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Analyse

La récession qui n’inquiète pas (trop)

Le scénario qui se dessine cette fois-ci est bien différent de ceux des années passées. Et la réponse gouvernementale le sera tout autant.

Le bâtiment qui abrite le ministère des Finances dans le Vieux-Québec.

Si une récession survenait, l’effet sur les revenus du gouvernement québécois devrait être limité.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Jean Charest avait tiré parti de la crise financière et de la crainte d’une récession pour déclencher des élections anticipées en novembre 2008. « On ne peut pas avoir trois paires de mains sur le gouvernail alors qu'il y a une tempête qui s'annonce », avait plaidé le chef libéral, à la tête d’un gouvernement minoritaire à l'époque.

La récession, disait-il, menaçait la prospérité économique du Québec. Il s’était engagé, une fois réélu, à diminuer les impôts des Québécois et à investir massivement dans les infrastructures.

Avant même que la récession ne se confirme, on avait prévu des mesures d’aide pour les entreprises : un milliard de dollars avait été réservé pour consentir des prêts et des garanties de prêt aux entreprises dans le besoin, tandis qu'un autre milliard devait permettre à la Société générale de financement de prendre des participations dans des entreprises québécoises.

Plus récemment, le gouvernement Legault n’a pas hésité, dès les premiers signes de la pandémie, à annoncer qu’il soutiendrait généreusement les particuliers comme les entreprises. L’argent ne serait pas un problème, avait assuré le premier ministre.

Pas cette fois-ci

Il ne faut s’attendre à rien de tel cette année. Pas de grand plan de sauvetage en vue, pas d’investissements massifs à prévoir, du moins pour l’instant. Bien sûr, le scénario est bien différent de celui de la crise de 2008, qui menaçait l’intégrité du système financier. Et nous ne faisons pas face à autant d’inconnues que lors des premiers jours de la pandémie.

À l’instar de nombreux économistes, le ministre des Finances se veut rassurant. Il y a 100 % de probabilité que la croissance va être plus faible en 2023 qu'en 2022 [...] et je pense que c'est ça qui est le plus important, pas de savoir si la croissance va être à plus 0,2 % ou moins 0,2 % dans un trimestre donné, a expliqué Eric Girard en marge d’une annonce sur le bouclier fiscal il y a quelques jours.

Il n’a pas émis le moindre signal de vouloir rehausser les dépenses prévues au Plan québécois des infrastructures, qui a déjà été bonifié ces dernières années. À l'instar de son collègue Pierre Fitzgibbon, il a évoqué une aide ponctuelle pour certains types d’entreprises, sans plus. Il faut dire que le gouverneur de la Banque du Canada a lui-même prévenu les gouvernements qu’il ne faudrait pas en faire trop (Nouvelle fenêtre).

L’engagement du gouvernement, pour l’instant, c’est d’aider les Québécois avec la hausse du coût de la vie. Ce serait prématuré de penser à des gestes pour faire face à une récession qui n’est pas encore avérée, confie une source gouvernementale.

Personne ne parle d’une grosse récession qui dure dans le temps [comme en 2008 ou en 2020], ce n’est pas ça qu’on anticipe, explique, en coulisses, un autre interlocuteur. Dans un contexte de plein emploi, la donne est différente cette année. Avec le taux de chômage qu’on a en ce moment, ce ne sera pas un problème. Pour les entreprises, il y a encore des liquidités dans le système. En 2008, il manquait de liquidités, et là, il y en a trop.

Il y a un scénario où une récession entraîne une baisse du nombre de postes vacants plutôt qu’une hausse du taux de chômage. Mais évidemment, ce n’est pas facile d’être sûrs qu’elle sera légère et courte. Il faut toujours être aux aguets, confirme notre premier interlocuteur.

Selon une autre source, si la récession se concrétise, elle aura des conséquences limitées et peut-être même des effets bénéfiques : Il y a des chaînes d’approvisionnement qui sont brisées, ça va être le temps de les réparer.

Dans un contexte de surchauffe de l’économie et d’inflation, le gouvernement n’entend pas injecter de nouvel argent au-delà de ce qui a déjà été prévu. Il ne faudrait pas faire l’erreur de trop dépenser, explique-t-on.

En plein cœur de la pandémie, alors que le Québec traversait la pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale, les gouvernements québécois et canadien n’avaient pas hésité à allonger les milliards.

Si l’aide était alors la bienvenue, des économistes – et même un ancien gouverneur de la Banque du Canada – se demandent aujourd'hui si les gouvernements occidentaux n’en ont pas trop fait, au point d’être partiellement responsables de l’inflation actuelle.

Pas d’inquiétude pour le trésor public

Sur le plan des finances publiques, on ne semble pas trop s’en faire non plus. Selon le rapport préélectoral validé par la vérificatrice générale, une récession d’ampleur moyenne priverait le gouvernement québécois de revenus de 8,3 milliards en cinq ans, en plus d’entraîner des dépenses additionnelles qui n’ont toutefois pas été chiffrées.

Ce scénario vaut cependant pour une récession qui causerait une contraction du PIB nominal de 2,8 points la première année et de 0,7 point la seconde. Or, le gouvernement semble tabler sur un scénario de récession moins profonde, s'il s'avère.

L’effet sur les revenus du gouvernement québécois devrait donc être limité. Et comme Québec n’entend pas hausser les dépenses de manière substantielle, on peut penser que le déficit demeurera maîtrisé.

Depuis le début de l’année financière 2022-2023, le gouvernement a enregistré un surplus de 1,3 milliard.  (Nouvelle fenêtre)Cela ne tient toutefois pas compte des 3,5 milliards qui seront envoyés aux Québécois sous forme de chèques d’ici la fin de l’année.

Bref, malgré les risques réels de récession, il ne faut pas s’attendre à voir le gouvernement se mobiliser outre-mesure sur ce front et recommencer à dépenser.

Les années passent et l’imminence ou la possibilité d’une récession n'inquiète pas comme cela a déjà été le cas. Du moins, pas pour l'instant.

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