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Le Radiojournal de Radio-Canada : le vif du sujet dans le creux de l’oreille

Mathieu Belhumeur souriant, en studio.

Le journaliste-présentateur Mathieu Belhumeur en studio dans la Nouvelle maison de Radio-Canada (NMRC) à Montréal pour Le Radiojournal en matinée, la semaine.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En 1933, la Commission canadienne de la radiodiffusion, l'ancêtre de Radio-Canada, diffusait son tout premier bulletin de nouvelles radio. Près de 90 ans plus tard, Le Radiojournal rejoint en moyenne 47 000 auditeurs la semaine. Incursion dans le quotidien des artisans de l'info radio.

Le mardi 6 septembre 2022, Le Radiojournal de 8 h sur ICI Première démarre par un appel alarmant : Où est Miles? "Where is Miles? Is Miles Sanderson still in Regina?"

À travers le pays, la police cherche un homme, Myles Sanderson, en lien avec une tuerie qui a fait 10 morts et près de 20 blessés.

Le suspect est potentiellement armé, blessé et considéré comme étant dangereux.

Le journaliste-présentateur du bulletin, Mathieu Belhumeur, explique : La traque se poursuit en Saskatchewan, deux jours après une tuerie dans une communauté autochtone…

Auparavant journaliste à TVA, Mathieu Belhumeur est devenu chef d’antenne à Radio-Canada en août 2021, à Montréal. Sa journée commence à 4 h du matin et, dès 5 h, il anime À la une, un condensé de l’actualité en 30 minutes. Après, ça déboule toutes les heures avec Le Radiojournal, bulletin d’information nationale diffusé sur ICI Première dans les 23 régions du réseau de Radio-Canada.

Quand il ouvre son micro, Mathieu Belhumeur a les auditeurs en tête. Ils viennent à peine d’ouvrir l'œil, ou ils avalent leur café, ou ils sont coincés dans la circulation avec cônes orange et klaxons. Il faut capter leur attention et les informer sans confusion. Le tout en 10 minutes pile, parce qu'en ondes, chaque seconde compte : si le bulletin déborde ne serait-ce que de trois secondes, l’ordinateur nous a coupés et les stations régionales sont parties avec leur émission du matin, explique le journaliste-présentateur.

Un écran d'ordinateur affichant un chronomètre.

Le Radiojournal fait 10 minutes pile, pas une seconde de plus. Il est diffusé en semaine à partir de 6 h le matin jusqu'à 17 h et la fin de semaine à 9 h, 12 h et 18 h.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon les chiffres officiels de Numeris PPM pour la période du 30 mai au 28 août 2022, Le Radiojournal de 8 h rejoignait 76 000 auditeurs, ce qui représente une part de marché de 26,4 %.

Un bon bulletin, c’est de l’actualité forte, qui interpelle les gens, explique Mathieu Belhumeur. C’est dynamique : le rythme, beaucoup de bons extraits sonores, des manchettes montées par le réalisateur Mathieu Courchesne... Pour être capables de dire aux gens : "écoutez-nous, voici ce qu’on a à vous présenter".

De l’actualité forte ne veut pas nécessairement dire des morts, un conflit sanglant ou le confinement de la population à cause du coronavirus, tient-il à préciser. Mais dans tous les cas, les nouvelles doivent être d'intérêt public.

« Les nouvelles qui touchent les gens à différents degrés ne sont pas nécessairement des drames. »

— Une citation de  Mathieu Belhumeur, journaliste-présentateur d’À la une et du Radiojournal
Mathieu Belhumeur écoute, pensif, en studio, devant un micro.

Les bulletins d'information à la radio ne sont pas des improvisations. Le journaliste-présentateur Mathieu Belhumeur peut compter sur une équipe composée notamment de rédacteurs dans la salle des nouvelles, d'un réalisateur et d'un technicien en studio.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le Radiojournal est une petite émission de 10 minutes, explique Alain Bouchard, qui en est en quelque sorte le réalisateur (le titre officiel est secrétaire de rédaction ou chef de pupitre, dans le jargon).

En plus de 15 ans, ce dernier a touché aux bulletins du matin, du midi, du soir et des week-ends.

Sa journée commence à 3 h 15 et sa tâche première consiste à identifier quelles sont les nouvelles du jour.

