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Des opposants canadiens d’origine iranienne se disent menacés par le régime iranien

« Je ne me sens pas en sécurité au Canada. Je surveille constamment mes arrières », confie l'un des contestataires de la République islamique d'Iran établi à Toronto. La GRC fait la sourde oreille au sujet de ses craintes, dénonce-t-il.

Des manifestantes iraniennes à Toronto avec des pancartes pour les droits des femmes.

Dans les rues de Toronto en octobre, des milliers de personnes ont manifesté leur soutien aux contestataires du régime iranien.

Photo : CBC / Robert Krbavac

Radio-Canada

Des Canadiens d'origine iranienne s'inquiètent de plus en plus d'être menacés, surveillés et même suivis lors de manifestations et devant leur domicile par des membres du régime iranien présents au Canada.

Ils connaissent la vue depuis mon appartement. Ils ont dit que c'était une école. Que j'ai trois chats. Ils connaissaient les amis qui sont venus chez moi, s'est confiée à CBC Maryam Shafipour, une militante iranienne désormais établie au Canada et qui s'exprime contre le régime, malgré le danger que cela représente.

L'année dernière, des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) – une branche des forces iraniennes désignée comme organisation terroriste aux États-Unis – ont utilisé ces informations pour menacer sa famille en Iran et tenter de la faire revenir au pays.

Après ça, j'ai juste coupé mes relations avec tous mes amis parce que j'ai vraiment peur, a expliqué Mme Shafipour, qui avait déjà des précédents avec la justice iranienne.

La militante irano-canadienne Maryam Shafipour.

La militante irano-canadienne Maryam Shafipour a déjà passé deux mois à la prison d'Evin, à Téhéran, pour avoir « diffusé de la propagande contre le système ».

Photo : CBC / Evan Mitsui

D'autres militants interrogés par CBC affirment également qu'ils n'ont reçu aucune aide de la police ou du gouvernement canadien, et qu'ils n'ont pas l'impression que la menace à leur endroit est prise au sérieux.

La semaine dernière, pour la première fois, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a toutefois confirmé qu'il enquêtait sur plusieurs menaces de mort émanant de la République islamique d'Iran.

En 2021, dans un rapport rendu public par le FBI sur les détails d'un complot visant à kidnapper l'activiste irano-américaine Masih Alinejad, des informations ont révélé le projet d'un autre complot pour enlever trois personnes anonymes au Canada.

L'expert en cyberespionnage Bahr Abdul Razzak vérifie le téléphone de l'Iranienne Maryam Shafipour.

Bahr Abdul Razzak, affilié au Citizen Lab, a vérifié le téléphone de Maryam Shafipour pour détecter d'éventuels logiciels espions et confirme qu'il n'a pas été piraté.

Photo : CBC / Turgut Yeter

Espionnage numérique

Craignant que le régime iranien ait piraté son téléphone, Maryam Shafipour a fait appel à des experts du Citizen Lab, un laboratoire de cybersécurité de Toronto qui aide les militants des droits de la personne menacés de cyberespionnage.

Nous savons avec certitude qu'ils [la République islamique d'Iran] disposent de technologies étendues qui leur permettent de pirater les téléphones portables des gens, de savoir où ils sont, avec qui ils communiquent, a déclaré Ron Deibert, directeur du Citizen Lab.

Il n'y a pas que les militants très en vue comme Maryam Shafipour qui se sentent en danger. D'autres, sans profil public, jugent qu'ils ne sont plus en sécurité pour critiquer ouvertement le régime.

Deux personnes ont parlé à CBC sous le couvert de l'anonymat, pour protéger leur sécurité et celle de leur famille en Iran.

Elles disent avoir reçu des appels et des textos menaçants à des numéros de téléphone cellulaire qui étaient censés être privés. Les messages les avertissaient d'arrêter de parler de l'Iran et de publier du contenu sur les médias sociaux.

« J'ai tellement de membres de ma famille qui vivent en Iran et je les aime. Je ne veux pas qu'il leur arrive quoi que ce soit. »

— Une citation de  Destinataire iranienne d'un message de menaces en farsi

Un jeune homme a également reçu une série d'appels téléphoniques de numéros canadiens bloqués et locaux lui demandant pourquoi il avait publié des messages négatifs sur l'Iran sur les médias sociaux – en utilisant des comptes qui étaient privés.

J'étais terrifié et j'ai raccroché, raconte celui qui préfère rester anonyme.

Ces deux témoins ont le sentiment d'avoir été observés lors de manifestations, racontent-ils, des personnes présentes dans la foule ayant pu utiliser leur téléphone pour prendre des photos de leur visage. Ils craignent que ces informations aient ensuite été envoyées au gouvernement iranien et dénoncent l'inaction de la police au Canada, qui refuse de les entendre.

J'ai l'impression que la police, que ce soit à Toronto ou ailleurs au Canada [...] attend que quelqu'un meure et ensuite, elle fera quelque chose, a déclaré l'un d'eux.

Je ne me sens pas en sécurité au Canada

Ardeshir Zarezadeh, un Irano-Canadien qui a déjà passé deux ans en isolement dans une prison iranienne, observe une présence accrue du régime iranien au Canada, ce qui provoque détresse et confusion au sein de sa communauté.

Ils [le régime iranien et ses affiliés] ont des entreprises ici. Des organisations non gouvernementales. Des maisons. Ils sont partout. Et tout le monde le sait, prévient-il.

Ardeshir Zarezadeh, un avocat torontois d’origine iranienne.

Ardeshir Zarezadeh à son cabinet d'avocats, où il s'est déjà retrouvé face à face avec un agent de la République islamique d'Iran connu du FBI.

Photo : CBC / Ousama Farag

M. Zarezadeh raconte qu'il y a quelques années, un membre du régime s'est présenté à son cabinet d'avocats de Toronto après avoir appelé pour prendre rendez-vous à partir d'une cabine téléphonique. Malgré le refus de le recevoir, l'homme s'est présenté en personne.

J'ai rencontré tellement d'agents de renseignement quand j'étais en Iran, assure l'Irano-Canadien qui est aussi directeur du Centre international des droits de l'homme. J'ai été arrêté 12 fois. Beaucoup m'ont interrogé, donc je sais comment ils se comportent, parlent, réagissent.

Il a immédiatement contacté le FBI, qui lui a confirmé que le visiteur était une menace connue et un haut responsable du régime, puis lui a conseillé de rester très prudent.

Ardeshir Zarezadeh assure qu'après avoir appelé la GRC à ce sujet, ses appels sont restés sans suite.

« Je ne me sens pas en sécurité au Canada. Je surveille constamment mes arrières, j'emmène des gens avec moi partout où je vais parce que, qui sait, je pourrais recevoir un coup de couteau dans le dos, d'un jour à l'autre. »

— Une citation de  Ardeshir Zarezadeh, directeur du Centre international des droits de l'homme

Le ministre fédéral de la Sécurité publique n'a pas répondu aux questions de CBC sur l'absence de réponse de la police quant aux craintes soulevées par les Canadiens se sentant menacés par le régime iranien.

D'après les informations d'Angela Hennessy, de Katie Swyers et d'Adrienne Arsenault, de CBC.

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