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SPVM : le « messie » Dagher entre des attentes élevées et la réalité du terrain

Fady Dagher sourit pendant une discussion.

Le nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal, Fady Dagher

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Radio-Canada

La nomination cette semaine de Fady Dagher à la tête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été globalement saluée. Cependant, les spécialistes consultés par Radio-Canada s'entendent aussi pour dire que le chef de police montréalais arrive dans un contexte difficile et que les formules magiques n'existent pas.

Son retour dans le giron du SPVM après avoir dirigé la police de Longueuil pendant cinq ans est une très bonne nouvelle, selon Alain Babineau, ancien policier de la GRC et responsable des questions de profilage racial pour la Coalition rouge. C’est la bonne personne au bon moment et au bon poste, a-t-il confié lors de l’émission Les faits d’abord sur les ondes d'ICI Première.

« Mais M. Dagher, ce n’est pas le messie. Il ne va pas régler tous les problèmes de la société, tous les problèmes au SPVM ou quoi que ce soit. »

— Une citation de  Alain Babineau, ancien policier de la GRC
Alain Babineau debout derrière des micros.

Alain Babineau (archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Ce spécialiste des affaires policières fait notamment référence aux débats qui agitent la société quant au rôle que doit jouer la police dans un contexte où les trois quarts des interventions policières sont liées à des questions de santé mentale et à des problèmes sociaux.

Sous la gouverne de Fady Dagher, la police de Longueuil a mis en œuvre un projet pilote de police communautaire, appelé RESO (pour Réseau d'entraide sociale et organisationnelle), qui représenterait la police du futur, selon plusieurs. Toutefois, dans un contexte où le nombre de fusillades et de meurtres augmente à Montréal, d'autres affirment, même au sein de la police, que la priorité doit plutôt être donnée à la répression.

Les deux à la fois

Anie Samson, ancienne mairesse de l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel, a travaillé de façon étroite avec Fady Dagher quand celui-ci était commandant du poste de quartier de Saint-Michel, il y a une quinzaine d’années. Fady, quand il a une idée en tête, il va la réaliser [...]. Sa grande force, c'est qu’il n'a pas peur des gens qui sont contre lui. Au contraire, c’est un rassembleur, a confié Mme Samson au micro d’Alain Gravel.

Elle a souligné qu'il est possible d’avoir une police communautaire qui soit à la fois répressive et préventive.

« Les mêmes policiers qui, le matin, jouent au soccer avec les jeunes sont capables dans l’après-midi d’aller arrêter ces mêmes jeunes qui ont commis un délit. »

— Une citation de  Anie Samson, ancienne mairesse d'arrondissement
Une femme en gros plan.

Annie Samson

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Elle a ajouté que ce que [M. Dagher] est arrivé à faire à Longueuil est d'aller encore plus loin pour former nos policiers à comprendre la nouvelle réalité de la société.

Outre le fait que la majeure partie des interventions policières sont liées à des problématiques sociales ou de santé mentale, la question du profilage racial est actuellement sur toutes les lèvres. Notamment depuis que la Cour supérieure a ordonné la fin des interceptions sans motif réel des automobilistes, car cette pratique policière entraînerait une forme de profilage racial. Les conducteurs noirs feraient plus souvent l'objet d'un contrôle.

Pour André Gélinas, un ancien enquêteur au SPVM, ce genre de décision risque d’accentuer la tendance au désengagement policier.

Qu’est-ce que c'est? Le désengagement est une tendance chez les policiers à se retenir d'intervenir par crainte des conséquences. Pour les agents sondés lors d’une étude québécoise, le désengagement, c'est avant tout faire le strict minimum, soit éviter de prendre des risques, éviter les responsabilités et regarder à gauche quand ça se passe à droite.

Il y a toujours la différence entre se croire victime de profilage et l’être vraiment, insiste M. Gélinas, qui évoque le cas de l'ancien boxeur Jean Pascal. Cette semaine, celui-ci avait invoqué le profilage racial pour expliquer son arrestation alors qu’il n’avait pas respecté un feu rouge et refusé de passer un alcootest.

M. Gélinas insiste en évoquant l'affaire Mamadi Camara, cet homme arrêté et accusé à tort après l'agression d'un policier de Montréal l'hiver dernier. Regardez l’histoire Camara : tout le monde a déchiré sa chemise sur la place publique. L’enquête du juge Dionne n’a blâmé personne, il n'y a pas eu de profilage racial là-dedans. Mais ça, ça a fait extrêmement mal aux policiers.

Le risque, selon lui, c’est que les policiers de Montréal imitent leurs collègues de Toronto, où les policiers décident de regarder à gauche quand quelque chose se passe à droite parce qu’ils ont perdu l’appui.

« Fadi, comme chef, va devoir gagner le respect de ses troupes. Il va devoir être un rempart contre l'administration municipale, parce qu’on sait que les relations ne sont pas excellentes. Il va aussi devoir être un rempart contre les groupes de pression qui font flèche de tout bois et qui voient du profilage partout. »

— Une citation de  André Gélinas, ancien policier du SPVM
Un homme en gros plan.

André Gélinas

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Anie Samson est du même avis en ce qui concerne le soutien politique. Il faut continuer d'appuyer nos policiers. Même s’il y a eu des bavures, elles ne sont qu’une minorité, dit-elle.

Elle plaide pour que les politiciens n'agissent qu'en fonction de faits dans de telles circonstances. Souvent, les politiciens réagissent trop rapidement et ça entraîne un désengagement des policiers, indique l'ancienne politicienne, qui croit que Québec et la Ville de Montréal doivent financer les corps de police à la hauteur de leurs attentes.

Si on s’est donné ce sauveur-là à Montréal, il faut lui donner l’équipe qui va avec, insiste-t-elle.

La question de la sécurité publique n’est pas que du ressort des policiers et des politiciens, précise André Gélinas. Les communautés doivent collaborer avec la police, car ce sont les premières victimes des groupes criminalisés. Le respect doit être mutuel et la collaboration aussi, conclut-il.

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