Le matin, par exemple, on se demande : qu'est-ce qui s'est passé pendant la soirée, puis pendant la nuit? Comment ça a évolué? De quelle façon va-t-on en parler? Doit-on appeler un journaliste à Washington parce qu'il y est arrivé quelque chose?

La composition des bulletins relève d'un savant dosage, parce qu’il en va de l’information comme du métro : on ne sait jamais à quel moment les auditeurs monteront dans le train.

Il faut se renouveler d’heure en heure sans tout changer. Par exemple, si l’on annonce à 6 h que Justin Trudeau dépose un projet de loi pour arrêter la vente et le transfert des armes de poing, on doit le redire à 7 h, puis à 8 h. Et si l’annonce date de la veille, c’est un défi le lendemain matin de la réactualiser, dit Alain Bouchard.

« Les gens comptent sur nous pour bien les informer. Ils ne veulent pas arriver au travail sans avoir entendu parler de la nouvelle importante dont tout le monde parle. »

— Une citation de  Mathieu Belhumeur

Une fois leur journée terminée, journaliste et chef de pupitre ne décrochent pas complètement. Ils planifient le plus possible les bulletins du lendemain en s'échangeant quelques courriels.

Avant d’aller au lit, Alain Bouchard parcourt la liste des reportages qu'il pourra le lendemain inclure au bulletin.

Un reportage radio dure environ 1 minute et 15 secondes; pour choisir lesquels il diffusera, le chef de pupitre s’attardera au sujet. Certains, incontournables, s'imposent dans l'alignement (le line-up), d’autres sont moins pressants, mais ils se distinguent du lot parce qu'ils sont bien faits. Son d’ambiance, extraits d’entrevue, témoignages : le reporter nous transporte sur le terrain.

On fait de la radio : le son est super important et la technique aussi, explique Alain Bouchard, car le son doit être de qualité.

Du matériel de mise en ondes en studio.

À la radio, la qualité sonore revêt une grande importance. Un bulletin de nouvelles comporte des manchettes, des reportages, des extraits d'entrevue, du son d'ambiance et des textes rendus selon un style parlé.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Objectif : sortir la nouvelle à temps

La préparation d'un bulletin de nouvelles a ses limites. Nouvelle, novella en latin, signifie choses récentes, et c'est l’actualité qui dicte le jeu. Le matin du déclenchement de la guerre en Ukraine, à l’heure où on s’était couchés, il n’y avait pas de guerre, raconte Mathieu Belhumeur. Quand on s’est levés, toute une série d'alertes sur mon téléphone disait que la guerre était déclenchée.

Ce matin du 24 février 2022, il a fallu créer de toutes pièces Le Radiojournal.

Autre exemple : la mort de Guy Lafleur que l'on apprend en studio, en plein milieu d’un bulletin. Ça amène une nervosité, t’es sur le qui-vive, se rappelle Mathieu Belhumeur, qui se félicite encore d’avoir réussi à sortir la nouvelle dans les temps, c’est-à-dire en quelques minutes.

Dans ce temps-là, c’est le branle-bas de combat pour les rédacteurs de nouvelles. L'écriture d'un bulletin d’information est parlée, imagée, digeste.

« En plein bulletin, si un événement dramatique se produit, je crie à mon rédacteur : fais-moi 15 secondes là-dessus. On n’a pas le temps : il faut aussi avoir confiance que ce que le rédacteur va écrire pourra être transmis à Mathieu en ondes. »

— Une citation de  Alain Bouchard, secrétaire de rédaction du Radiojournal en matinée

Les rédacteurs de nouvelles sont des journalistes qui doivent écrire dans le respect des principes énoncés dans les Normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre) de Radio-Canada : exactitude, équité, équilibre, impartialité et intégrité.

Un horaire réglé comme du papier à musique

Dans la salle des nouvelles à Montréal, Claude-Sophie Hennekens porte deux chapeaux. Pour ICI Musique, cette présentatrice chevronnée écrit et livre en ondes les bulletins d'information à la demie de l’heure et pour Le Radiojournal d'ICI Première, elle rédige des nouvelles que lira Mathieu Belhumeur.

