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Une plaidoirie aux accents révisionnistes au procès d’un néo-nazi

L’avocate de Gabriel Sohier Chaput, accusé d’avoir fomenté la haine, a offert une plaidoirie au ton révisionniste de l’Holocauste.

Un homme avec un bouclier dans une manifestation.

Gabriel Sohier Chaput a participé à la manifestation des suprémacistes blancs de Charlottesville, en août 2017.

Photo : Image tirée de YouTube

Les deux parties ont procédé vendredi à leurs plaidoiries finales au sujet d’un article publié en janvier 2017 sur le site d’extrême droite The Daily Stormer, au palais de justice de Montréal. Ce texte, rédigé par Gabriel Sohier Chaput, traite d’affiches antisémites placardées dans un abribus de la Colombie-Britannique. Il inciterait à « la détestation et à la haine des Juifs », selon la Couronne.

L’avocate de la défense, Me Hélène Poussard, est revenue sur un débat amorcé en juillet dernier, à savoir s'il est de notoriété publique que le nazisme a effectivement conduit à l'Holocauste. Elle a plaidé qu’il est possible d’être nazi sans être d’accord avec l’extermination des Juifs.

C’est très réducteur pour moi de dire que ce sont les nazis qui ont tué six millions de Juifs. Ça aurait pris un expert pour l’avancer. Les mots sont importants, a-t-elle entre autre affirmé.

Elle réagissait aux propos du procureur de la Couronne, Me Patrick Lafrenière, qui avait souligné le caractère intrinsèquement antisémite et nazi du texte.

Quand on voit dans l’article du nazisme partout, sans arrêt, il y a un aspect d’encouragement et d’incitation, avait-il dit. Le nazisme, pendant la Seconde Guerre mondiale, est probablement la plus grande démonstration de haine envers les Juifs. Ça va plus loin que des propos offensants et blessants.

L'Holocauste, un fait judiciaire historiquement établi

Lors de son témoignage livré en mars, l’accusé, qui utilise le pseudonyme de Zeiger, avait affirmé que les nazis contemporains sont une création d’Hollywood. Ça n’a pas de base réelle, avait-il avancé. Je n’en ai jamais rencontré. C’est une fantaisie sombre.

Un homme et une femme marchent dans le palais de justice de Montréal.

Gabriel Sohier Chaput, lors de son témoignage au palais de justice de Montréal

Photo : Radio-Canada / Erika Morris

Son avocate a soutenu vendredi que l'accusé n’a jamais dit que les Juifs sont la cause de tous les problèmes de la société. Je ne vois pas comment on peut transposer ça à aujourd'hui.

Le procureur, Me Lafrenière, a plaidé en juillet qu’il est incontestable que les Juifs ont subi les persécutions des nazis. C’est de connaissance judiciaire. Vous n’avez pas besoin de professeur. Ils ont tué six millions de Juifs et les considéraient comme inférieurs et responsables des maux de l’Allemagne et de la société occidentale.

Le procureur a donné vendredi la référence de l’Encyclopedia Britannica, qui rapporte ce fait historique pour appuyer son point.

L’avocate de la défense a aussi remis en cause le nombre de victimes de l’Holocauste. Je considère que le chiffre de six millions n’est pas de connaissance judiciaire, a-t-elle dit. Selon l’historien Jack R. Fischer, on compte entre 4,2 millions et 7 millions de morts pendant l’Holocauste. Omer Bertov dit qu’une des caractéristiques du génocide est qu’on ne connaîtra jamais toutes les victimes. Six millions, c’est un chiffre sanctifié.

Par voie de communiqué, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes a dénoncé les affirmations de Me Poussard, rappelant que la négation ou la minimisation de l'Holocauste est une infraction criminelle au Canada.

L’Holocauste est le génocide le plus soigneusement documenté du monde, indique la vice-présidente Québec du CIJA, Eta Yudin. L’intention génocidaire du régime nazi était claire, et les tribunaux reconnaissent depuis longtemps l’expérience vécue de millions de Juifs et de Juives comme preuve de ce fait historique. [...] Me Poussard devrait veiller à ne pas emprunter le même chemin que son client.

Un torchon

Le juge Manlio Del Negro a qualifié The Daily Stormer de publication qui ne prône pas la paix et l’harmonie. L’avocate de la défense lui a donné raison en décrivant le média comme une espèce de torchon qui rit de n’importe qui.

Néanmoins, la juriste soutient que le texte de Gabriel Sohier Chaput ne peut mener à la détestation et à la haine des Juifs.

Cet article est méprisant et vexatoire, a-t-elle admis, mais il n'y a aucun antisémite qui va lire ça et qui va dire que ça provoque chez lui un sentiment de répulsion ou d’horreur.

Le juge Del Negro rendra sa décision le 23 janvier 2023.

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