mort d’un homme dans la cinquantaine, qui est décédé dans la salle d’urgence dans la nuit de mardi à mercredi.

Le défunt est décrit comme un pilier de la communauté par l’Association musulmane de Moncton, qui avait lancé l’idée de cette manifestation.

Plusieurs des personnes rassemblées connaissaient bien le disparu. Installé à Moncton depuis plus de 20 ans, celui que plusieurs ont appelé le Grand Mohammad était aimé par tout le monde et respecté par tout le monde, a dit Mohammed Tom, rencontré devant l’hôpital.

Presque tous les nouveaux arrivés sur Moncton, qu'ils soient de l'Afrique, qu'ils soient de l'Asie, il était toujours là à nous aider, dit-il. Le défunt a laissé 5 enfants. Actuellement, leur maman est à l'extérieur du pays et les enfants, ils sont à la maison tout de suite.

Entouré de personnes rassemblées à l'extérieur et qui tiennent des affiches, Mohammed Tom pose pour une photo. Il tient une affiche sur laquelle est écrit : « L'espoir à l'urgence, pas le désespoir ».

Mohammed Tom (à l'avant) et d'autres manifestants, samedi devant l'Hôpital de Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Le disparu avait subi une intervention chirurgicale moins de 48 heures avant sa mort. On lui avait dit de se rendre immédiatement à l’urgence s’il ressentait des douleurs sévères pendant sa convalescence. C’est ce qui s’est produit. Mais quelques heures après son arrivée à l’urgence, il s’est effondré dans la salle d’attente.

Personnellement si j'avais su qu'il serait ici jusqu'à ce qu'il tombe, je ne l'aurais même pas amené à l'hôpital, car c'est pas l'hôpital qui va sauver des vies, se décourage Mohammed Tom.

Au moins trois personnes sont mortes à l’urgence en attendant des soins, ces derniers mois au Nouveau-Brunswick. Est-ce qu'on doit patienter jusqu'à ce qu'on décède?, s’offusque Oussama Abbes, lui aussi rencontré devant l’Hôpital de Moncton. Il se demande combien de morts il faudra, encore, pour que les gouvernements soient aussi indignés qu’eux.

« Ça s'appelle l'urgence. Sinon, il faut enlever l'enseigne et mettre un autre nom. »

— Une citation de  Oussama Abbes

Le défunt, qui avait survécu à une greffe de rein, était d’ailleurs inquiet de voir les autres décès aux urgences, Mohammed Tom se souvient d’avoir eu cette conversation avec lui. Même pas deux mois, lui-même vient de subir la même conséquence, se désole-t-il maintenant.

C'est trop. Une urgence, c'est quelque chose qu'on traite immédiatement, poursuit M. Tom. On ne peut pas te garder pendant 9 heures, 10 heures, 11 heures, et puis jusqu'à ce que tu vas mourir. Nous voulons un changement. Nous voulons que le système soit revu.

Younous Bichara pose pour une photo. Il montre la pancarte qu'il tient sur laquelle est écrit « Urgences du Nouveau-Brunswick, code bleu ».

Younous Bichara (à l'avant) et d'autres manifestants, samedi près de l'Hôpital de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Ce que je souhaite, c’est que le système change. Il s’agit de vies, déclare Younous Bichara.

Plusieurs des manifestants rencontrés ont exprimé l’idée que la situation est dysfonctionnelle et que les gens ne savent plus où aller chercher de l’aide. Il n'y a pas d'options. Même si tu évites l'urgence, tu pars à la clinique, on te renvoie à l'urgence. Tu viens à l'urgence, c'est 12 heures , relate M. Bichara. Pour venir à l'urgence, il faut te [libérer], il faut prendre une journée.

« Il s'agit d'une vie. L'urgence, c'est un endroit où on vient pour être sauvé, pas un endroit où on vient pour s'assoir.  »

— Une citation de  Younous Bichara

Pour ces Néo-Canadiens, les troubles du système de santé canadien, un pays développé, rappellent-ils, sont incompréhensibles.

