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La dépossession graduelle des terres agricoles en Saskatchewan

Vue aérienne d'un pâturage entouré de champs secs.

Malgré les modifications apportées en 2003, les règlements saskatchewanais restent parmi les plus restrictifs au Canada (archives).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Près de 2 % des terres agricoles en Saskatchewan appartiennent à des investisseurs institutionnels ou privés, un phénomène croissant qui inquiète certains observateurs.

Professeur agrégé au département de sociologie et d’études sociales de l’Université de Regina, André Magnan affirme que l’intérêt pour les terres agricoles en Saskatchewan se fait de plus en plus sentir depuis 15 ans.

Changement des règles en Saskatchewan

Les règlements de la province en matière de possession des terres ont été modifiés il y a près de deux décennies.

Jusqu’en 2003, il fallait vivre en Saskatchewan pour y posséder des terres. De nos jours, tous les Canadiens ainsi que les entreprises canadiennes qui ne sont pas cotées en bourse peuvent y acheter des terres.

Le soleil est caché par la silhouette d'un tracteur.

On compte près de 400 fermes de moins depuis cinq ans en Saskatchewan.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

C’est vraiment depuis ce moment-là que des groupes d’investisseurs ou des individus fortunés ont commencé à acheter des terres en Saskatchewan, affirme André Magnan.

La quantité de terrains qu’ils possèdent n’est pas énorme en matière de pourcentage, mais parfois, ils possèdent des dizaines de milliers d’acres en Saskatchewan, voire davantage.

André Magnan affirme que l’achat de terres agricoles sert à diversifier les portfolios des investisseurs et des entreprises, en plus d’agir comme valeur refuge face à l’inflation.

Avec l’inflation en cours, je m’attends à ce que ce phénomène prenne de l’ampleur, poursuit-il.

Propriétaires tout-puissants

Des engins agricoles sur un champ.

Les observateurs sont inquiets de l'accroissement de la part de marché des investisseurs privés sur les terres agricoles en Saskatchewan.

Photo : Radio-Canada

Malgré les modifications apportées, les règlements saskatchewanais restent parmi les plus restrictifs au Canada. La province accorde certaines exemptions, à la condition que les propriétaires louent à des résidents.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits de la personne, sur la justice sociale et sur la souveraineté alimentaire à l’Université du Manitoba, Annette Desmarais affirme que la location de terres peut poser problème, notamment lorsque les propriétaires ne s’occupent pas du terrain ou lorsqu’ils imposent des restrictions encore plus sévères que celles qui existent actuellement.

Que se passe-t-il si tu t'intéresses à l’agriculture biologique mais que l’investisseur ne s'y intéresse pas? Ton autonomie sera limitée en matière de prise de décisions, explique-t-elle.

Avec 225 000 acres en location, Robert Andjelic est un des plus gros investisseurs en terres agricoles en Saskatchewan.

Selon lui, les prix de ses terrains sont dictés par les locataires lors de ventes aux enchères.

S’il y a dix soumissionnaires, ce sont eux qui déterminent le prix, explique-t-il.

Robert Andjelic affirme que la location permet à des fermiers néophytes d'amorcer une carrière sans les risques associés à la propriété, mais ils doivent prendre soin du territoire.

La terre est notre gagne-pain. Il faut en prendre soin du mieux qu’on peut. On la cultive, on ne la mine pas. S’ils comptent entreprendre des activités de minage, ils ne seront pas mes locataires.

La Saskatchewan compte maintenir le statu quo

Le ministre de l'Agriculture de la Saskatchewan, David Marit.

Le ministre de l’Agriculture de la Saskatchewan, David Marit

Photo : Radio-Canada / Raphaële Frigon

Annette Desmarais avance qu’une réglementation provinciale pourrait freiner cette concentration de la richesse en Saskatchewan.

Si on veut voir davantage de fermes et davantage de jeunes fermiers qui contrôlent le territoire, il faut développer des politiques en ce sens, affirme-t-elle, citant notamment des augmentations de taxes ou des plafonds sur la quantité de terres qu’une organisation peut acheter.

La Saskatchewan n’empruntera pas cette voie, selon le ministre de l’Agriculture de la province, David Marit.

Si quelqu’un se présente et m’offre un montant X pour acheter ma propriété, je devrais être libre de la lui vendre ou non, a-t-il récemment affirmé en entrevue.

Questionné sur l’impact de ces achats de terrains sur les petites communautés, David Marit affirme qu’il s’agit d’une évolution en temps réel.

La communauté d'où je viens a perdu une école il y a quinze ans. Les gens passent à autre chose alors qu’on témoignait d’un changement intergénérationnel en matière d'agriculture. C’est ce qui se passe.

L’impact sur les petites communautés rurales

Ce sont de bons investissements, mais ils se font aux dépens de petits villages, selon André Magnan, qui observe une concentration accrue de la richesse.

Ça vide le paysage, a-t-il affirmé.

Avec moins de résidents impliqués en agriculture, il sera de plus en plus difficile d’offrir des services en matière d’éducation et de santé dans ces municipalités rurales.

Avec les informations de Yasmine Ghania et de Sam Samson

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