Réglé comme du papier à musique, son horaire est ponctué d'allers-retours de son ordinateur au studio, en passant par l’imprimante. Car un bulletin se lit papier en main.

Une liasse de feuilles avec du texte imprimé, dont un paragraphe a été biffé à la main.

En principe, un journaliste-présentateur entre en studio avec l'intégralité des textes de présentation en main. Mais il arrive qu'une nouvelle de dernière heure s'immisce in extremis dans le bulletin.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Typiquement, un rédacteur de nouvelles ne décide pas des sujets; je reçois des ordres, dit-elle. Le chef de pupitre répartit auprès de ses trois rédacteurs les sujets pour lesquels il faut faire un précède (l’introduction d’un reportage), un texte agrémenté d’extraits (par exemple une clip dans laquelle on entend le premier ministre) ou un texte à proprement parler.

Quand c'est possible, Claude-Sophie Hennekens met sa touche dans ses textes, un aperçu de sa sensibilité, de son style... Par exemple, quand un incendie s'était déclaré dans une tour d'habitation de Londres, elle avait commencé la nouvelle par une colonne de fumée noire s'élève du centre de Londres ce matin...

Certes, ça ajoute une phrase dans le bulletin! Mais la rédactrice est persuadée que c'est efficace pour attirer l'attention de l'auditeur.

De plus, avant d’écrire, la journaliste aime savoir dans quel ordre son texte sera lu. Ouvre-t-il Le Radiojournal? Suit-il un bloc de nouvelles sur, disons, les élections en Ontario? Et ce, pour toujours faire un lien, explique-t-elle, parce que l’auditeur a besoin de repères. Ainsi, on amorcera une nouvelle par Dans le sud des États-Unis, ou Toujours sur la scène internationale….

À la télé, ils ont l’avantage de présenter une carte avec un point dessus, fait valoir Claude-Sophie Hennekens. À la radio, on n’a pas ça!

Y a juste toi, ta voix, les sons.

L’imagination, c’est fort à la radio, décrit Jean-Philippe Robillard, reporter national sur ICI Première. Quand on se transpose à la radio, ce sont les mots, les phrases, les sons, les extraits qui créent les images pour les gens à la maison. C'est ça, la grande différence : y a juste toi, ta voix, les sons. C’est tout!

Dans Le Radiojournal, Jean-Philippe Robillard fait en 1 minute 30 bien ficelée le tour de sujets on ne peut plus variés : guerre en Ukraine, levée des mesures sanitaires contre la COVID-19 au Québec et en Ontario; approbation du projet Bay du Nord; enquête sur l'assaut du Capitole; hausse du taux directeur de la Réserve fédérale américaine...

Le tout selon une formule de type entretien avec Mathieu Belhumeur, qui lui pose des questions établies à l’avance. Mais le véritable interlocuteur du journaliste, c'est le public. J'y pense tout le temps, décrit Jean-Philippe Robillard. Je dois garder l’attention des gens et, pour qu'ils comprennent rapidement, il faut que ça soit court, que ça soit clair.

« Je vais à l’essentiel : c’est quoi la nouvelle? »

— Une citation de  Jean-Philippe Robillard, journaliste radio à Montréal

Jean-Philippe Robillard a d’abord exercé son métier à la radio sur les ondes courtes de Radio Canada international. Après, il est devenu reporter pour les trois plateformes de Radio-Canada – radio-télé-web – et a constaté que la cueillette d’informations se fait sensiblement de la même façon pour chacune d'entre elles.

C'est l’écriture qui n’est pas pareille, dit-il. Et sur le terrain, le contact avec les gens peut différer aussi. La présence d’une caméra fait davantage réagir les gens qu’un simple micro, bien qu’avec l’expérience, on parvient à faire oublier aux gens qu’ils passent à la télévision, fait remarquer Jean-Philippe Robillard.

D’ailleurs, fait amusant, pour la télévision il était porté à être trop près de ses invités, une habitude prise à la radio où le journaliste tient le micro à un bras, voire un demi-bras de distance de son interlocuteur.. 

Depuis quelques années, Jean-Philippe Robillard se consacre à la radio. Avec ce média léger et rapide, il est dans son élément.

La radio, c’est intime : tu rentres dans le creux de l’oreille des gens, conclut-il.

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