La santé, plus grande déception

Je suis venu étudiant international ici. J'ai aimé ce pays, et là je travaille. Tout est bon! Sauf le système sanitaire. C'est là où on rencontre les plus grandes déceptions. Même chez nous, le système de santé, peut-être que c'est difficile. Mais au moins, on te prend en charge, déplore Younous Bichara, qui est originaire du Tchad.

C’est comme vraiment décevant. Décevant pour un immigrant qui vient et qui voit des choses comme ça au Canada, mentionne Mohammed Tom, citoyen canadien arrivé du Ghana il y a plus de 7 ans. C'est très difficile d'expliquer ça en Afrique.

Oussama Abbes pose pour une photo au milieu d'un groupe de personnes qui brandissent des pancartes.
Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Oussama Abbes, samedi, entouré de manifestants à proximité de l'Hôpital de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Je viens de la Tunisie, dit Oussama Abbes. À ma famille, je leur ai dit que j'ai attendu à l'urgence 7 heures. Ils ne me croient pas. Ils me disent : non, t'es pas au Canada, t’es peut-être dans un autre pays, ou bien tu blagues. Non! Je leur dis : je suis au Canada et c'est ça la réalité. Je dis ça avec, vraiment… mal au coeur.

Visiblement bouleversé par ce décès à l’urgence, M. Tom souligne la mort d’un homme cette semaine dans une toilette devant l’hôtel de ville de Moncton. Il se demande si les gouvernements se préoccupent de tous ces gens. Apparemment, personne ne pense à personne. Surtout quand il s'agit du système de santé ou du développement social, les gens sont laissés à la merci de la nature, dit-il. C’est des êtres humains!

« Où sont-ils quand les personnes crèvent dans la salle d'attente? »

— Une citation de  Mohammed Tom

Oussama Abbes ne connaissait pas personnellement le défunt. Il dit être venu par solidarité, car la situation l’a interpellé.

Des solutions aux problèmes de main-d'oeuvre

Il explique avoir lui-même avoir eu des mésaventures à l’urgence du CHU Dumont après y avoir amené son enfant, après que l’école lui eut téléphoné pour lui dire qu’il s’était blessé à la tête en faisant du sport. By the way, c'est le même système. On est ici devant l'hôpital anglophone, mais c'est la même réalité à l’hôpital français, lance M. Abbes.

Les médecins, ils sont là, croit M. Abbes. Il y a des médecins qui ont conduit des taxis pendant longtemps. Ils ont désespéré, ils ont quitté par la suite, ils sont allés à Montréal, ils sont allés dans d'autres provinces, même dans d'autres pays.

Pourquoi ils ne les recrutent pas? Pourquoi ils ne leur donnent pas la chance d'aider les personnes et les citoyens qui sont en train de mourir maintenant dans nos hôpitaux du Nouveau-Brunswick?, demande-t-il.

M. Abbes dit que ces drames causent de l’inquiétude tant chez les Canadiens d'origine que chez ceux d’adoption. Les gens doutent de leur système de santé, déplore-t-il, et ne savent pas s'ils vont avoir de l'aide.

Triage  approprié , dit le réseau de santé

Cette semaine, le réseau de santé Horizon avait confirmé un décès à l’urgence de l’Hôpital de Moncton.

Un véhicule passant devant l'Hôpital de Moncton.

L'Hôpital de Moncton (archives)

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Selon le Dr Serge Melanson, chef des services cliniques des urgences du réseau de santé Horizon, le triage avait été effectué de façon appropriée, le patient avait été surveillé par le personnel et il avait passé des examens préliminaires. Toutefois, l’urgence débordait, précisait-on.

En juillet, un homme âgé avait été retrouvé mort dans la salle d'attente de l'hôpital Chalmers, à Fredericton. Un mois plus tard, un autre patient en attente de soins était mort à l'urgence de l'Hôpital de Moncton.

D’après le reportage de Pascal Raiche-Nogue

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