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En Colombie-Britannique, le gouvernement Eby démarre à toute vitesse

Une fontaine éclairée est installée devant un bâtiment dont les contours sont délimités par des lumières.

Le siège de l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique à Victoria

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Financement pour recruter et pour former des agents de la GRC, mesures destinées à améliorer la sécurité publique, projets de loi pour contrer la crise du logement : depuis son assermentation comme premier ministre, vendredi dernier, David Eby multiplie les annonces. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) en fait-il trop trop vite?

J’ai l’impression qu’il a fait plus d’annonces en une semaine que certains peuvent en faire en un an, affirme l’observateur politique Nicolas Kenny, pour qui la volonté de présenter le nouveau premier ministre comme un homme d’action suscite aussi des questions.

« Est-ce qu'on a laissé s'aggraver certaines situations dans la province au bénéfice politique de David Eby? C'est une question soulevée par l'opposition et par certains commentateurs... Toujours est-il que ce qu'on retient principalement, c'est une espèce d'urgence d'agir. »

— Une citation de  Nicolas Kenny, observateur politique

Tout au long de la semaine, tant les libéraux que les verts ont d’ailleurs eu du mal à se faire entendre en raison de l’abondance des points de presse du nouveau premier ministre, parfois même tard l'après-midi.

Le chef de l’opposition officielle, Kevin Falcon, en est même venu à affubler son opposant de surnoms peu flatteurs comme déviant et M. Compétent, tentant de le dépeindre comme un mauvais gestionnaire en raison d’une crise à la société d’État BC Housing, sous la responsabilité de David Eby quand il était ministre du Logement.

Pour Nicolas Kenny, cette urgence d’agir rappelle le gouvernement néo-démocrate de Dave Barrett dans les années 1970. À l’époque, on avait critiqué le gouvernement d’en faire trop trop vite.

Des annonces rapides, mais à quel prix?

Déjà, des failles se dessinent en ce qui concerne certaines annonces en matière de sécurité publique. En entrevue au quotidien The Globe and Mail cette semaine, l’ex-conseiller du premier ministre Stephen Harper sur les questions de justice, Benjamin Perrin, a vertement critiqué les nouvelles politiques de David Eby pour combattre la criminalité.

Jusqu’ici, la Couronne ne demandait pas la détention provisoire pour les accusés dont les crimes n’étaient pas passibles de peines d’emprisonnement. Le premier ministre a annoncé mettre fin à cette politique dimanche.

Ça revient à dire qu’on devrait mettre les gens en détention provisoire même pour des actes qui n’entraînent pas la prison si ces gens sont reconnus coupables, ce qui pose un gros problème, croit M. Perrin, aujourd'hui professeur de droit à l’Université de la Colombie-Britannique.

Le premier ministre David Eby est debout derrière un lutrin lors d'une conférence de presse à Vancouver.

Le premier ministre David Eby lors de sa conférence de presse consacrée à la sécurité publique à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dib

Dans la province, où un nombre disproportionné de personnes autochtones sont incarcérées, cet avocat craint que ces nouvelles directives n'exacerbent le racisme systémique au sein de l’appareil judiciaire.

Quand on sort [des gens] de la rue, car ils sont en crise – que ce soit parce qu’ils n’ont pas de logement ou parce qu'ils ont des problèmes de drogue ou de santé mentale – et qu'on les met en prison, ça aggrave ces crises, explique Benjamin Perrin.

Ces directives iraient à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. D’autres mesures qui seront présentées à l'Assemblée législative au printemps prochain et qui sont destinées à faciliter la saisie de propriétés d’individus soupçonnés de participer à des activités criminelles sans toutefois avoir été reconnus coupables ou même accusés remettent en question l'idée même de la présomption d’innocence.

Des projets de loi en mode accéléré

À Victoria, les débats en accéléré sur des projets de loi annoncés le matin même ont déplu à l’opposition. Déposés lundi, le Housing Supply Act (Loi sur l'offre de logements) et le Building and Strata Statutes Amendment Act (Loi modifiant diverses lois concernant la construction et la copropriété) ont obtenu la sanction royale en quatre jours à peine.

Je sais que pour certains, ça semble être des joutes politiques, mais c’est extraordinaire, a expliqué Kevin Falcon en entrevue. Nous avons limité les débats par le passé, mais la différence, c’est que nous donnions un préavis sur le projet de loi en question. Déposer des projets de loi une journée et clore le débat le lendemain, c’est sans précédent.

Kevin Falcon, chef du Parti libéral de la Colombie-Britannique.

Le chef de l'opposition officielle Kevin Falcon a attaqué le gouvernement sur la gestion de la société d'État BC Housing.

Photo : Radio-Canada / Chad Hipolito

Tant les libéraux que les verts craignent que des lois aient été adoptées sans qu’on en comprenne bien les répercussions potentielles.

En l’espace d’une semaine, en raison de la crise du logement, 300 000 propriétaires d’appartements en copropriété se sont vus privés de droits qui leur étaient acquis depuis 1964. Le gouvernement croit ainsi pouvoir libérer près de 3000 appartements vacants pour les offrir sur le marché locatif.

Au cours de séances prolongées jusque tard en soirée, plusieurs députés libéraux ont dénoncé à grands cris le peu de temps consacré à débattre de ces deux projets de loi.

La cheffe du Parti vert, Sonia Furstenau, et son député Adam Olsen.

La cheffe du Parti vert de la Colombie-Britannique, Sonia Furstenau, et son député Adam Olsen ont tenté de talonner le gouvernement pour qu'il augmente les prestations aux personnes en situation d'invalidité.

Photo : Radio-Canada / Francis Plourde

Plus discrets, les verts semblent eux aussi dépassés par ce qui s'est produit la dernière semaine, de même que par l’absence de préavis ou de consultation du gouvernement. Ça n’augure rien de bon, a dit la cheffe des verts, Sonia Furstenau, en marge d’une conférence de presse. C’est antidémocratique.

En ce qui concerne la loi sur les copropriétés, nous sommes inondés de messages de gens qui ont toutes sortes d’inquiétudes, déplore Kevin Falcon. Ces inquiétudes portent notamment sur l’arrivée d’investisseurs non occupants qui pourraient prendre le contrôle d’édifices, sur les problèmes potentiels liés au recrutement de bénévoles qui gèrent ces édifices ou encore sur la spéculation immobilière que cette ouverture soudaine pourrait entraîner.

Gérer les crises

L’heure n’est pas au débat, affirment les néo-démocrates. Nous nous attaquons de front à la crise, a répété à plusieurs reprises le procureur général et ministre du Logement Murray Rankin cette semaine.

Ce sentiment d’urgence semble d’ailleurs justifié, explique Nicolas Kenny. David Eby fait face à une série de crises comme on n’a pas l’habitude d'en voir. Tous les gros dossiers sont en crise : le logement, le système de santé, la sécurité publique, l’inflation, le coût de la vie, tout ça!

Le nouveau premier ministre a deux ans pour montrer que ses réformes peuvent porter leurs fruits avant de se présenter devant les électeurs. On parle de problèmes de fond qui ne vont pas se régler du jour au lendemain », ajoute-t-il. « David Eby doit mettre la machine en marche pour montrer, d’ici aux prochaines élections, qu’il y a au moins des progrès. Il n’a pas de temps à perdre.

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